Sous l’impulsion d’Édouard Carmignac, la Fondation ouvre ses portes en 2018. Nichée au cœur de l’île de Porquerolles, joyau préservé du Parc national de Port-Cros, elle déploie près de 2 000 m² d’espaces d’exposition et de jardins. La collection Carmignac rassemble plus de 300 œuvres des plus grands artistes de l’après-guerre et de la scène contemporaine. Villa Carmignac Porquerolles 2026, Découverte.
Art Basel 2026 : Le regard se pose, l’année où le marché a retrouvé sa profondeur
Il y avait quelque chose de différent dans l’air à Bâle cette semaine. Pas l’excitation de la bulle spéculative que l’on a connue en 2021 et 2022, pas la morosité prudente de 2024 et 2025. Quelque chose de plus rare et de plus précieux dans le monde de l’art contemporain : un équilibre. Un sentiment partagé, de stand en stand, d’allée en allée, que le marché avait retrouvé sa gravité sans perdre son élan.

« C’est le meilleur Art Basel depuis quelques années »
a partagé Thaddaeus Ropac le soir du premier jour de preview. David Zwirner, qui annonçait 57 ventes avant la fin de l’après-midi du mardi, toutes œuvres et tous artistes confondus, ajoutait quelque chose de plus révélateur encore :

« C’est différent cette année, parce que c’est si large. Cela signifie qu’il y a un soutien large pour beaucoup d’artistes. »
C’est précisément ça. L’édition 2026 d’Art Basel n’a pas produit un ou deux records qui font semblant d’une santé générale. Elle a produit de la profondeur.

Le contexte : un marché en convalescence qui reprend confiance
Le rapport Art Basel & UBS 2026, publié en amont de la foire, avait posé le cadre. Les ventes mondiales d’art ont progressé de 4 % en 2025 pour atteindre 59,6 milliards de dollars, première croissance depuis 2022, après deux années consécutives de contraction. Le marché reste en dessous de son pic post-pandémique de 68,1 milliards de 2022, mais la direction a changé. Les foires d’art représentent désormais 35 % des ventes des galeries, contre 31 % en 2024, signe que la présence physique, la relation, l’expérience de l’œuvre en chair et en matière ont repris leur primauté sur les plateformes digitales dont la part recule à 15 %. Ce recalibrage est sain. Et Art Basel 2026, 290 galeries de 43 pays réunies dans les halles de la Messe Basel du 18 au 21 juin, en a été la démonstration la plus convaincante.

Basel Exclusive : la grande nouveauté de l’édition
L’initiative la plus remarquée de cette édition n’était pas une vente record mais une décision éditoriale : Basel Exclusive. Pour la première fois, la foire a invité ses galeries participantes à réserver des œuvres significatives pour leur première présentation publique exclusive au moment du preview VIP, transformant le mardi d’ouverture en véritable moment de dévoilement, comme une collection haute couture qui ne se révèle qu’à ceux qui sont là. Les galeries engagées dans cette initiative incluaient Hauser & Wirth, Gagosian, David Zwirner, Pace Gallery, Almine Rech, Sprüth Magers, Lévy Gorvy Dayan, Mennour, Sadie Coles HQ, Massimodecarlo, Galleria Continua, Xavier Hufkens, Galerie Chantal Crousel, Gomide & Co, Van de Weghe et Fortes D’Aloia & Gabriel. Les premières heures ont confirmé la pertinence de l’idée : Almine Rech a vendu un Picasso entre 6 et 6,5 millions de dollars dès le début du VIP Day, et Sprüth Magers a placé une œuvre de la série « Emoji » de John Baldessari avec une collection privée européenne pour 500 000 dollars.

Les grandes transactions : de Picasso à Twombly
La transaction la plus significative de la journée d’ouverture est venue de Hauser & Wirth, avec la vente du tableau de Pablo Picasso Le peintre et son modèle dans un paysage (1963) pour 35 millions de dollars. Iwan Wirth, président de la galerie, l’a qualifiée de « première journée la plus forte que nous ayons jamais connue à Art Basel ». La galerie a également placé un Cy Twombly On Returning from Tonnicoda (1973) pour 5 millions de dollars et une Louise Bourgeois Les Fleurs (2009) pour 2,5 millions de dollars. Gagosian a placé un Willem de Kooning No Title (1984) avec une importante collection privée en Asie pour une somme à sept chiffres élevés, tandis que GRAY vendait un David Hockney Studio Interior #2 (2014) pour 8,5 millions de dollars.


