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Roland-Garros VS Wimbledon : Quel tournoi génère le plus d’argent ?

Date : 30 juin 2026
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Terre battue contre gazon, ocre parisien contre vert londonien : sur le court, Roland-Garros et Wimbledon incarnent deux visions opposées du tennis. Mais le vrai duel se joue aussi dans les comptes. Chiffre d’affaires, droits TV, sponsoring, prize money, debentures à plus de 380 000 livres… Lequel de ces deux géants du Grand Chelem génère réellement le plus d’argent ? Décryptage chiffré, sources officielles à l’appui.

Sur le terrain, terre battue contre gazon, ocre contre vert, glissades parisiennes contre rebonds londoniens. Mais hors des courts, la bataille se joue aussi sur le terrain comptable. Roland-Garros VS Wimbledon :deux des quatre tournois du Grand Chelem, deux modèles économiques radicalement différents, deux institutions centenaires qui brassent ensemble près d’un milliard d’euros chaque été. Alors, lequel remporte vraiment le match de l’argent ? Pour le savoir, il faut décortiquer les bilans officiels, comparer les sources de revenus et comprendre deux philosophies opposées du business sportif.

Terrain de Roland Garros vu de haut.
Aryna Sabalenka à Wimbledon.

Roland-Garros VS Wimbledon : deux histoires, deux ADN économiques

Avant d’aligner les chiffres, un détour historique s’impose, car il explique en grande partie l’écart de stratégie entre les deux tournois.

Wimbledon est le plus ancien tournoi de tennis au monde. Organisé pour la première fois en 1877 par le All England Lawn Tennis and Croquet Club (AELTC), il s’est construit une réputation d’exclusivité quasi aristocratique. Tenue blanche obligatoire pour les joueurs, fraises à la crème, absence de panneaux publicitaires criards autour des courts, club fermé comptant moins de 500 membres : Wimbledon vend avant tout un prestige, une rareté soigneusement entretenue. Cette retenue n’est pas qu’une posture esthétique, c’est un choix commercial assumé qui permet au tournoi de facturer ses partenariats et son hospitalité au prix fort.

A lire aussi ➡️ Wimbledon, L’histoire du tournoi de Tennis le plus Mythique

All England Lawn Tennis and Croquet Club (AELTC)
Une vue du Centre Court à travers la Porte 5 lors du tournoi de Wimbledon 2025. Organisé au All England Lawn Tennis Club, Wimbledon. Jour 2, mardi 01/07/2025. Crédit : AELTC/Ben Solomon.

Roland-Garros, dont le tournoi a été créé en 1891 et le stade inauguré en 1928 (du nom de l’aviateur Roland Garros), incarne une autre tradition. Géré par la Fédération française de tennis (FFT), le tournoi parisien est devenu au fil des décennies un véritable événement-monde, mêlant sport, gastronomie, mode et soft power à la française. Là où Wimbledon cultive la sobriété, Roland-Garros assume une dimension plus festive et plus ouvertement commerciale, avec des night sessions diffusées sur Amazon Prime depuis 2021 et une modernisation accélérée (toits rétractables installés sur le Philippe-Chatrier en 2020 et le Suzanne-Lenglen en 2024).

Roland-Garros : Origine du tournoi

Roland-Garros VS Wimbledon : le chiffre d’affaires à l’avantage du tournoi anglais

Quand on compare les recettes brutes, Wimbledon prend nettement le dessus. Selon les comptes officiels de l’AELTC, Wimbledon a réalisé 423,63 millions de livres de chiffre d’affaires en 2025, contre 406,51 millions en 2024, soit environ 560 millions de dollars. Une décennie plus tôt, en 2015, ce chiffre n’était que de 179,9 millions de livres : les revenus ont donc plus que doublé en dix ans.

Roland-Garros, de son côté, joue dans une catégorie inférieure. Selon le procès-verbal de l’assemblée générale de la FFT, le tournoi a généré environ 346 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Le directeur général de la FFT, Stéphane Morel, avait rappelé que l’édition 2023 avait dégagé 328 millions d’euros, soit 87 % des revenus de la fédération sur l’exercice. Pour 2025, la FFT tablait sur un chiffre d’affaires prévisionnel de 390,5 millions d’euros, et la barre symbolique des 400 millions n’est attendue qu’en 2026 selon ses propres dirigeants.

