Dans l’univers du luxe, il est rare qu’une famille de cette envergure choisisse le silence aussi délibérément. Alain et Gérard Wertheimer, propriétaires à 100 % de la maison Chanel, sont parmi les plus grandes fortunes de France, et pourtant leur nom n’apparaît presque jamais. Pas d’interviews, pas de mondanités, pas de première rangée lors des défilés. Quand les deux frères assistent aux shows Chanel, ils se garent eux-mêmes dans une modeste voiture française et s’installent au troisième ou quatrième rang. Cette culture de l’invisibilité, héritée de génération en génération, s’étend à tous les pans de leur vie privée. Y compris, et surtout, à leur rapport à l’art.
Chanel : Un empire viticole renforcé, une nouvelle acquisition dans la Napa Valley
Il est des territoires que les grandes Maisons n’abordent jamais par hasard. Elles les choisissent comme on choisit une matière rare : pour ce qu’ils racontent, pour ce qu’ils promettent, pour ce qu’ils révèlent d’une vision plus vaste. Depuis plusieurs années, Chanel tisse ainsi, avec une discrétion maîtrisée, un dialogue de plus en plus profond avec le monde du vin.

Au cœur de la Napa Valley, la Maison poursuit aujourd’hui cette conversation avec une nouvelle acquisition qui prolonge son empreinte californienne. Après avoir posé ses premiers jalons en 2015 avec St. Supéry Estate Vineyards & Winery, elle enrichit son territoire en intégrant les terres du Rudd Estate, domaine reconnu pour son approche exigeante, entre culture biologique et biodynamique. Ici, la vigne n’est pas seulement cultivée : elle est écoutée, accompagnée, interprétée.

Ce geste n’est pas une incursion, mais la continuité d’une histoire patiemment construite. Car avant la lumière californienne, il y eut les sols profonds de Saint-Émilion et de Margaux, où la Maison veille sur des propriétés telles que Château Canon, Château Berliquet ou encore Château Rauzan-Ségla. Des terres où le temps s’inscrit dans la matière, où chaque millésime devient mémoire.

Puis vint le Sud, et la lumière presque liquide de Porquerolles. Avec le Domaine de l’Ile et le Domaine Perzinsky, Chanel a investi un paysage fragile, protégé, où la vigne dialogue avec la mer. Là encore, une même exigence : respecter, révéler, transmettre.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Au-delà des acquisitions, la Maison dessine une cartographie sensible du goût, une vision où le vin devient prolongement naturel de son langage. Un art de vivre où l’excellence ne se limite pas à l’objet, mais s’étend à l’expérience, au geste, au temps long.

En consolidant également son réseau de distribution à travers Lavinia, Chanel ne se contente plus de produire : elle orchestre. Elle relie les origines aux regards contemporains, les terroirs aux amateurs éclairés.
Dans cette expansion silencieuse, une évidence se dessine : pour la Maison, le luxe ne se contente plus de se porter. Il se goûte, se partage, se transmet comme un grand vin, dont la profondeur ne se révèle qu’avec le temps.



