Le 21 mai 2026, Cartier a procédé à un réajustement tarifaire sur l’ensemble de son catalogue montres. Après plusieurs mois de spéculations, la Maison a confirmé des hausses ciblées, concentrées sur l’horlogerie, tandis que la joaillerie iconique et la maroquinerie sont restées, cette fois, inchangées. Voici le décryptage complet, collection par collection, chiffres à l’appui.
Maison Heavenly : Rencontre avec Franck Touzeau, transformation, transmission, révélation
Vingt-cinq ans au service de Piaget, Cartier et TAG Heuer. Et puis, quinze jours de vacances, et une conviction qui ne le quitte plus. En novembre 2022, Franck Touzeau fonde Maison Heavenly : une marque de joaillerie inspirée d’un univers cosmique ancré dans la numérologie, la lithothérapie et la joaillerie transformable créative, un territoire céleste inédit en joaillerie. Un bijou qui révèle deux identités distinctives, qui se transmet, qui a du sens. Rencontre avec un créateur qui pense le luxe comme une affaire de temps et de traces laissées.

Entre les couloirs de Louis Vuitton, la création, le développement et le marketing horloger de Piaget, les stratégies retail de Cartier et la direction créative produits de TAG Heuer pour le groupe LVMH, il y a une trajectoire rare et une conviction qui ne s’est jamais démentie : la beauté doit avoir du sens. Après plus de vingt-cinq ans au service des plus grandes maisons des groupes Richemont et LVMH, Franck Touzeau a décidé de créer son propre langage. En novembre 2022, il fonde Maison Heavenly, dont SATURN, le nouveau bijou transformable ancré dans la numérologie, révélant le chiffre 8 sur un territoire céleste jusqu’alors inexploré dans l’univers de la joaillerie contemporaine. Né en 1973, formé à l’Institut Supérieur de Marketing de Luxe, à l’Institut de Formation à la Haute Horlogerie de Neuchâtel et à l’Institut National de Gemmologie de Paris, Franck Touzeau est l’un de ces créateurs capables de penser à la fois la technique, la stratégie et l’émotion dans un même souffle. Rencontre avec un homme qui pense le bijou comme un acte de transmission, et le luxe comme une affaire de temps.

Si vous deviez vous présenter en quelques mots, comment définiriez-vous votre sensibilité aujourd’hui ?
Créatif, mais animé avant tout par une quête constante de beauté et de sens, je crois à une élégance qui traverse le temps sans jamais se figer. J’ai grandi entre les résonances de l’architecture, de la musique et les expressions de l’art contemporain, au milieu de contrastes parfois audacieux, presque disruptifs, mais toujours capables de dialoguer avec harmonie.
Cette essence, il cherche à l’insuffler dans chacune de mes créations : à travers un storytelling, une sensibilité, une écriture esthétique qui lui ressemblent profondément. Car nous sommes bien là pour laisser une trace. Nous ne faisons que passer, mais chacun porte une mission, celle de transmettre une vision, une émotion, une empreinte.
Qu’il s’agisse d’une maison ou d’une agence, l’essentiel est de créer quelque chose qui parle, qui demeure, qui incarne véritablement votre identité. Sans cela, tout s’efface aussitôt, comme une poussière dans le temps.

Y a-t-il eu une émotion artistique fondatrice, une œuvre ou une rencontre qui a tout décidé ?
C’est un rapport presque paradoxal, car je peux être profondément touché par des univers extrêmement différents. Je pense naturellement à Pierre Soulages ou à Alberto Giacometti, et il y a évidemment des raisons à cela. Mais certains artistes me bouleversent autrement : parce qu’à un moment donné, une forme de communion s’installe avec eux. Et lorsque cette connexion naît, on apprend à regarder leur œuvre avec une compréhension nouvelle, plus intime.
Il y a une quinzaine d’années, lors d’un voyage en Islande, je me suis retrouvé face à Erró. De prime abord, son univers ne m’attirait pas particulièrement. Puis, à travers l’échange, le dialogue, la découverte de son regard sur le monde, tout a changé. C’est là que l’expérience devient saisissante.
L’art contemporain suscite souvent des réactions immédiates, on aime ou l’on rejette, mais il faut toujours chercher le sens qui se cache derrière l’œuvre. Certains disent : « Mes enfants pourraient faire la même chose. » Pourtant, ce n’est jamais aussi simple. C’est comme pour ce maître japonais qui trace quelques lignes à l’encre de Chine : tout réside dans la justesse du geste. Il y a dans cette démarche quelque chose de profondément japonisant, une quête de perfection, de précision, presque spirituelle.