La demande pour les femmes artistes, en particulier du milieu du XXe siècle, s’est révélée particulièrement forte : Thaddaeus Ropac a vendu une Helen Frankenthaler Sudden Wave (1982) pour environ 3 millions de dollars, White Cube a placé une Lynne Drexler Untitled (1960) pour 2,5 millions de dollars, et Pace Gallery a cédé une Lynda Benglis Power Tower (2019) pour 1,4 million de dollars. Les musées étaient également au rendez-vous : une Isa Genzken Untitled (2018) a été vendue conjointement par Hauser & Wirth, Galerie Buchholz et David Zwirner pour 1,2 million d’euros à un musée européen, et Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois a cédé une Niki de Saint Phalle Blue Obelisk (1992) à un musée privé français pour plus d’un million d’euros.


Nos coups de coeur
Au-delà des chiffres, une édition d’Art Basel se juge à la qualité de ce qu’elle donne à voir. Et 2026 avait de quoi arrêter le regard à chaque tournant. Massimodecarlo présentait Great Green Weight (2026) de Diane Dal Pra, une des voix les plus singulières de la jeune peinture européenne. Diane Dal-Pra impose à l’huile sur lin un théâtre du corps féminin, sous les drapés et les objets du quotidien, se dérobe au regard autant qu’elle s’y abandonne. Couche après couche, dans une palette affirmé et un geste d’une douceur quasi invisible, elle sculpte le temps et traque « l’entre-deux » : cet instant suspendu où l’image, ni tout à fait née ni tout à fait évanouie, vacille entre présence et dissolution.

Hauser & Wirth à Unlimited réservait l’une des émotions les plus intenses avec Procession (2026) de George Rouy le peintre britannique dont les figures enchevêtrées, traitées dans des tonalités entre cendre et chair, continuent de nous habiter bien après le départ. Sa présence à Bâle consolide une trajectoire qui a déjà retenu l’attention des institutions les plus sérieuses.

Paula Cooper Gallery montrait Meg Webster et son installation Safflower (2026), qui prolonge la recherche de l’artiste américaine autour des matières organiques, des cycles naturels et de la frontière entre sculpture et jardin. Une œuvre qui demande du temps et qui le rend au centuple.

Dans le stand de Mennour, l’histoire de l’art se déploie comme une conversation par-delà les époques. Un Concetto Spaziale de Lucio Fontana porte la trace de ce geste fondateur de 1949 : la lame qui lacère la toile, ouvrant la surface peinte sur l’espace réel et faisant du vide lui-même une matière. Non loin, une œuvre de Lee Ufan en prolonge la radicalité dans le registre du silence : le pinceau chargé d’un mélange épais de pigment minéral, d’huile et de colle, dépose une touche unique, irréversible, indélébile, qui s’efforce de reproduire la précédente sans jamais y parvenir. Pour l’artiste coréen, héritier du mouvement Mono-ha, peindre est un acte de respiration et de méditation, avant chaque toile, il pratique une demi-heure d’exercices respiratoires, jusqu’à ce que le point et la ligne deviennent moins une image qu’une manière d’entrer en relation avec l’espace. À ce dialogue répond enfin une toile de Dhewadi Hadjab, peintre algérien originaire de M’Sila, formé à Alger, Bourges et Paris, que la galerie accompagne depuis plusieurs années : ses corps en tension, suspendus dans des intérieurs d’une stabilité trompeuse, parquet, canapé, lumière domestique, opposent la virtuosité du réalisme à l’abstraction de ses aînés. Trois gestes, trois rapports au vide et à la matière : tout y dit la vision transhistorique de Kamel Mennour.


Mendes Wood DM présentait Morpheus in the Liminal Realm (2026) de Vojtech Kovarik, le peintre tchèque dont les toiles labyrinthiques entre rêve et mémoire collective ont commencé à trouver leur place dans les collections institutionnelles les plus attentives à la nouvelle peinture européenne.

Pace Gallery exposait Nemesis (2026) de Nigel Cooke, grande figure de la peinture britannique dont les compositions denses mêlent références mythologiques, paysages mentaux et un sens du grotesque profondément cultivé.

Galerie Karsten Greve proposait Untitled (Roma) (1962) de Cy Twombly, l’une des plus belles périodes du peintre américain nourri de Rome et de la culture méditerranéenne, un dessin sur la toile qui tient autant de l’écriture que de la marque, du griffonnage que de la calligraphie.

Enfin, Berry Campbell montrait Lovers’ Feast (1960) de Sonia Gechtoff, une peinture qui rappelle à quel point l’histoire de l’expressionnisme abstrait américain reste incomplète sans ses figures féminines, longtemps sous-représentées dans les récits officiels. Gechtoff est l’une de ces redécouvertes dont le marché commence seulement à prendre la mesure.

