Au printemps 2026, un nouveau chapitre de la création contemporaine s’écrira sur les rives du Grand Canal. Le créateur belge Dries Van Noten et son compagnon de route Patrick Vangheluwe y inaugureront la Fondazione Dries Van Noten, un lieu pensé comme un refuge pour l’artisanat et la créativité humaine. Installée dans l’opulent Palazzo Pisani Moretta, la fondation promet de devenir l’une des nouvelles destinations culturelles majeures de la lagune.
Beyrouth : Découverte d’un appartement entre design contemporain et trésors chinés par l’architecte Elie Riachi
À Beyrouth, certains intérieurs ne se contentent pas d’abriter, ils racontent. Celui-ci, discret depuis la rue, s’ouvre comme un récit feutré où chaque objet semble chargé d’une mémoire glanée ailleurs. Pensé comme un refuge pour un homme d’affaires voyageur, cet appartement de quatre chambres cultive une forme d’élégance silencieuse, faite de contrastes, de matières et de souvenirs rapportés de Paris et de Londres.

Ici, la lumière ne s’impose jamais frontalement. Elle se faufile, se fragmente, se retient parfois. L’espace joue avec elle comme avec une matière vivante, alternant zones d’ombre et percées lumineuses, révélant tour à tour les textures et les volumes. Cette approche en clair-obscur confère à l’ensemble une profondeur rare, presque cinématographique, où chaque pièce se découvre lentement, comme un secret.

Confié à l’architecte Elie Riachi, le lieu a fait l’objet d’une transformation subtile plutôt qu’une métamorphose radicale. Débarrassé de ses artifices, allégé de ses éléments superflus, il conserve l’essentiel : des sols en pierre calcaire, une structure intacte, une respiration. Le projet s’inscrit dans une forme de retenue maîtrisée, laissant place à une écriture intérieure faite de strates et de dialogues entre les époques.


Dès l’entrée, le ton est donné. Loin d’être un simple passage, elle devient une expérience. Assombrie volontairement, enveloppée de bois profond et de paravents ajourés, elle intrigue autant qu’elle protège. Inspirés des moucharabiehs orientaux, ces écrans filtrent la lumière en motifs mouvants, dessinant au sol une dentelle d’ombres. Le regard est attiré, guidé, invité à deviner ce qui se cache au-delà.

Puis l’espace s’ouvre. Le salon, plus ample, prolonge ce langage de matières et de lignes. Le noyer dialogue avec le travertin, les surfaces mates absorbent la lumière tandis que quelques éclats la renvoient avec douceur. Rien n’est ostentatoire, tout est question d’équilibre. Les pièces de mobilier, souvent uniques, racontent à elles seules une autre géographie : un bureau des années 1960, un lit de repos sculptural, des assises aux lignes modernistes… Autant de fragments d’histoires dénichés entre galeries européennes et marchés d’antiquités.


Ce décor a été pensé comme une toile vivante. Les tonalités, volontairement neutres, ivoire, grège, brun profond, permettent aux œuvres d’art de respirer et d’évoluer au fil du temps. Car ici, rien n’est figé. Les compositions changent, les œuvres se déplacent, l’espace s’adapte. Il devient le prolongement d’un regard, d’une sensibilité en mouvement.

Dans les espaces plus intimes, la palette s’adoucit encore. Quelques nuances sourdes, vert olive, orange patiné, viennent ponctuer les chambres, comme un écho aux jardins environnants visibles depuis les balcons. Le tumulte de la ville semble alors s’éloigner, laissant place à une forme de calme suspendu.

Plus qu’un appartement, ce lieu est une conversation entre les cultures, les époques et les matières. Une manière d’habiter le monde sans jamais s’y fixer tout à fait. Entre Beyrouth, Paris et Londres, il compose un territoire intérieur, sensible et mouvant, un espace où l’esthétique devient langage, et où chaque détail murmure une histoire à qui prend le temps de regarder.




