business
Partager cet article
business

Les ventes de luxe plongent de plus de 10 % en Chine : l’offensive fiscale de Pékin atteint la clientèle VIP

Date : 22 août 2026
Auteur :

Les ventes des vingt-cinq plus grandes marques de luxe en Chine ont reculé de plus de 10 % en juillet, un mois plus mauvais encore que juin. C’est le constat d’une enquête publiée par Bloomberg le 20 août sous le titre « Luxury Sales Plunge in China as Tax Push Hits Rich Shoppers ».

Ventes de Luxe en Chine : Les baisses sont décrites comme à deux chiffres chez Louis Vuitton et Dior, chez Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga. Chanel et Prada décélèrent nettement. Et Hermès, selon ces mêmes données, serait passé de la croissance au recul.

Une précision méthodologique s’impose d’emblée : Bloomberg fonde son constat sur trois cabinets d’études qu’elle ne nomme pas, et ne publie aucun pourcentage par maison. Les qualificatifs « à deux chiffres », « décélération marquée », sont ceux de l’agence. Aucun de ces chiffres n’a été confirmé par les groupes concernés.

Louis Vuitton, Ventes de Luxe Chine

Ventes de Luxe en Chine : L’effet de richesse s’est inversé

Le contexte macroéconomique, lui, est documenté par les statistiques officielles. Le Bureau national des statistiques a publié le 17 août des ventes de détail en hausse de seulement 0,6 % sur un an en juillet, leur plus faible progression depuis huit mois, très en deçà du consensus des économistes qui tablaient sur 1,8 %.

Dans le détail, la joaillerie recule de 10,1 % et l’automobile de 17 %. Deux réserves toutefois : la baisse du poste « or, argent et bijoux » tient largement au repli des cours mondiaux de l’or, donc à un effet prix ; celle de l’automobile s’explique en grande partie par l’extinction des programmes de reprise subventionnée qui avaient gonflé les mois précédents. Ni l’un ni l’autre ne mesure directement la demande de luxe.

Reste le marché actions, et là l’inversion est nette. Le MSCI China cède 8,9 % depuis le 1er janvier selon Bloomberg, effaçant le rallye de 28,3 % de l’an dernier. Sur les données officielles MSCI arrêtées au 31 juillet, en rendements bruts dividendes réinvestis, la performance ressort à −7,2 % contre +31,4 % en 2025 : les deux séries se recoupent, l’écart tenant au mode de calcul.

« Les opérateurs commencent à signaler une plus grande prudence de leurs clients VIP, face à l’effet de richesse qui s’estompe et à un environnement fiscal plus contraignant pour les consommateurs à hauts revenus », résume Jacques Roizen, cofondateur du cabinet shanghaïen Foresight Performance Partners.

Chanel, Ventes de Luxe Chine

Ce que Pékin a réellement mis en place

C’est le point le mieux établi du dossier, et il repose sur des textes, pas sur des indiscrétions.

Le 24 juillet 2026, le ministère des Finances et l’Administration d’État de la fiscalité ont publié conjointement l’Annonce n° 21 de 2026, qui clarifie le traitement fiscal des trusts offshore détenus par des résidents chinois. Le dispositif applique un impôt de 20 % sur la plus-value constatée lors de l’apport d’actifs à un trust, puis, chaque année, sur les revenus du trust et des entités offshore contrôlées. Il est rétroactif aux apports réalisés depuis le 1er janvier 2023, avec une fenêtre de quatre-vingt-dix jours pour régulariser sans pénalité. Xinhua a confirmé le texte le jour même.

Deuxième volet, sur les marchés : le 22 mai, la CSRC, le régulateur boursier, et non l’administration des changes, a sanctionné trois courtiers, Futu Securities International, Tiger Brokers et Long Bridge Securities, pour avoir démarché des investisseurs en Chine continentale et exécuté des ordres sur titres étrangers sans agrément.

L’arme d’exécution, elle, est ancienne : la Chine applique la norme CRS d’échange automatique d’informations fiscales depuis 2017. Couplée au système de recoupement « Golden Tax Phase Four », elle donne au fisc la visibilité qui manquait pour appliquer des règles restées jusqu’ici largement théoriques. Le texte du 24 juillet ne mentionne pas le CRS ; ce sont les praticiens qui font le lien.

Ventes de Luxe Chine

Ventes de Luxe en Chine : Pourquoi c’est important

La nature du risque chinois a changé. Une clientèle inquiète se reconquiert par une campagne, un lancement, un geste commercial. Une clientèle qui redoute un redressement fiscal sur son patrimoine offshore, non, elle diffère l’achat visible, et aucun levier marketing ne compense cela. Les avoirs offshore des grandes fortunes chinoises sont estimés à 1 200 milliards de dollars par Reuters ; plus de la moitié des ultra-riches recourraient à des trusts familiaux.

Le signal Hermès doit être manié avec précaution. La maison sert depuis trois ans d’étalon de résilience au sommet du marché, et l’affirmation d’un basculement en recul serait le point le plus lourd de l’enquête. Mais elle ne provient pas d’Hermès. Le 29 juillet, en présentant un premier semestre à 8,2 milliards d’euros et une Asie hors Japon en hausse de 2,4 % à taux de change constants, le directeur général finances Éric du Halgouët déclarait : « La Grande Chine est encore en croissance au deuxième trimestre. » Axel Dumas nuançait de son côté : « Je vois une situation qui s’est stabilisée en Chine, je ne vois pas d’amélioration. » Les périmètres diffèrent, Asie hors Japon contre Chine seule, les périodes aussi. Le marché, lui, avait déjà tranché : le titre avait décroché le jour de la publication.

Un contrepoint officiel existe, et il est solide. Le 15 juillet, Richemont a publié un premier trimestre clos au 30 juin en hausse de 20 % à taux constants, avec une Asie-Pacifique à +21 % et une croissance « à deux chiffres en Chine, à Hong Kong et à Macao réunis ». Le groupe est porté par la joaillerie, dont le comportement diffère de celui de la maroquinerie, mais l’écart interdit de parler d’effondrement généralisé.

Aucune prévision n’a encore été révisée. Bain-Altagamma table depuis juin sur un marché mondial du luxe personnel en hausse de 2 à 4 % en 2026, Morgan Stanley sur +2,5 %, Barclays sur une cohorte chinoise en progression d’environ 1 % après un recul de 7 % en 2025. Toutes ces projections sont antérieures aux chiffres de juillet. Le prochain rendez-vous utile sera la publication des ventes du troisième trimestre, en octobre.

Sources : Bloomberg (20 août 2026), communiqués officiels Hermès, LVMH, Kering et Richemont, Bureau national des statistiques de Chine, Xinhua, ministère chinois des Finances.

related news

l'actualité du luxe vient à vous