Posséder l’une d’elles, c’est appartenir à un cercle que l’argent seul ne suffit pas toujours à ouvrir. Dans l’univers feutré du luxe automobile contemporain, les listes d’attente se comptent en années, les carnets de commandes se ferment avant même les présentations officielles, et la production se limite parfois à quelques dizaines d’exemplaires pour la planète entière. Des limousines à chauffeur aux hypercars à plus de trois millions d’euros, voici les dix voitures de luxe les plus convoitées au monde, avec leur prix.
Ferrari Luce : La supercar la plus contestée de Maranello a atteint ses objectifs annuels en huit semaines
Deux mois après un dévoilement qui avait fait plonger le titre et déchaîné l’Italie, la première Ferrari électrique a déjà écoulé la totalité de son allocation 2026, un peu moins de cinq cents exemplaires à 550 000 euros pièce. Récit d’un retournement.
Il aura fallu huit semaines. Le 25 mai 2026, Ferrari dévoilait la Luce à la Vela de Calatrava, aux portes de Rome, et essuyait dans la foulée l’un des accueils les plus hostiles jamais réservés à une automobile de série. Le 29 juillet, le Financial Times révélait que l’objectif de ventes fixé pour l’exercice 2026, un peu moins de cinq cents unités, était déjà rempli, porté par une demande chinoise inattendue. Le lendemain, Benedetto Vigna le confirmait à demi-mot devant la presse financière. Entre les deux dates, Maranello aura traversé neuf mois de procès public. Cependant, la marque a annonce les ventes de la Ferrari Luce, bien meilleures que les prévisions.

Un objectif annuel bouclé en huit semaines
Selon deux sources proches du dossier citées par le quotidien britannique, Ferrari visait un peu moins de cinq cents Luce pour 2026, seuil franchi dès le début du mois de juillet, soit environ huit semaines après la présentation publique. Le service de presse de la marque a d’abord refusé tout commentaire, renvoyant à la publication des résultats semestriels.
Ceux-ci sont tombés le 30 juillet. Interrogé à Maranello, Benedetto Vigna s’est déclaré très satisfait de la marche des commandes, conforme aux attentes internes, précisant que les acheteurs se répartissaient entre clients historiques et nouveaux venus, et que la Luce n’avait modifié en rien la feuille de route électrique du groupe. Le dirigeant a également écarté l’hypothèse d’une pression commerciale exercée sur la clientèle fidèle, rappelant qu’il s’agit d’un produit que l’on achète par désir, et a jugé l’intérêt uniformément réparti à l’échelle mondiale, sans schéma géographique marqué.

Octobre 2025, la première fracture
L’histoire tumultueuse de la Luce commence bien avant Rome. Le 9 octobre 2025, lors de son Capital Markets Day, Ferrari dévoile le châssis et la chaîne de traction de son premier modèle électrique, alors connu sous le nom de code Elettrica, et présente son plan à 2030. Le constructeur divise par deux son objectif d’électriques pures à l’horizon 2030, ramené de 40 à 20 pour cent de la production, tout en publiant des perspectives financières jugées trop prudentes. Le titre décroche jusqu’à 16,18 pour cent avant de clôturer en baisse de 15,41 pour cent, sa pire séance depuis l’introduction en Bourse de Milan en 2016, effaçant près de 13,5 milliards d’euros de capitalisation. La formule de Benedetto Vigna, selon laquelle l’électrique constitue une addition et non une transition, ne suffit pas à rassurer.

Rome, 25 mai 2026 : le procès en illégitimité
Le nom de série, Luce, avait été révélé le 9 février 2026. La voiture, elle, ne se montre entièrement que trois mois plus tard. Berline à quatre portes et cinq places, facturée 550 000 euros, elle rompt frontalement avec la grammaire visuelle de la marque. Sa direction créative a été confiée à LoveFrom, le collectif fondé par Jony Ive et Marc Newson, Ferrari se contentant d’une petite équipe de coordination pour l’ingénierie et l’industrialisation. C’est la première Ferrari dont le style n’a pas été dessiné par une maison italienne.
La réaction est brutale. Luca Cordero di Montezemolo, ancien président du constructeur, évoque devant les médias italiens un affront à l’histoire de la maison et souhaite que le cheval cabré soit retiré de la voiture. Matteo Salvini, vice-président du Conseil italien et ministre des Transports, s’en prend sur X au prix et à l’esthétique du modèle, s’interrogeant sur ce qu’en aurait pensé Enzo Ferrari. Le marché suit : le titre perd plus de 8 pour cent lors de la première séance suivant la présentation. Anthony Dick, analyste chez Oddo BHF, y voit de très loin la réaction boursière la plus violente jamais observée face au dessin d’une automobile.
Quelques voix appellent alors à la mesure. RBC Capital Markets estime qu’il est trop tôt pour s’inquiéter et rappelle que des réserves comparables avaient accompagné le lancement du Purosangue en 2022, devenu depuis l’un des modèles les plus demandés de la gamme. L’histoire vient de leur donner raison.

