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Joséphine Fossey à Paris : Jean-Michel Frank, le Swedish Grace et l’art d’habiter les grands volumes

Date : 16 juin 2026
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IQuatre mètres et demi sous plafond, cent vingt mètres carrés de salon, un jardin privé et des volumes qui feraient rougir la plupart des appartements du VIIIe. Lorsque Joséphine Fossey a pris en charge la rénovation de ce rez-de-jardin de 450 mètres carrés dans un immeuble 1900 de l’ouest parisien, ce n’était pas une question d’esthétique. C’était une question de rapport de force avec l’espace lui-même. Elle l’a résolu par ce que peu d’architectes d’intérieur osent : la sobriété radicale.

© Photo – Ludovic Balay

Jean-Michel Frank comme fil conducteur

La première révélation est venue du salon. Un décor en parchemin existant, hérité d’une époque où les appartements de cette envergure se meublaient avec une certaine profusion. Pour Joséphine Fossey, dont Jean-Michel Frank est une passion déclarée, le signe était clair. « Son style s’imposant à nous, nous avons naturellement tiré ce fil pour en faire un hommage à Frank, qui m’inspire dans son usage de la simplicité et dans le silence qu’il instaure avec des matériaux nobles. » Le parchemin d’origine a été remplacé par un trompe-l’œil remarquablement exécuté par un peintre en décor. Boiseries en chêne, antiquités, œuvres d’art, grand tapis en abaca et paire de fauteuils Art Déco vintage dessinent un salon qui respire plutôt qu’il n’accumule. Canapé Molteni, coussins en soie, appliques-torchères vintage : chaque élément est choisi pour sa capacité à exister dans un volume exceptionnel sans le coloniser.

© Photo – Ludovic Balay

Swedish Grace : l’épure qui réchauffe

La seconde référence est moins attendue. Joséphine Fossey est en partie d’origine scandinave, et c’est dans cette double appartenance culturelle que réside peut-être la clé du projet. « Quelque chose de calme et de doux à la fois, comme en Suède, où ils parviennent à créer des lieux épurés mais chaleureux — un vrai challenge dans de tels volumes. » Le Swedish Grace, équivalent nordique de l’Art déco dont l’esthétique intègre des références à l’Antiquité classique dans ses frises et bas-reliefs, s’est imposé comme le langage naturel d’un espace dont le propriétaire est lui-même passionné de Greco-romain. La convergence n’était pas cherchée : elle s’est imposée. L’entrée, majestueuse, en porte la première trace avec un tapis Le Jardin Italien des Éditions de Tapis, dont les motifs dialoguent immédiatement avec la mémoire antique du lieu.

© Photo – Ludovic Balay

L’architecture de la lumière comme discipline principale

Ce qui frappe dans les photographies de cet intérieur, au-delà des matières et des formes, c’est la lumière. Joséphine Fossey en parle comme d’une discipline à part entière — et non comme d’un paramètre secondaire que l’on règle en fin de projet. « En Suède, le travail de la lumière est central. » La suspension de salle à manger, dessinée par ses soins et réalisée par les Ateliers J. de Missolz, filtre et diffuse. Les rideaux de Silva Paris habillent les fenêtres sans les écraser. Les appliques vintage rythment les murs sans les surcharger. Tout est pensé pour que la lumière circule dans les volumes comme une matière, pas comme un service.

© Photo – Ludovic Balay

La cuisine comme scénographie

Ce projet est, selon les propres mots de l’architecte, « assez cinématographique » — et aucun espace n’illustre mieux cette conviction que la cuisine. Entièrement conçue dans un métal à effet bronze, elle s’ouvre sur le salon via une verrière en hauteur qui crée des « petites scènes » : des cadrages de vie quotidienne vus depuis l’espace de préparation. Au-dessus des surfaces métallisées, une fresque poétique de l’artiste français Jean-Louis Dupart, inspirée de la Villa Olivia à Rome — lieu cher au propriétaire — transforme le mur en tableau vivant. La table à manger a été dessinée sur mesure par Fossey et réalisée par Cassat & Dehais. Les chaises Liaigre apportent la rigueur d’une maison dont le vocabulaire formel traverse l’ensemble de la composition.

© Photo – Ludovic Balay

Le jardin comme sixième sens

Le grand jardin privatif n’est pas un élément extérieur à la décoration — il en est le fil conducteur. « Il y a un jardin gigantesque, il fallait le faire entrer dans la maison », résume l’architecte. Le tapis de l’entrée le convoque dès le seuil. Les fibres naturelles de la chambre principale — une matière que Fossey décrit comme « vivante, comme une écorce de bois trouvée dans le jardin », réalisée avec Adèle Collection — le prolongent à l’étage. La salle de cinéma en sous-sol, elle aussi vêtue de fibres naturelles, clôt ce dialogue entre minéral et végétal. La salle de bains, tout en travertin, avec mobilier en pierre et esprit cabine de bateau, est le seul espace qui s’affranchit de cette conversation — pour proposer, dans le même souffle, une autre forme de matière primaire.

© Photo – Ludovic Balay

« Il y a un côté si majestueux dans les volumes, qu’il en ressort une sérénité et un apaisement. Cette tension, ce minimalisme, cet ornement, cette radicalité et cette chaleur font tout le décor. »

Conclut Joséphine Fossey. Ce projet est la démonstration que les très grands espaces n’appellent pas la surcharge, ils appellent la confiance.


© Photo – Ludovic Balay

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