Il faut vouloir y aller. La maison ne s’annonce par aucune enseigne, ne figure sur aucune carte touristique, et l’on n’y entre que sur rendez-vous. Elle se dresse sur un affleurement rocheux à l’ouest d’Antiparos, face à l’îlot de Despotiko, là où les archéologues dégagent depuis vingt-cinq ans un sanctuaire d’Apollon de deux mille deux cent cinquante mètres carrés. C’est dans cette villa de construction récente, dont ni le propriétaire ni l’architecte n’ont été rendus publics, que la galerie genevoise L’APPARTEMENT a installé Melting Beauty, du 30 juillet au 31 août. Seize artistes, une vingtaine d’œuvres, et une question posée sans détour : que reste-t-il de la beauté comme critère, aujourd’hui, dans l’art contemporain ?
Yayoi Kusama s’est éteinte à 97 ans
Yayoi Kusama est morte le 14 août 2026, à l’âge de 97 ans, dans un hôpital de Tokyo, des suites d’une défaillance multiviscérale. La nouvelle n’a été rendue publique que le 26 août, par un communiqué de son studio et de sa galerie internationale David Zwirner, un décalage de douze jours que la famille et l’équipe de l’artiste n’ont pas expliqué publiquement, et qu’il convient de noter pour la chronologie exacte des faits.
Yayoi Kusama Hommage : Le communiqué du studio précise qu’elle a « continué à peindre jusqu’à ses derniers jours, sans jamais poser son pinceau », une formule qui résume, mieux qu’aucune biographie, une vie entièrement consacrée à la production artistique jusqu’à son terme.

D’une enfance à Matsumoto à l’avant-garde new-yorkaise
Née en 1929 à Matsumoto, dans une famille de commerçants de plantes, Kusama développe dès l’enfance des hallucinations visuelles, des champs de pois qui recouvrent les objets et les visages, qu’elle transformera toute sa vie en langage plastique. Elle quitte le Japon pour New York à la fin des années 1950, où elle traverse la scène de l’avant-garde aux côtés d’Andy Warhol et de Claes Oldenburg, avant de rentrer au Japon dans les années 1970.
Depuis 1977, elle vivait volontairement dans un établissement psychiatrique de Tokyo, situé à proximité immédiate de son atelier, où elle se rendait chaque jour pour travailler. Cette proximité entre soin et création, loin d’avoir freiné son œuvre, en est devenue l’un des récits fondateurs.

Yayoi Kusama Hommage : Les Infinity Mirror Rooms, un langage devenu universel
Ses installations immersives, les Infinity Mirror Rooms, ont fait d’elle l’une des artistes les plus visitées et les plus photographiées au monde à l’ère des réseaux sociaux, un phénomène que peu d’institutions avaient anticipé lorsque les premières salles ont été présentées. Le Yayoi Kusama Museum, ouvert à Tokyo en 2017 et entièrement consacré à son œuvre, a consacré cette place singulière : celle d’une artiste vivante dont le musée personnel attirait déjà les foules de son vivant.

Une artiste que la mode et le luxe s’étaient appropriée
Kusama occupe, dans l’histoire récente du luxe, une place à part : peu d’artistes contemporains ont vu leur vocabulaire visuel absorbé aussi complètement par l’industrie de la mode. Ses collaborations avec Louis Vuitton, initiées au début des années 2010 puis reconduites dans la décennie suivante, ont fait des pois de Kusama l’un des motifs les plus reconnaissables jamais associés à une maison de luxe, une porosité entre art contemporain et objet commercial qui a, en retour, exposé son œuvre à un public que les musées seuls n’auraient jamais atteint.

Yayoi Kusama Hommage : Ce que son œuvre laisse
Kusama a passé sa vie à transformer une expérience psychique intime, la dissolution de soi dans la répétition infinie du motif, en un langage que des millions de personnes, dans des dizaines de pays, ont pu éprouver physiquement en franchissant le seuil d’une de ses salles de miroirs. C’est peut-être la meilleure définition de ce que son travail a changé : rendre partageable ce qui, chez elle, avait longtemps été source de souffrance.

Cet hommage a été rédigé à partir de sources primaires et de la couverture de presse internationale ayant suivi l’annonce du décès. Certains éléments biographiques d’usage courant (dates de collaborations, chronologie de carrière) reposent sur des faits largement documentés et publiés par ailleurs ; les circonstances précises du décès et la chronologie de son annonce, en revanche, s’appuient directement sur le communiqué du studio Yayoi Kusama et de la galerie David Zwirner.
Sources : studio officiel Yayoi Kusama (yayoi-kusama.jp), David Zwirner, CNN, The Japan Times, The Washington Post, CBS News (AP), NBC News, NPR, ARTnews, Artnet News, Kyodo News.
Retrouvez aussi le recapitulatif Art Basel 2026.


