Chez Tiffany & Co., le temps n’est pas qu’une mesure, il devient objet d’art, invitation au jeu, sculpture à contempler. La maison new-yorkaise dévoile deux nouvelles créations horlogères qui élargissent sa collection Time Objects : des horloges singulières qui prennent la forme d’une voiture de course et d’un avion miniature, entre esprit ludique et virtuosité technique.
Tiffany Timer Titane & Platine : Tiffany & Co. célèbre 160 ans de chronographes
Huit mois après une première version en platine et diamants, Tiffany & Co. dévoile la Tiffany Timer Titane & Platine, un chronographe limité à 100 exemplaires qui troque l’exubérance joaillière pour un mouvement Zenith El Primero et un boîtier bi-matière plus sportif.
Une seconde signature pour un anniversaire horloger
Peu de clients associent spontanément Tiffany & Co. à l’horlogerie de précision. Pourtant, la maison vend des montres et des pendules dès 1847. En 1866, elle lance l’un des tout premiers chronomètres américains, le Tiffany & Co. Timing Watch. Utilisé en laboratoire comme sur les terrains de sport, il change vite de nom. Il devient le Tiffany Timer deux ans plus tard, à l’ouverture de l’atelier horloger suisse de la maison. Ce garde-temps fondateur fête donc cette année ses 160 ans. Tiffany & Co. retrace d’ailleurs cette histoire sur son site officiel.
En janvier, à l’occasion de LVMH Watch Week, la maison dévoile une première pièce commémorative. Le boîtier de 40 mm en platine massif affiche un cadran laqué Tiffany Blue, serti d’index en diamants taille baguette. Seulement 60 exemplaires sont produits, facturés 55 000 dollars pièce. Cette création assume pleinement son statut d’objet de joaillerie, avant d’être une montre. Elle est portée par Nicolas Beau, ancien responsable mondial de l’horlogerie chez Chanel. Il est devenu vice-président horlogerie de Tiffany depuis le rachat de la maison par LVMH en 2021. Le Tiffany Timer Titane & Platine s’adresse en revanche à un autre public, celui qui juge une montre à son mouvement autant qu’à son écrin.

Un boîtier repensé en titane grade 5 et platine 950
Le diamètre reste fixé à 40 mm. Tiffany y voit la juste mesure pour un chronographe du quotidien. En revanche, la matière change du tout au tout. Le boîtier, épais de 13,05 mm, marie une carrure en titane grade 5 satiné à une lunette en platine 950 poli. Ce mariage bi-matière allège sensiblement la montre au poignet. Il conserve malgré tout la densité rassurante du métal précieux, là où l’œil s’arrête en premier. Les poussoirs de chronographe, allongés et incurvés, épousent la carrure. Ils protègent au passage la couronne. Celle-ci est façonnée pour rappeler le sertissage à six griffes des solitaires Tiffany. Verre saphir bombé traité antireflet, fond vissé par quatre vis, étanchéité à 100 mètres : bref, la fiche technique parle un langage résolument horloger, loin des codes joailliers de la première édition.
Le choix du titane pour un chronographe en série limitée n’est d’ailleurs pas propre à Tiffany. Chez Hublot, la maison sœur du groupe LVMH, la Spirit of Big Bang Essential Taupe suit une logique proche, sur un boîtier de 42 mm. Le titane s’impose ainsi comme un matériau à part entière dans l’horlogerie de luxe. Il n’est plus une simple alternative légère à l’acier.

Un cadran bleu marine soleillé, clin d’œil retenu au Tiffany Blue
Fini le laqué saturé de la version platine. Le nouveau cadran adopte un bleu marine soleillé, plus feutré. Le fameux Tiffany Blue n’y réapparaît qu’en touches. On le retrouve sur les anneaux des compteurs, sur la piste extérieure du chronographe et sur le disque de la date. La lecture reprend par ailleurs la configuration classique à trois compteurs. Les minutes écoulées se lisent à 3 heures, les heures à 6 heures au-dessus de la date, la petite seconde à 9 heures. Les amateurs de chronographes reconnaîtront là un canon quasiment increvable du genre. Les index appliqués et les aiguilles en or blanc, dépourvus de tout traitement luminescent, ajoutent une touche de sobriété. L’ensemble mise donc sur la retenue plutôt que sur l’effet de vitrine.

Le cœur mécanique, un Zenith El Primero 400 personnalisé
Sous le fond saphir, Tiffany n’a pas cherché à réinventer la roue. La maison puise en effet directement dans le catalogue de Zenith, sa voisine au sein de LVMH. Le calibre retenu, l’El Primero 400, est un automatique à roue à colonnes et embrayage horizontal. Il est cadencé à 36 000 alternances par heure, soit 5 Hz, pour 50 heures de réserve de marche. Cette architecture intégrée hérite du tout premier chronographe automatique de l’histoire horlogère, lancé par Zenith en 1969. Peu de maisons peuvent donc revendiquer une telle référence sans passer par un mouvement d’établisseur générique.

La personnalisation Tiffany se joue sur la masse oscillante. Un petit oiseau sur son rocher y est sculpté à la main, en or jaune 18 carats. Large d’à peine 1,4 cm, il reprend l’un des motifs joailliers les plus reconnaissables de la maison. Jean Schlumberger l’a dessiné en 1965. Le recours à un mouvement Zenith illustre d’ailleurs bien la logique de groupe qui traverse aujourd’hui l’horlogerie de luxe. Chez Hublot, par exemple, l’osmium cristallisé le plus rare au monde s’associe à un boîtier en saphir pour repousser les limites techniques de la maison. Tiffany, elle, mobilise plutôt le savoir-faire chronographe de sa voisine suisse, pour asseoir sa légitimité horlogère.

Tiffany Timer : Prix, disponibilité et positionnement
Non dévoilé publiquement par Tiffany & Co., La presse spécialisée avance un tarif de 28 000 dollars (environ 26 000€). Ce montant représente environ la moitié du prix de la version platine et diamants. La pièce, référencée 76538182, se limite à 100 exemplaires. Elle se porte sur un bracelet en alligator bleu marine, fermé par une boucle déployante en acier et titane. Elle sera disponible à la commande dans les boutiques Tiffany & Co. dès septembre 2026.
Cette seconde édition resserre ainsi l’écart de prix avec le reste du marché du chronographe de luxe. Elle se rapproche d’un segment où évoluent aussi des pièces comme le chronographe Porsche Design réservé aux propriétaires de 911 GT3 S/C. Ces montres misent sur la rareté et l’histoire de marque, plutôt que sur l’accumulation de complications, pour justifier leur exclusivité.

Tiffany Timer : Ce qu’il faut retenir
À elles deux, les éditions 2026 du Tiffany Timer dessinent une stratégie assez lisible. La version platine installe d’abord le récit. Elle est réservée à une poignée de collectionneurs, prêts à payer pour le diamant et le métal précieux. La version titane et platine, elle, le rend audible auprès d’un public plus large. Deux fois moins chère et deux fois plus disponible, elle séduit des amateurs de chronographes classiques. Ceux-ci sont moins sensibles à l’écrin joaillier qu’au mouvement qui bat dessous. Pour une maison encore identifiée à sa boîte bleue et à ses diamants, revendiquer 160 ans d’horlogerie n’a donc rien d’anodin. C’est un pari de long terme sur la crédibilité mécanique de la marque. Le rattachement à LVMH le rend chaque année un peu plus tangible.
Crédits photos : ©Tiffany & Co.