Roland-Garros vs Wimbledon : l’écart reste donc de l’ordre de 100 à 150 millions d’euros en faveur de Londres, même si Paris progresse rapidement. À noter que la pandémie a frappé différemment les deux tournois : Roland-Garros, disputé à huis clos partiel à l’automne 2020, avait vu ses recettes chuter, tandis que Wimbledon, purement et simplement annulé, avait touché un dédommagement d’assurance pandémie de 174 millions de livres, un coup de génie financier devenu légendaire dans le monde du sport.

Roland-Garros VS Wimbledon : Novak Djokovic soulevant le trophée du tournoi Londonien.

Roland-Garros VS Wimbledon : Les droits TV, le nerf de la guerre

Dans les deux modèles, la diffusion télévisée constitue la première source de revenus, mais Wimbledon en tire un parti supérieur.

Le tournoi londonien réalise un peu moins de la moitié de son chiffre d’affaires grâce aux contrats médias, principalement avec Disney (ABC et ESPN) aux États-Unis et la BBC au Royaume-Uni. Aux États-Unis, l’AELTC est liée à Disney jusqu’en 2035, dans un accord valorisé à 52,5 millions de dollars par an. Au Royaume-Uni, le tournoi a prolongé son partenariat historique avec la BBC pour 44 millions de livres par an sur la période 2025-2027. Particularité britannique : Wimbledon reste diffusé gratuitement, car la loi sur l’audiovisuel de 1996 le classe parmi les événements d’intérêt national devant être accessibles à la quasi-totalité de la population, ce qui le prive de recettes qu’il pourrait obtenir auprès de diffuseurs payants.

Côté Roland-Garros, les droits médias pèsent 34 % des recettes en 2024. En France, France Télévisions et Amazon Prime Video se partagent les droits pour un montant estimé à 36,50 millions de dollars par an. La grande nouveauté de 2025 a été l’accord conclu aux États-Unis avec Warner Bros. Discovery, qui a fait bondir les revenus médiatiques globaux du tournoi : selon GlobalData, ceux-ci sont passés de 134,43 millions de dollars en 2024 à 175,50 millions de dollars en 2025, soit une hausse de plus de 41 millions de dollars en un an. Une dynamique qui montre que Paris commence à rattraper son retard sur le terrain le plus lucratif du tennis mondial.

Roland-Garros VS Wimbledon : Droits TV

Sponsoring : la rareté britannique contre le volume français

C’est ici que les deux philosophies s’opposent le plus frontalement dans la confrontation Roland-Garros vs Wimbledon. Wimbledon mise sur la rareté absolue. Le tournoi ne compte qu’une quinzaine de partenaires commerciaux (autour de 16 à 17 selon les sources), là où Roland-Garros en aligne 22 pour son édition 2024. Le directeur commercial de l’AELTC résume cette philosophie « clean court » : l’objectif n’est pas de maximiser les revenus à court terme mais de bâtir des relations de long terme. Wimbledon refuse d’ailleurs tout sponsor-titre. Cette stratégie de l’exclusivité paie : chaque partenaire (Rolex, Ralph Lauren, Slazenger, Barclays, Emirates…) paie une prime considérable pour s’associer au prestige du gazon londonien.

Roland-Garros adopte la logique inverse : plus de partenaires, des contrats individuellement moins élevés. Selon GlobalData, l’édition 2025 a généré 73,95 millions de dollars de revenus de sponsoring auprès de 22 marques. Le partenaire historique, BNP Paribas, présent depuis 1973 et engagé jusqu’en 2031, verse à lui seul environ 19,70 millions de dollars par an. La FFT s’appuie aussi sur des marques emblématiques comme Lacoste, Emirates, Rolex, Perrier (partenaire depuis 1978) ou Wilson.

Roland-Garros VS Wimbledon
logo de « The Championships » près de la Porte 13. The Championships 2019. Organisé au All England Lawn Tennis Club, Wimbledon. Jour 6, samedi 06/07/2019. AELTC/Dillon Bryden.