Vous avez passé plus de vingt-cinq ans chez des maisons comme Piaget, Cartier et TAG Heuer. Qu’est-ce qui a rendu la création de Maison Heavenly non seulement possible, mais nécessaire ?
Ce qui a rendu possible la création d’une maison comme Maison Heavenly, c’est d’avoir évolué à la croisée de deux dimensions essentielles : le marketing opérationnel, au contact direct du client et du marché, et la réflexion stratégique, tournée vers la construction d’une vision de marque.
J’ai eu la chance de participer, au moment juste, à des chapitres particulièrement fondateurs chez Piaget. Nous avons relancé tout le travail autour de la manufacture et des mouvements, accompagné les records d’ultra-finesse entre 2003 et 2016, et donné une nouvelle résonance à des créations emblématiques comme Altiplano ou Limelight Gala. Au sein de LVMH, j’ai également contribué au renouveau des modèles iconiques Carrera et Aquaracer chez TAG Heuer.
Lorsqu’on lance une marque aujourd’hui, la véritable question n’est pas de créer une maison de joaillerie supplémentaire dans un marché déjà saturé. C’est de savoir si l’on est capable d’apporter une signature forte, immédiatement reconnaissable, portée par une véritable vision de marque.
Le seul territoire qui puisse réellement légitimer une nouvelle maison est celui de la créativité. C’est là qu’intervient ce bijou SATURN transformable auquel je crois profondément : une pièce capable de révéler deux identités distinctes, d’accompagner une femme du matin jusqu’au soir, et de faire de ce bijou un objet vivant, en mouvement, au service de sa liberté.

Quel a été le déclencheur précis de la fondation de la maison ?
Le jour où j’ai été remercié de TAG Heuer, une question s’est immédiatement imposée à moi : pourquoi mettre un terme à une trajectoire alors même qu’un plan stratégique venait d’être validé ?
Lorsque j’ai compris que cette décision devenait inévitable, un processus de réflexion s’est enclenché bien avant mon départ effectif. Quelque chose mûrissait déjà intérieurement. Puis est venu ce moment charnière, à la fin du mois de juin. Nous sommes partis quinze jours en famille, presque comme une parenthèse suspendue.
Et au fil de ces jours, une évidence s’est imposée : j’étais arrivé au bout d’un cycle. Le monde du corporate ne me suffisait plus. J’avais besoin de créer quelque chose qui m’appartienne pleinement, une maison porteuse de ma propre vision, de ma propre sensibilité.
J’ai eu la chance, en quittant ce poste, d’avoir la liberté de financer les débuts de cette aventure. Avec le recul, je suis convaincu que certaines histoires n’arrivent jamais par hasard. Elles surviennent précisément au moment où l’on est prêt à leur donner un sens.

