À ces adresses qui ne ressemblent à rien de connu et qui, pour cela précisément, deviennent immédiatement indispensables. Marcel, ouvert le 16 avril 2026 au sein du siège new-yorkais de Sotheby’s, est de celles-là. Nichée au niveau inférieur du Breuer Building, ce monument brutaliste de Madison Avenue dont la silhouette en ziggourat inversée surplombe le quartier depuis 1966, la table s’impose d’emblée comme l’une des ouvertures les plus singulières de l’année à New York, à la croisée de l’art, du design et de la gastronomie française.
Mark Rothko : « Brown and Blacks in Reds » adjugé à 85,8 millions de dollars chez Sotheby’s
Le 13 mai 2025, une seule vente a suffi à donner le ton du printemps : Brown and Blacks in Reds de Mark Rothko, adjugée 85,8 millions de dollars (environ 73,8 millions d’euros) chez Sotheby’s. Fait rarissime, plusieurs œuvres du maître de l’expressionnisme abstrait sont simultanément aux enchères cette semaine, faisant de ce printemps un véritable plébiscite pour l’un des artistes les plus recherchés du XXe siècle.
Le chef-d’œuvre de la collection Mnuchin confirme la puissance intemporelle du marché Rothko en ouvrant une semaine de ventes historiques. C’est avec la force tranquille d’un tableau qui n’a jamais eu besoin de se justifier que Brown and Blacks in Reds vient de s’imposer, une nouvelle fois, comme l’une des œuvres les plus puissantes de l’art américain du XXe siècle. Vendu 85,8 millions de dollars (environ 73,8 millions d’euros) chez Sotheby’s, ce chef-d’œuvre de 1957 ouvre la saison des ventes de printemps avec l’éclat d’une révélation, le mot même qu’affectionnait Mark Rothko pour décrire ses propres toiles.
Déjà habituée des ventes aux enchères exceptionnelles, à l’instar de la plus grande collection privée de montres vintage Cartier aux enchères récemment proposée, Sotheby’s avait estimé l’oeuvre entre 70 et 100 millions de dollars. Et les acheteurs ont répondu à l’appel dans un combat qui s’est envolé jusqu’à des sommets jamais atteints.

Mark Rothko « Brown and Blacks in Reds » :Un tableau au destin légendaire
Rares sont les œuvres qui cumulent autant de strates mythiques. Brown and Blacks in Reds fut la première acquisition de la société Joseph E. Seagram & Sons, achetée auprès de la Sidney Janis Gallery de New York pour orner le lobby du Seagram Building de Manhattan, cet écrin architectural signé Mies van der Rohe et Philip Johnson. Une distinction unique : nulle autre toile de Rothko n’aura jamais bénéficié de cet honneur.
C’est précisément cette rencontre fortuite entre l’œuvre et le commanditaire qui allait donner naissance aux célèbres Seagram Murals, cette série de peintures rouges et noires initialement destinées aux murs du restaurant des Quatre Saisons. Rothko, tourmenté à l’idée que ses toiles ne soient réduites à de la décoration, finit par retirer sa commande, offrant neuf panneaux à la Tate de Londres. Les Murals résident aujourd’hui entre la National Gallery of Art à Washington et le DIC Kawamura Memorial Museum au Japon. Brown and Blacks in Reds, elle, aura suivi un destin tout aussi souverain.

L’année 1957, sommet d’une carrière
Peinte lors de ce que l’historien David Anfam nomme les « Classic Years », Brown and Blacks in Reds appartient à un triptyque exceptionnel créé cette même année : les œuvres numérotées 600, 601 et 602 dans le catalogue raisonné de référence. Les deux autres, Black Over Reds et Light Red Over Black, sont conservées respectivement au Baltimore Museum of Art et à la Tate London. La troisième, la présente, était jusqu’ici au cœur de la collection de Robert Mnuchin.
Mesurant 91 par 60 pouces, la toile s’inscrit parmi les quinze seules œuvres de cette année à atteindre ce format dit « herculéen ». Trois rectangles aux bords vaporeux, brun, noir, rouge incandescent, s’y superposent dans une structure tripartite qui est devenue la signature absolue de l’artiste. Ni représentation ni abstraction froide : une présence, une rencontre.

Mark Rothko « Brown and Blacks in Reds » : le rouge comme langage universel
Ce qui frappe dans Brown and Blacks in Reds, c’est la façon dont Rothko parvient à faire coexister des émotions opposées sans les réconcilier. Le marron porte l’appréhension, le noir dit le péril, et le rouge, ce rouge impossible, lumineux, presque physiologique, fait triompher l’espoir. Katherine Kuh, historienne de l’art, l’avait exprimé avec une rare justesse : « Je ne suis pas spectatrice, je suis participante. »
Robert Motherwell, son contemporain, allait plus loin encore : « Son vrai génie était d’avoir créé un langage du sentiment. » Une langue que ni le temps ni le marché n’ont réussi à dévaluer.


Une semaine Rothko, un test pour le marché
Fait rarissime, plusieurs œuvres du peintre sont proposées simultanément aux enchères cette semaine, faisant de ce printemps un véritable test de résistance pour la cote de l’artiste. À 85,8 millions de dollars (environ 73,8 millions d’euros), Brown and Blacks in Reds donne le ton : Rothko n’est pas une valeur refuge, c’est une valeur absolue.
Présentée lors des grandes rétrospectives mondiales, du Guggenheim de New York en 1978-79 à la Fondation Louis Vuitton de Paris en 2023, l’œuvre a traversé les décennies avec l’autorité sereine de ce que Rothko appelait lui-même un miracle : « La peinture doit être miraculeuse. »
Reporter: @kellycrowwsj
Producer: @jvsli