Ventes Ferrari Luce : La Chine, moteur du succès et récit à nuancer
La Luce fait ses débuts asiatiques à Shanghai le 26 juin, au tarif de 3 988 000 yuans, soit environ sept pour cent de moins que le prix européen. Une allocation initiale de 88 exemplaires est réputée épuisée en quelques jours.
L’information mérite pourtant d’être maniée avec précaution. Le média spécialisé CnEVPost, relayant une enquête de Lanjinger, a constaté que plusieurs concessionnaires agréés continuaient d’enregistrer des commandes, moyennant un acompte de 400 000 à 500 000 yuans. Une vérification de terrain publiée par Jiemian News indique par ailleurs que le chiffre de 88 correspondait à des quotas d’allocation entre distributeurs, et non à des contrats clients fermes, aucune donnée consolidée n’ayant été communiquée par la marque. Le succès est réel, sa comptabilité reste opaque.

Ventes Ferrari Luce : Une mécanique que personne n’avait encore jugée
Techniquement, la Luce aligne quatre moteurs électriques, un par roue, pour 1 050 chevaux, 2,5 secondes de 0 à 100 kilomètres par heure, 310 kilomètres par heure en pointe et 530 kilomètres d’autonomie, servis par une batterie de 122 kWh sur architecture 800 volts, pour 2 260 kilogrammes. Les quatre machines synchrones à aimants permanents ont été développées en interne, la batterie, composée de 210 cellules souples fournies par SK On, participant à la rigidité structurelle du châssis.
L’embargo sur les premiers essais est tombé le 29 juillet, au terme de sessions organisées sur l’anneau de Balocco, entre Milan et Turin. Le verdict de la presse spécialisée internationale a surpris : malgré un gabarit sans équivalent chez Ferrari, les essayeurs saluent la maîtrise du roulis, l’équilibre en courbe et la qualité du filtrage. Angus MacKenzie, pour MotorTrend, décrit une voiture qui danse sur la route en dépit de sa masse, avec une direction légère et linéaire.

Ventes Ferrari Luce : Ce que Maranello joue réellement
Le volume visé reste homéopathique : environ 2 500 Luce à l’horizon 2030, soit près de 600 unités par an et quelque 5 pour cent des ventes totales. Ferrari assume un positionnement de conquête, en direction d’une clientèle nouvelle en Chine et dans les pôles technologiques américains, et a demandé à son réseau de ne pas orienter vers l’électrique les collectionneurs attachés au moteur thermique. Benedetto Vigna a par ailleurs répété que cette diversification ne compromettrait pas la marge opérationnelle de 30 pour cent revendiquée par le groupe.
Les comptes du deuxième trimestre lui donnent raison. Le résultat opérationnel atteint 605 millions d’euros, en hausse de 10 pour cent, pour une marge de 31,2 pour cent, et le bénéfice net progresse de 9 pour cent à 463 millions d’euros, sur 3 366 véhicules livrés. Ferrari a relevé ses prévisions annuelles, portant son objectif de chiffre d’affaires à environ 7,6 milliards d’euros, avec un carnet de commandes plein jusqu’en 2027.
Reste la question que la Luce laisse ouverte. Les premières livraisons interviendront au quatrième trimestre 2026. Une allocation vendue en huit semaines prouve qu’il existe une clientèle pour une Ferrari électrique. Elle ne dit rien encore de ce que vaudra cette voiture dans dix ans, sur un marché où la valeur résiduelle tient autant à la légende qu’à la fiche technique. Maranello a gagné la première manche. Elle se jouait sur le carnet de commandes, pas sur le dessin.

Ventes Ferrari Luce : objectif de ventes 2026 : Sources
Information révélée par le Financial Times le 29 juillet 2026 et relayée par Reuters, puis confirmée par Benedetto Vigna lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre, détaillés par CNBC. Retour sur le Capital Markets Day du 9 octobre 2025 et sur la polémique du 25 mai 2026. Nuances sur le marché chinois apportées par CnEVPost. Données techniques issues de la présentation officielle Ferrari. Premiers essais publiés par Top Gear le 29 juillet 2026.