Comment est né le concept de la transformabilité, qui est au cœur de l’identité d’Heavenly ?
Dès le départ, j’ai eu l’intuition d’un concept fort, presque évident. J’avais développé un autre modèle non commercialisé aujourd’hui, un même langage créatif décliné en bracelets, bagues et pendentifs. Le produit existait déjà, avec sa singularité propre. Pourtant, malgré cette évidence esthétique, je n’arrivais pas encore à bâtir une véritable architecture de marque. Je l’ai donc abandonné pour mieux reconstruire.
Au bout de trois mois, j’ai pris une décision radicale : tout remettre à zéro.
Chez moi, certaines œuvres m’accompagnent et nourrissent ma réflexion depuis longtemps. L’une d’elles, réalisée par un artiste qui admirait César, est composée uniquement de numéros de rue émaillés. Cette pièce a été un véritable déclencheur. À partir d’elle, j’ai commencé à réfléchir au langage des chiffres, à leur portée symbolique, presque universelle.
Cette réflexion faisait écho à un travail que j’avais déjà mené chez Piaget lors du lancement, en 2012, de la première collection dédiée à la Chine pour l’Année du Dragon. Dans la culture chinoise, le chiffre huit est porteur de chance et d’accomplissement : il représente l’équilibre entre le trois et le cinq, dont il devient la synthèse la plus créative.
Peu à peu, j’ai compris que cette symbolique entrait en résonance directe avec ma propre démarche. À travers cette numérologie, une narration est apparue naturellement, une manière de donner un sens plus profond à la maison, d’en révéler l’identité intime et la philosophie créative.


Maison Heavenly s’ancre dans un territoire céleste et spirituel. D’où vient cette dimension ?
Depuis l’enfance, le Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes et les pèlerinages ont occupé une place particulière dans ma vie. J’y retournais chaque année, j’ai été hospitalier pendant de longues années. Très tôt, j’ai ressenti le besoin de partager et donner aux autres, d’être dans une forme de présence et de transmission. Cette dimension spirituelle a toujours accompagné ma réflexion, autant personnelle que créative.
Mais il existe aussi, dans cette approche, une lecture plus stratégique : tout ce que l’homme ne peut posséder pleinement nourrit le désir. En plus de vingt années passées dans l’horlogerie, j’ai vu des maisons comme Omega construire un imaginaire puissant autour du monde céleste et de la conquête spatiale. Pourtant, en joaillerie, peu de marques ont véritablement ancré leur territoire dans cette dimension cosmique et émotionnelle.
Or, le céleste possède une force universelle : lorsqu’un objet parvient à entrer en résonance avec quelqu’un, il touche immédiatement une part intime, presque instinctive. Et ce qui nous émeut profondément reste gravé en nous.
Un bijou comme un METEOR en malachite ne raconte pas seulement une esthétique ; c’est un véritable talisman intime qui évoque l’amitié, la vie, une forme de renaissance intérieure. Il y a également toute une dimension d’ergonomie sensorielle : ce que l’on ressent au contact direct de la pierre, sur la peau. Car dans l’univers de la lithothérapie, l’énergie de la matière ne prend véritablement sens qu’à travers ce lien physique, intime, presque invisible entre le corps et le bijou.

Pourquoi avoir choisi Saturne comme territoire d’inspiration principal ?
SATURN est une planète fascinante, sans doute parce qu’elle se distingue immédiatement par cet anneau en mouvement perpétuel, une trajectoire infinie qui évoque naturellement l’idée de transformation et de changement. C’est précisément sur ce territoire symbolique du mouvement et de l’évolution que j’ai voulu inscrire la création SATURN.
La forme ronde s’est imposée comme une évidence. Elle est, d’une certaine manière, la première forme dessinée par l’homme, mais aussi la plus universelle, la plus instinctivement consensuelle. Si l’on place côte à côte une montre ronde et une montre de forme, il y aura presque toujours une majorité pour choisir la ronde.
Elle possède une fluidité particulière, une douceur visuelle, une absence totale d’aspérité. Rien n’y agresse le regard ; tout y circule naturellement. Et au fond, c’est peut-être cela qui me touche le plus dans la création : parvenir à concevoir des objets où l’évidence formelle rencontre l’émotion, dans un équilibre presque organique.