Billetterie et hospitalité : la rançon de l’espace

Sur la billetterie, l’analyse réserve une surprise : malgré son chiffre d’affaires global plus élevé, Wimbledon est paradoxalement limité par sa taille.

Le tournoi londonien affiche la plus faible affluence des quatre levées du Grand Chelem, avec 532 651 spectateurs sur la quinzaine, conséquence du refus de l’AELTC d’agrandir le Centre Court et le Court n°1. La billetterie y rapporte tout de même environ 81 millions de dollars. Pour maximiser ces recettes limitées, Wimbledon a inventé un mécanisme unique : le debenture. Ces obligations donnent droit à un siège premium sur le Centre Court pendant cinq ans et constituent les seuls billets revendables du tournoi. Selon Bloomberg, leur prix s’est envolé : émis à 116 000 livres en avril 2024, ils se sont revendus jusqu’à 380 000 livres (environ 510 000 dollars) en avril 2026, soit un triplement en deux ans. Cette flambée s’explique par une offre rare, une demande mondiale et l’idée croissante que l’accès au sport d’élite devient un actif de luxe. C’est l’illustration parfaite de la stratégie de rareté monétisée à l’extrême.

Roland-Garros, lui, joue la carte du volume. Le tournoi attire davantage de monde, avec plus de 700 000 spectateurs attendus en 2025. Chez les Parisiens, le triptyque billetterie–hospitalité–merchandising pèse lourd : en 2024, les hospitalités représentaient 21 % des recettes, la billetterie 19 %, les droits marketing 19 % et le merchandising 7 %. Le tournoi écoule par ailleurs plus de 500 000 produits dérivés chaque année, devenant un véritable géant du retail le temps de la quinzaine.

Roland-Garros VS Wimbledon

Roland-Garros VS Wimbledon Prize Money : Wimbledon, le plus généreux des deux

Si l’on déplace le curseur vers ce qui intéresse le plus les champions, c’est-à-dire l’argent qu’ils repartent réellement empocher, Wimbledon devance Roland-Garros, même si aucun des deux n’est le mieux doté du Grand Chelem.

Pour l’édition 2025, l’AELTC a porté son enveloppe globale de prize money à 53 550 000 livres, en hausse de 7 % par rapport à 2024. Cette générosité irrigue tout le tableau : un joueur éliminé dès le premier tour du tableau principal touche 66 000 livres (environ 90 000 euros), une somme qui peut faire vivre un joueur de seconde zone pendant une saison. Au sommet, les deux vainqueurs des simples ont chacun empoché 3 millions de livres (environ 4 millions d’euros) ; en 2025, ce sont Jannik Sinner et Iga Świątek qui ont décroché ce jackpot. Pour 2026, l’AELTC a même annoncé une hausse de 20 % de la dotation totale, portée à 64,2 millions de livres, avec 3,6 millions de livres pour chaque champion en simple : la plus forte augmentation annuelle de son histoire.

Roland-Garros se montre moins prodigue. Selon les chiffres officiels relayés par l’ATP et la FFT, la dotation totale 2025 s’élève à 56,352 millions d’euros, en hausse de 5,21 %, les vainqueurs en simple empochant chacun 2,55 millions d’euros. Une élimination au premier tour rapporte 78 000 euros, soit 5 000 de plus qu’en 2024. L’écart au sommet est donc d’environ 1,5 million d’euros en faveur du champion de Wimbledon. Fait notable, Roland-Garros reste le tournoi du Grand Chelem le moins bien doté du calendrier, derrière l’US Open, Wimbledon et l’Open d’Australie.

Un point révélateur concerne toutefois la part des revenus reversée aux joueurs, et là, le rapport s’inverse. À Roland-Garros, les 53,48 millions d’euros de dotation 2024 représentaient 15,47 % du chiffre d’affaires, un ratio plus favorable aux joueurs. À Wimbledon en revanche, la redistribution est proportionnellement plus faible : la part du prize money est passée de 12,3 % en 2024 à 12,63 % des recettes de l’AELTC en 2025. Autrement dit, Wimbledon paie davantage en valeur absolue mais partage proportionnellement moins de son gâteau, ce qui alimente la fronde des joueurs : certains réclament une part de 16 % des revenus, portée à 22 % d’ici 2030.

