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Cadillac Elegante 1953 : La concept-car unique vendue 1,4 million de dollars chez Kruse Auctions

Date : 12 septembre 2026
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Carrossée à Turin en 1953, l’unique Cadillac Elegante vient de changer de mains chez Kruse Auctions pour 1,4 million de dollars, une grande première pour cette concept-car jamais mise aux enchères.

La vente a eu lieu le 5 septembre, lors de l’édition Auburn Fall 2026 organisée par Kruse Auctions dans l’Indiana, une région historiquement liée aux grandes marques automobiles américaines d’avant-guerre. Le lot 620 de cette vente, une Cadillac Series 62 que le carrossier italien Rocco Motto a transformée en concept-car, s’est adjugé 1 400 000 dollars, soit environ 1 212 000 euros au taux de change actuel. Contrairement à la plupart des ventes de collection très médiatisées, cette Cadillac n’était encore jamais passée par une salle des ventes : toutes ses cessions précédentes se sont faites de gré à gré, entre particuliers.

Cadillac Elegante

Cadillac Elegante, un caprice d’après-guerre né à Detroit

L’histoire commence dans l’euphorie de l’après-guerre, quand l’industrie automobile américaine renoue avec l’abondance après des années de rationnement. Les constructeurs de Detroit rivalisent alors d’audace, portés par les concept-cars de General Motors et son directeur du style Harley Earl, dont les Motorama font découvrir au public la Bonneville Special ou la Le Sabre. En Italie, dans le même temps, des carrossiers comme Pinin Farina, Touring ou Ghia imposent une élégance mesurée qui séduit une clientèle américaine en quête de distinction. C’est dans ce climat que le publicitaire Harry Birdsall imagine un coupé cabriolet capable de réunir les deux univers.

Birdsall s’associe à son ami Joe Mascari, entrepreneur et importateur, pour donner corps au projet. Le duo choisit un châssis de Cadillac Series 62 à empattement long de 126 pouces, soit environ 3,20 mètres, avec son V8 de 331 pouces cubes (5,4 litres) et sa boîte automatique Hydra-Matic à quatre rapports. Ils conservent également le système électro-hydraulique de la marque, qui actionne à la fois les vitres et la capote escamotable. Birdsall dessine une première esquisse, puis confie la suite à un jeune designer tout juste installé à New York : Albrecht von Goertz.

Cadillac Elegante

Albrecht von Goertz, avant la gloire chez BMW

Encouragé par son mentor Raymond Loewy à ouvrir son propre studio, Goertz travaille alors sur ce qui restera sans doute son tout premier projet automobile. Deux ans plus tard seulement, l’importateur Max Hoffman le recrute pour dessiner les BMW 503 et Type 507, deux modèles qui feront sa réputation. Goertz comptera par ailleurs parmi les premiers designers non japonais engagés par des constructeurs japonais, à une époque où ces derniers cherchent à internationaliser leur image. Elegante marque ainsi les débuts d’une carrière qui rayonnera bien au-delà de Detroit.

Cadillac Elegante 1953 carrossée par Rocco Motto

Cadillac Elegante : Trente mois de travail chez Carrozzeria Motto

Le dessin achevé, Mascari met à profit ses contacts italiens, noués en important des hors-bord de la péninsule, pour confier la construction à Carrozzeria Rocco Motto, à Turin. La carrosserie en aluminium façonnée à la main demande trente mois de travail et 30 000 dollars, une somme considérable pour le milieu des années 1950. Motto allège par ailleurs le châssis et l’abaisse de huit pouces, soit environ vingt centimètres, afin d’affiner la silhouette. Il y ajoute un toit rigide escamotable à commande hydraulique, un volant en Lucite, une sellerie en cuir, des ornements en bronze plaqué or et un pare-brise panoramique doté d’aérateurs intégrés.

La banquette, signature unique de cette Cadillac

De Yonkers à Amelia Island, cinquante ans dans l’ombre pour la Cadillac Elegante

Rapatriée aux États-Unis, Elegante fait sa première apparition publique au salon automobile de Yonkers en 1955. Présentée sur un plateau tournant, elle attire aussitôt les regards. Le New York Times y consacre un article le 28 avril de la même année, sous un titre resté célèbre dans le milieu : « Gold-Plated Car Becomes a Fact ». Harry Birdsall profite de sa création jusqu’à sa mort prématurée, à 49 ans, en 1960. Mascari récupère alors le véhicule avant de le céder à un coureur de hors-bord, puis à Stan Marks, dirigeant dans le BTP et président du comité de l’Orange Bowl.

Marks refuse toutes les propositions de rachat de la famille Birdsall, trop attaché à la voiture pour s’en séparer. À sa mort en 1990, son épouse Irene conserve Elegante jusqu’en 1992, année où elle la cède à Richard « Dicky » Birdsall, le plus jeune fils de Harry. Le nouveau propriétaire, lui-même restaurateur reconnu, entreprend alors une restauration minutieuse qui durera seize ans, avec l’ambition de retrouver l’état voulu par son père. Le résultat dépasse la simple reconstitution esthétique, puisque la mécanique retrouve elle aussi un fonctionnement comme neuf.

Le travail porte ses fruits en 2014, lorsque Elegante remporte le prix du public au Amelia Island Concours d’Elegance, avant de collectionner d’autres distinctions lors d’apparitions ponctuelles au cours des années suivantes.

Un intérieur rouge et marqué pour cette Cadillac

Fiche technique de la Cadillac Elegante

CaractéristiqueDétail
Année1953
BaseCadillac Series 62
VIN536262805
CarrossierCarrozzeria Rocco Motto, Turin
DesignerAlbrecht von Goertz
MoteurV8 331 pouces cubes (5,4 litres)
TransmissionHydra-Matic automatique, 4 rapports
Empattement126 pouces (environ 3,20 m)
Construction30 mois, 30 000 dollars (1955)
Restauration1992-2008, par Richard « Dicky » Birdsall
DistinctionPrix du public, Amelia Island Concours d’Elegance 2014
VenteKruse Auctions, Auburn Fall 2026, lot 620, 5 septembre 2026
Prix d’adjudication1 400 000 dollars (environ 1 212 000 euros)

Une vente événement pour Elegante, trailer inclus

Au-delà de la voiture elle-même, l’acquéreur repart avec une remorque Pegasus Race climatisée et équipée d’un hayon élévateur. Des photographies du salon de New York, des clichés pris dans l’atelier de Motto, une copie de l’article du New York Times, la couverture du magazine MotorSports de 1955 et un modèle réduit signé Brausi, tiré à seulement 200 exemplaires dans le monde, complètent l’ensemble.

Arrière de la Cadillac Elegante 1953

Cette dispersion illustre un segment de marché où le design industriel côtoie la haute joaillerie automobile. La démarche artisanale de Motto, où chaque pièce sort entièrement façonnée à la main, trouve d’ailleurs un écho contemporain dans des séries volontairement restreintes, à l’image de la Mercedes-AMG CLE 646 Spezialanfertigung, limitée à trente exemplaires. À l’inverse, le marché a depuis pris un virage électrique, à l’image du Range Rover Electric récemment évoqué dans nos colonnes.

Reste que la valeur d’Elegante ne tient pas seulement à sa rareté mécanique. Le nom d’Albrecht von Goertz, associé plus tard aux BMW les plus recherchées du marché de collection, confère à cette Cadillac un supplément de désirabilité que peu de concept-cars américaines des années 1950 peuvent revendiquer aujourd’hui.

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