En marge d’Art Basel, la galerie Lo Brutto Stahl renouvelle son concept signature : Air Service Basel. Fondée en mars 2023 par le duo mulhousien Vincent Lo Brutto et Pablo Stahl, la jeune galerie investit le terminal d’aviation privée de Bâle pour y déployer une exposition collective. Un format si efficace qu’il a conduit le duo à y ouvrir un espace permanent fin 2024. Ici, peintures et sculptures parsèment couloirs et hangars dans un dialogue inédit avec le décor : la sculpture en bronze Héroïque égyptienne (2026) d’Edgar Sarin converse avec les avions en contrebas, tandis que Untitled (Cast. II) (2022) de Nat Faulkner s’impose comme une parenthèse suspendue au cœur du hangar, aux côtés d’artistes tels que Jai Chuhan, Nino Kapanadze, Tornike Robakidze ou encore Liza Lacroix. Avec cette édition 2026, Lo Brutto Stahl confirme son talent pour réinventer les codes de la monstration et transformer un terminal en véritable théâtre de l’art contemporain.


Chez Tina Keng Gallery, In Bloom (2021) de Su Xiaobai déployait toute la sensorialité de son travail sur la laque, ces surfaces dont la profondeur absorbe la lumière et semble respirer, entre l’Orient et l’Occident, entre l’objet et la peinture.

Et le Kunstmuseum Basel accueillait en parallèle Helen Frankenthaler, dont Mediterranean (1981) et M (1977) rappelaient l’ampleur d’une œuvre qui transcende les catégories, entre Color Field, paysage intérieur et invention d’un langage pictural propre dont les héritières sont légion.

Art Basel 2026 ne sera pas l’édition des records absolus. Elle sera celle du retour à la confiance, une confiance construite non sur la spéculation mais sur la qualité des œuvres, la profondeur des collections constituées et la solidité des relations entre galeries et collectionneurs. David Zwirner l’a formulé avec une lucidité qu’on lui connaît :
« L’énergie spéculative sur le marché des jeunes artistes a disparu. Et c’est ce que nous voulons. »
Ce que remplace cette énergie-là, un regard plus lent, plus attentif, plus fondé sur la conviction que sur le positionnement, est peut-être ce que l’art a toujours mérité.

Ce que les chiffres de clôture confirment
Le communiqué de clôture officiel d’Art Basel 2026, vient donner leur pleine mesure à ce que les allées de la Messe Basel avaient laissé pressentir toute la semaine. 90 000 visiteurs au total. Un public venu de 103 pays. 270 musées et fondations représentés, en hausse d’une année sur l’autre, dont le Metropolitan Museum of Art, le MoMA, le Centre Pompidou, le Rijksmuseum, la Tate Modern et le Zeitz MOCAA du Cap.
Quelques ventes de clôture que le bilan intermédiaire n’avait pas encore retenues méritent mention : un Gerhard Richter Abstraktes Bild (940-7, 2015) vendu par Hauser & Wirth pour 20 millions de dollars, une Elizabeth Peyton Transmission (E, rose) (2026) placée par David Zwirner pour 1,2 million de dollars dans le cadre de Basel Exclusive, et une Tracey Emin Knowing My Enemy (2002) cédée par White Cube pour 1,25 million de livres sterling dans Unlimited.

La mort de David Hockney, survenue en juin, a conféré une dimension particulière aux deux œuvres de l’artiste présentes à la foire, le Studio Interior #2 (2014) vendu par GRAY pour 8,5 millions de dollars et The Arrival of Spring in Woldgate, East Yorkshire (2011) pour 650 000 dollars, en faisant de cette édition la première foire d’envergure depuis sa disparition.

La section Zero 10, dédiée aux pratiques numériques et génératives, faisait ses débuts européens à Bâle sous la co-curation d’Eli Scheinman et Trevor Paglen, avec notamment la vente de STANDARD (2022) de John Gerrard pour 500 000 dollars et le placement de douze œuvres de Vera Molnár auprès de collectionneurs européens et américains. Le Parcours, curated by Stefanie Hessler sous le thème Conviviality, a déployé 21 installations et interventions dans les espaces publics de la ville, tandis que Thomas Bangalter, en écho à sa collaboration sonore avec JR sur La Caverne du Pont Neuf, présentait Warehouse Artefacts, une expérience immersive conçue avec Julian Charrière et Rampa dans la halle 1.1 de la foire le 20 juin. Paula Cooper Gallery recevait le tout premier Gallery Legacy Award d’Art Basel. La directrice Maike Cruse a conclu l’édition avec la précision d’une femme qui sait exactement ce qu’elle a accompli :
« La qualité des présentations, les conversations dans les allées, et l’énergie ressentie dans toute la ville ont fait de cette édition une expression puissante de ce que Basel fait de mieux. »