Ce bijou qui révèle deux identités, comment se vit-il concrètement au quotidien ?
Une femme portera son bijou fermé le matin, dans une forme plus discrète, presque intime. Puis vient le soir, un dîner, une silhouette qui se transforme, un geste différent : elle déploie alors une seconde identité. Le bijou demeure le même, et pourtant il devient autre. C’est cette idée de métamorphose qui m’intéresse profondément, offrir non pas un seul bijou, mais plusieurs expressions d’une même création.
Dans la collection SATURN, les bagues sont pensées comme des anneaux en mouvement perpétuel. Elles tournent à l’infini, permettant de composer librement le design que l’on souhaite révéler. En les retournant, une nouvelle lecture apparaît. Une seule bague peut ainsi dévoiler jusqu’à douze identités différentes.
Il y a dans cette approche quelque chose de ludique, presque émotionnellement interactif. Le bijou cesse d’être un objet figé : il devient une expérience, un compagnon avec lequel on crée un véritable lien.
Et au fond, mon rêve serait qu’un jour, des enfants puissent dire : « J’ai vu ma mère porter son METEOR pendant une grande partie de sa vie. À mon tour, j’aimerais le porter. » Parce qu’un bijou prend toute sa valeur lorsqu’il traverse le temps, chargé d’histoires, de souvenirs et de transmission.

Vous êtes un fervent défenseur des métiers d’art. Comment cela se traduit-il dans votre démarche chez Heavenly ?
Depuis mes débuts chez Piaget en 2003, j’ai toujours défendu une conviction profonde : permettre à de véritables talents d’exprimer pleinement leur savoir-faire dans l’univers horloger. Pour moi, la création naît avant tout de la rencontre avec des artisans capables de porter leur art à un niveau d’excellence rare.
Je suis allé chercher ces maîtres là où ils se trouvaient : en Allemagne, mais aussi au Vatican. J’y ai rencontré un mosaïste exceptionnel, le seul alors accrédité pour reproduire le portrait du Pape en grandeur nature après son élection. Je me suis rendu au Studio del Mosaico du Vatican avec une idée presque folle : miniaturiser son art pour l’intégrer à des cadrans de montre.
De cette rencontre est née la Piaget Protocole XXL en micromosaïque, composée de plus de 2 500 tesselles de verre sur un seul cadran, une œuvre miniature où l’horlogerie rejoignait pleinement l’art décoratif.
Il y avait aussi cette brodeuse au fil d’or Sylvie Deschamps, installée à Rochefort-sur-Mer, unique maître d’art reconnue par le ministère de la Culture, qui réalise des travaux extraordinaires. Elle avait brodé des roses Yves Piaget directement sur des cadrans. Ces pièces réalisées en cannetille étaient très appréciées, tant elles portaient une émotion et une singularité impossibles à reproduire industriellement.
Chez Maison Heavenly, cette même quête d’exception m’a conduit à créer deux pendules de table monumentales en marbre blanc de Carrare, marquetées de nacre blanche et de nacre de Polynésie. Elles sont aujourd’hui exposées au sein d’une mosquée.
Les maîtres d’art ne travaillent jamais dans l’urgence. Lorsque l’on s’adresse aux meilleurs, il faut accepter le temps long, les échanges, la patience, parfois même l’attente. Ce sont des projets qui se construisent sur des années. Et c’est précisément cette temporalité-là qui me passionne : celle où la création devient une œuvre de transmission autant qu’un objet d’exception.

Qu’est-ce qu’un bijou doit raconter aujourd’hui pour être véritablement désirable ?
Aujourd’hui, une femme s’assume pleinement et peut choisir de s’offrir des bijoux pour elle-même, indépendamment de tout regard extérieur. Mais il y a aussi le bijou que l’on offre à l’autre, celui qui accompagne un moment, une intention, une émotion particulière.
Au fond, ce qui porte véritablement un bijou, ce n’est jamais uniquement sa valeur matérielle, mais le sens qu’on lui donne. Qu’il s’agisse d’un cadeau pour soi ou pour quelqu’un d’autre, ce qui touche profondément réside dans cette capacité à révéler une attention intime, presque personnelle.
Car au-delà du prix ou du prestige d’une maison, ce qui bouleverse réellement, c’est de comprendre pourquoi l’être aimé a choisi précisément ce bijou-là. Pourquoi cette pierre, cette forme, cette symbolique. Il y a toujours une histoire silencieuse derrière un objet précieux.
Jusqu’au milieu des années 2000, les maisons racontaient encore beaucoup ces histoires. Elles insufflaient un véritable storytelling au bijou et à l’horlogerie. Puis l’industrie s’est largement concentrée sur la construction des manufactures, sur la technicité, parfois au détriment de la narration émotionnelle.
Depuis 2020, on observe un retour du storytelling, mais sous une forme différente : un récit devenu plus communautaire, souvent porté par la starification des marques et des figures qui les incarnent. Ce n’est pas une critique, simplement un constat. Cette approche crée une forte résonance auprès d’un large public, mais elle ne nourrit pas toujours cette dimension intemporelle propre au luxe le plus exigeant.
C’est précisément ce qui rend Hermès si singulier. La maison ne s’appuie presque jamais sur des célébrités pour exister. Elle construit patiemment un savoir-faire, une écriture esthétique, un style immédiatement reconnaissable et profondément intemporel. Et avec le temps, cette cohérence finit par parler d’elle-même.

