Le 19 juin 2026, jour du solstice d’été, James Turrell ouvrait au public As Seen Below, The Dome au musée ARoS Aarhus Art Museum, dans la deuxième ville de Danemark. C’est son plus grand Skyspace jamais construit dans un contexte muséal, à 82 ans, l’artiste livre ce qu’il décrit lui-même comme une œuvre fondamentale dans sa pratique de cinquante ans. À plus de 15 mètres de hauteur et 40 mètres de diamètre, la chambre est à peu près de la même taille que le célèbre dôme du Panthéon à Rome. Sauf qu’ici, on entre par en dessous. Et que ce qu’on voit au-dessus, c’est le ciel danois.
IMAZ Foundation « Chapter One » : Ce que le football peut construire quand onze artistes s’en emparent
La Coupe du Monde 2026 s’est installée aux États-Unis avec le bruit et la lumière qu’on lui connaît. Dans cet environnement saturé de spectacle et de compétition, une initiative a choisi de poser une question différente, plus lente, plus précise, plus exigeante. Que se passe-t-il si on prend l’objet le plus universel du sport le plus universel du monde, et qu’on en fait le vecteur d’une transformation concrète ? La IMAZ Foundation, fondée par Sami Deller, y répond avec « Chapter One », son exposition inaugurale présentée à The Atelier at Ideal Glass Studios à New York, en juin 2026, en plein cœur du mondial.
Un fútbol, onze univers, une fondation
Le principe de Chapter One tient dans une idée d’une simplicité presque désarmante. Onze artistes contemporains ont été invités à réinventer un ballon de football (le fútbol) à travers leur propre langage plastique. Chacune de ces œuvres est proposée lors d’une vente aux enchères silencieuse, dont l’intégralité des bénéfices finance la construction d’une maison destinée à une mère célibataire et à ses enfants à Quito, en Équateur, en partenariat avec CAEMBA, une organisation profondément enracinée dans les communautés qu’elle accompagne.
Onze artistes. Onze ballons. Onze maisons. En apparence, l’équation est d’une remarquable simplicité. Pourtant, ce qu’elle produit dépasse largement le geste artistique : elle transforme une œuvre en refuge, une création en foyer, et fait de l’art non plus seulement un objet de contemplation, mais un véritable levier de reconstruction.

Le choix des artistes a été confié au curateur Javier Martín, dont l’œil a présidé à la composition d’un ensemble délibérément hétérogène. Sami Deller l’explique avec précision :
« Les artistes viennent de milieux, de générations et de disciplines différents, mais chacun a développé un langage visuel qui lui est immédiatement propre. Javier a compris que la force de l’exposition viendrait du contraste, en réunissant des pratiques si différentes, le ballon est devenu un catalyseur pour onze perspectives entièrement uniques. »
Du ballon comme matière, pas comme sujet
Ce qui ressort de « Chapter One », c’est que le ballon a cessé d’être un ballon presque immédiatement. Il est devenu une surface pour des idées, mémoire, architecture, mythologie, paysage, récit personnel. Deller a partagé :
« Personne n’a traité le ballon de foot comme un ballon très longtemps. Ils l’ont traité comme une matière, comme une métaphore. C’est ce que font les grands artistes. »

La preuve par quatre. Vincent Beaurin a fait du ballon une planète dans sa propre cosmologie :
« Pour moi, le football est une sorte d’astronomie populaire et colorée. Dans mon travail aussi, la couleur, l’espace et les étoiles sont essentiels. »

Maya Makino a dû résoudre un problème technique inédit : la gravité agit sur une sphère dans toutes les directions simultanément, et l’indigo liquide qu’elle utilise exige des techniques radicalement différentes de celles qu’elle emploie sur des surfaces planes. Jose Durán a plongé dans la flore équatorienne, la fleur nationale du pays, les plantes endémiques, pour connecter l’objet à la terre qui a inspiré la création de l’exposition. « Je voulais relier le ballon au pays qui a inspiré sa création », dit-il. « Cela m’a poussé à enquêter. » Wes Aderhold, lui, a déplacé la question vers quelque chose d’universel et d’inconfortable : « J’espère que les visiteurs se reconnaissent eux-mêmes. Pas comme athlètes, mais comme personnes qui ont ressenti la pression d’être évalués. On ne passe pas sa vie à jouer au football, mais on passe sa vie à performer. Ce ballon ne parle pas de sport, il parle du coût de vivre en public. »

Sami Deller, l’Équateur et le sens de la fondation
Ce qui rend la IMAZ Foundation singulière dans le paysage des initiatives art et philanthropie, c’est la biographie qui la sous-tend. Sami Deller est née en Équateur. La Coupe du Monde 2026 lui a offert un moment et elle a choisi d’en faire non pas une campagne, mais un programme. « Le football m’a donné certains de mes premiers souvenirs et de mes premières opportunités. J’ai aussi vu à quel point un logement stable pouvait être transformateur pour une famille et une communauté. » CAEMBA, dont le modèle est simple, direct et éprouvé, est devenu le partenaire naturel de cette première édition. « Il me semblait important que notre première initiative d’impact commence dans le pays où ma propre histoire a commencé. »
« Chapter One » n’est pas une exposition de charité. C’est une proposition plus radicale : démontrer que l’acte de collectionner de l’art peut être, dans sa structure même, un acte de construction.











