Le 9 novembre 2025, chez Sotheby’s à Genève, une Oyster en or a été adjugée 1,7 million de dollars. Elle avait appartenu à Mercedes Gleitze, la nageuse qui l’avait portée autour du cou en octobre 1927 lors de sa tentative de traversée de la Manche. Elle n’a pas atteint la côte française ce jour-là ; la montre, elle, est sortie de l’eau intacte, et Rolex en a fait une pleine page en une du Daily Mail. La première campagne mondiale de la marque reposait sur le poignet d’une femme.
Une contrefaçon à 500 dollars passe entre les mains des horlogers de la boutique Rolex de Bond Street
Une enquête publiée le 19 août par Wired met en cause la fiabilité de l’authentification en réseau agréé. Ses auteurs, Jeremy White, senior innovation editor du titre, et Alistair Charlton, co-signataire d’un reportage qui porte en réalité sur trois contrefaçons distinctes, ont acheté en ligne, pour 500 dollars, une fausse Rolex Oyster Perpetual à cadran « Celebration ». Le volet le plus commenté de leur enquête concerne ce qui s’est passé ensuite : la montre a été confiée à la boutique Rolex de Bond Street, exploitée par Watches of Switzerland Group, pour une simple mise à longueur de bracelet. Les techniciens ne l’ont, à aucun moment, identifiée comme une contrefaçon.
Rolex Bond Street : L’affaire tombe au moment où Rolex développe son programme Certified Pre-Owned, dont l’argument commercial central est précisément la promesse d’une authentification effectuée en boutique agréée. Ni Rolex ni Watches of Switzerland Group n’ont, à ce jour, publiquement commenté l’incident.

Un marché de plusieurs milliards de dollars, en partie sur cette promesse
Les repères de marché cités dans la couverture de cette affaire par WatchPro, magazine professionnel de la distribution horlogère, proviennent en réalité de la société de données EveryWatch : le marché mondial de la Rolex d’occasion a représenté 5,7 milliards de dollars sur la dernière année étudiée, dont environ 590 millions de dollars, soit 11 % du total, pour le seul programme Certified Pre-Owned de la marque.
Nick Lukas, sales director d’Exquisite Timepieces, cité par WatchPro, déplace le regard vers l’intérieur du boîtier : « Aujourd’hui, les contrefaçons peuvent reproduire le cadran, le poids et les finitions de façon remarquable, ce qui rend de plus en plus déterminant ce qui se passe à l’intérieur de la montre. » Il recommande de rechercher « des incohérences subtiles dans les finitions, l’alignement, les gravures et d’autres détails propres à chaque modèle ».

Rolex Bond Street : L’impact
Le sujet n’est pas la qualité de la contrefaçon, c’est la chaîne de responsabilité. Rolex vend son programme Certified Pre-Owned sur la promesse d’un contrôle effectué en boutique agréée, et onze pour cent d’un marché de 5,7 milliards de dollars reposent sur cette promesse précise. Que des techniciens d’une boutique Rolex officielle, à l’une des adresses les plus surveillées du secteur, n’aient rien détecté fragilise directement cet argument commercial.
La question posée aux distributeurs européens reste sans réponse publique. Un détaillant agréé engage-t-il sa responsabilité lorsqu’il manipule une contrefaçon sans la détecter ni la signaler ? Ni Rolex ni Watches of Switzerland Group n’ont, pour l’instant, répondu publiquement à cette question, un silence qui, en lui-même, dit quelque chose de la difficulté du sujet pour l’industrie.
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L’article de Wired n’a pas pu être consulté directement en source primaire dans le cadre de la vérification de cet article ; les éléments factuels rapportés ici s’appuient sur la couverture qu’en a faite WatchPro, source secondaire spécialisée jugée fiable. L’enquête originale de Wired porte sur trois montres contrefaites achetées par ses deux auteurs, dont seul le volet Rolex/Bond Street est traité ici.
Sources : WatchPro (25 août et 5 février 2026), EveryWatch, Wired (couverture indirecte).