Tour 🟠 Roland-Garros
2026
🟣 Wimbledon
2026
1ᵉʳ tour 87 000 € 80 000 £
~93 000 €
2ᵉ tour 130 000 € 126 000 £
~146 000 €
3ᵉ tour 187 000 € 185 000 £
~214 000 €
8ᵉˢ de finale 285 000 € 300 000 £
~348 000 €
Quarts de finale 470 000 € 480 000 £
~556 000 €
Demi-finales 750 000 € 900 000 £
~1 043 000 €
Finaliste 1 400 000 € 1 800 000 £
~2 086 000 €
🏆 Vainqueur 2 800 000 € 3 600 000 £
~4 172 000 €
Dotation totale 61,72 M€ 64,2 M£
~74,4 M€

Montants Roland-Garros en euros (source FFT/ATP) · Wimbledon en livres sterling (source AELTC/ATP) · conversion indicative à ~1,16 € pour 1 £.

Le modèle de redistribution : deux fédérations à nourrir

Au-delà du tournoi lui-même, l’argent généré sert dans les deux cas à financer le tennis national, mais selon des proportions différentes.

L’AELTC reverse 90 % de ses bénéfices à la Lawn Tennis Association (LTA), la fédération britannique ; en 2025, ce versement s’est élevé à 48 millions de livres. Du côté français, c’est environ 80 % du chiffre d’affaires qui revient à la FFT, une manne destinée à financer le tennis amateur, la formation des jeunes et l’entretien des milliers de clubs de l’Hexagone, où le tennis compte 4,4 millions de pratiquants, dont près d’un million de licenciés.

Une victoire

Verdict : Wimbledon garde la couronne, Roland-Garros gagne du terrain

Au terme de cette comparaison Roland-Garros vs Wimbledon, le classement est sans appel sur le plan strictement comptable. Avec 423,6 millions de livres de recettes (environ 500 millions d’euros) contre 346 millions d’euros pour Paris, Wimbledon génère aujourd’hui nettement plus de chiffre d’affaires que Roland-Garros. Le tournoi londonien domine sur les droits TV, le sponsoring, le prize money individuel et a même fait de son debenture, revendu jusqu’à 380 000 livres, l’un des produits les plus spéculatifs du sport mondial. Sa stratégie de la rareté et du prestige reste, paradoxalement, plus lucrative que l’approche volumique parisienne.

Mais le match n’est pas figé. Roland-Garros affiche une croissance plus rapide, attire plus de spectateurs, redistribue proportionnellement davantage à ses joueurs, vise les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026 et vient de signer aux États-Unis l’accord qui pourrait combler une partie de son retard médiatique. Le tournoi parisien capitalise aussi sur une dimension culturelle et un soft power que peu d’événements sportifs savent monétiser aussi bien.

En clair : Wimbledon reste le roi de l’argent du Grand Chelem européen, mais Roland-Garros est l’outsider qui monte, transformant peu à peu son retard en élan. Le vrai match économique des prochaines décennies se jouera moins sur le montant brut des recettes que sur la capacité de chacun à conserver son âme tout en exploitant de nouveaux relais de croissance.

Cet article s’appuie sur les données suivantes : comptes annuels et états financiers de l’All England Lawn Tennis Club (AELTC) pour les exercices 2024 et 2025 ; procès-verbal de l’assemblée générale de la Fédération française de tennis (FFT) et déclarations de son directeur général Stéphane Morel ; communiqués officiels de l’ATP Tour sur le prize money de Roland-Garros et de Wimbledon 2025 ; rapports de GlobalData sur les revenus de sponsoring et médias de Roland-Garros 2025 ; articles financiers de Bloomberg sur les debentures de Wimbledon (juin 2026), du Financial Times, de Sportico, de SportsPro et de Sport Buzz Business ; ainsi que les analyses économiques publiées par Bpifrance (Big Média), franceinfo et S&P Global. Les conversions entre livres sterling, euros et dollars sont données à titre indicatif, sur la base des taux de change en vigueur à la publication.

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