L’art, chez Liaigre, n’arrive pas après. Il n’est pas convoqué pour habiller un espace déjà pensé, ni posé comme une signature sur un intérieur achevé. Il fait partie de la conception même, au même titre que le choix d’un bois, la courbure d’un dossier ou la qualité d’une lumière. C’est cette conviction rare, héritée de Christian Liagre et portée aujourd’hui avec une discrétion et une précision remarquable par Carlos Sicilia, commissaire d’exposition et curateur art de la maison, qui fait de Liaigre bien plus qu’une maison de design. Un lieu où la beauté, pour exister pleinement, a besoin de se confronter à une œuvre.
Robert Nava : L’étoile montante du « bad painting »
L’artiste contemporain basé à Brooklyn, New York, utilise sa main rugueuse et fluide pour créer un art innocent, inspiré de ses souvenirs, de ses rêves ou de ses cauchemars d’enfant.
Des peintures « soigneusement mal exécutées ». Voilà comment Robert Nava, définit son travail.
L’artiste est un talent émergent du « bad painting », un courant artistique né outre-Atlantique vers 1970 et inspiré des arts de la rue. Puisant également ses sources dans des idéologies marginales – comme le rock ou le punk – le style artistique est en opposition à l’art intellectuel et conventionnel.
Volontairement négligé et sali, cette « figuration libre » a notamment été le dada d’artistes tels que Keith Haring, Peter Saul ou Jean-Michel Basquiat. Pour Robert Nava, ses oeuvres sont faites pour renverser les codes rigides et les fondamentaux de la peinture et des conventions artistiques. Pourtant, ces codes, Nava les a scrupuleusement appris en tant qu’étudiant en Master of Fine Arts (MFA) à l’université de Yale en 2011.

Son but ? Réapprendre à dessiner comme un enfant. Pari réussi pour l’artiste qui dévoile des créations enfantines représentant bien souvent des figures imaginaires et mythologiques, tout droit sorties de son inconscient et qui prennent vie grâce à l’énergie frénétique que Robert Nova impulse dans son pinceau. Son approche de l’art a été éclairée par une myriades d’influences, balayant toute l’histoire de l’art, des maîtres anciens aux antiques, en passant par l’art maya et sumérien ou la peinture hollandaise, notamment Vincent Van Gogh.

Obsédé par les « erreurs » qu’il pouvait déceler dans les tableaux, Nava partait de ces dernières pour dessiner « incorrectement » ses toiles. Etoile montante du « bad painting », la mythologie Made in Nava porte ses fruits puisque l’artiste a récemment vendu chez Phillips une oeuvre baptisée TheTunnel et exécutée en 2019. Une peinture certes récente mais qui a été adjugée pour près de 160 000 euros, soit quatre fois son estimation basse.