Comment voyez-vous évoluer la joaillerie dans les dix ou vingt prochaines années ?
Il est certain que les années à venir verront un retour encore plus affirmé des produits iconiques. Et paradoxalement, ce qui paraît le plus simple est souvent ce qu’il y a de plus difficile à créer. Prenez Juste un Clou de Cartier par exemple : ce bijou, dont le design évoque un clou recourbé, ne cherche pas l’exubérance ; il est créatif. La force d’un objet iconique réside souvent dans cette évidence formelle.
C’est la même logique qui a guidé des créations comme l’iPhone : ces lignes aux bords arrondis que l’on disait techniquement impossibles à réaliser avant qu’Steve Jobs n’impose cette vision. Ce sont toujours les défis techniques qui finissent par ancrer une véritable identité esthétique.
Pour Heavenly, j’ai voulu poursuivre cette même quête d’innovation invisible. J’ai travaillé avec un excellent joaillier à Genève pour répondre à ce défi technique de réaliser une charnière miniature, une approche héritée de l’infiniment petit propre aux records de finesse horlogère, permettant le geste d’ouverture du bijou transformable.
Demain, l’univers de la maison se développera autour de ces trois collections emblématiques METEOR, CELEST et SATURN. Je veux cultiver cette écriture, cet ADN basé sur la numérologie, approfondir ce vocabulaire esthétique, plutôt que céder à la multiplication permanente des collections et à la logique de surconsommation. Mon rêve reste profondément simple : créer des bijoux que des enfants verront porter leur mère pendant des années, et qu’ils souhaiteront, un jour, transmettre et porter à leur tour.

Et votre définition du luxe ?
Le véritable luxe, pour moi, c’est avant tout le temps. Le temps que l’on possède, mais surtout celui que l’on choisit de consacrer à ceux que l’on aime, à sa passion, à ce qui nourrit profondément notre existence. Le luxe n’est pas un produit. Ce n’est ni un objet, ni un signe extérieur. C’est la sensation d’être dans un lieu qui nous ressemble, entouré des artistes que l’on aime, des œuvres qui nous émeuvent, et d’éprouver le désir sincère de partager cela avec ses proches.
On peut posséder les plus beaux chalets, les demeures les plus spectaculaires, des paysages à couper le souffle ; s’il n’y a personne avec qui vivre ces instants, alors tout cela perd une grande partie de son sens. Et au fond, quoi que l’on accumule au cours d’une vie, nous repartons tous de la même manière. L’accumulation pour elle-même est une quête sans fin, presque vide. Le vrai luxe réside plutôt dans cet équilibre fragile et précieux entre le plaisir que l’on s’accorde et la capacité à vivre pleinement avec les autres.
Parce qu’on ne sait jamais à quel moment tout peut s’interrompre. Nous sommes simplement de passage, avec, peut-être, la possibilité de laisser une empreinte discrète mais sincère. Et lorsque je repense à mes plus beaux souvenirs, ce ne sont jamais les objets qui me reviennent en mémoire. Ce sont ces moments simples passés avec mes grands-parents, mes parents, des instants de vie presque ordinaires, mais traversés par une émotion que le temps, lui, n’efface jamais.



