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Studioutte Milan : Acier, béton et années 1980

Date : 18 mai 2026
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L’acier n’est pas une matière de confort. Il ne cède pas, ne vieillit pas avec douceur, ne pardonne aucun détail mal résolu. C’est précisément pour cela que studioutte l’a choisi pour réinventer soixante-dix mètres carrés dans un immeuble bourgeois milanais du XIXe siècle. Un créatif parisien, également DJ, cherchait un appartement qui joue avec le froid et le chaud sans jamais choisir entre les deux. Guglielmo Giagnotti et Patrizio Gola lui ont répondu avec du béton, du verre opalin, de la laque noire et des références qui traversent les années 1980 comme un fil tendu entre Ward Bennett et Pasolini.

© Photos – Giulio Ghirardi

« L’appartement est situé dans un immeuble ancien typiquement milanais, un style que nous n’avons jamais particulièrement aimé. Cela est devenu une occasion de renverser le canon », explique Giagnotti. Le résultat, livré dans deux pièces de 70 mètres carrés, est l’un des intérieurs les plus denses et les plus précis qu’il soit possible d’imaginer dans ce format.

© Photos – Giulio Ghirardi

L’acier, le béton, la lumière filtrée

Le client, un créatif multidisciplinaire né à Paris, également DJ, avait une demande claire : un appartement qui joue avec des matériaux froids et chauds, adoucis par des détails choisis. Studioutte a répondu par un vocabulaire radical : acier, verre opalin, nylon et béton pour la structure ; puis, en second plan, des œuvres d’art, des tons chauds, des textiles doux, de la laque noire et des bois foncés pour tempérer l’ensemble. La passion musicale du propriétaire informe subtilement l’atmosphère, non pas de manière littérale, mais dans le rythme même de l’espace, ses lignes à la fois tranchantes et douces, son langage calme et affirmé.

© Photos – Giulio Ghirardi

Dès l’entrée, une paroi en acier équilibrée par un petit tableau ancien se prolonge dans le salon pour se transformer en bibliothèque avec bureau intégré. Celle-ci fusionne ensuite avec des boiseries laquées noir qui enveloppent l’espace, créant un contraste saisissant avec les plafonds blancs émaillés brillants où des détails de stuc d’origine résonnent comme autant de citations involontaires de l’architecte d’un autre siècle.

« La lumière du soleil est filtrée par des stores vénitiens, en acier dans le salon, encastrés dans les châssis de fenêtres historiques »

Précise Patrizio Gola. Un élément purement technique, mais dont la fonction est délibérément subvertie : ici, l’acier n’est pas une prouesse industrielle à exhiber. C’est simplement la matière la plus juste pour ce qu’il y avait à faire.

© Photos – Giulio Ghirardi

Renversement des usages, béton à la place du parquet

La décision la plus radicale a peut-être été architecturale plutôt que décorative. Studioutte a entièrement réinterprété la distribution des pièces : l’ancienne cuisine abrite désormais la chambre, et l’ancienne chambre a été divisée pour agrandir la salle de bain et accueillir la nouvelle cuisine. Le parquet vénitien traditionnel a été remplacé par du béton, présent également sur certains murs et plafonds, traité à une brillance extrême que Giagnotti appelle « l’effet baignoire ». Ce choix délibérément anti-tendance donne à l’appartement une unité de matière rare, comme si l’ensemble avait été coulé d’un seul tenant plutôt qu’assemblé pièce par pièce.

© Photos – Giulio Ghirardi

La cuisine répond à la même logique : plan de travail en inox suspendu, banquette en acajou. Dans la chambre, la penderie flottante rétroéclairée fait écho au plan de travail, traçant une ligne de continuité formelle à travers les deux pièces. La table basse du salon, elle, est décrite par Giagnotti comme « un objet trouvé, fabriqué à partir d’une plaque de fer », l’objet le plus honnête de la pièce, aussi inattendu qu’évident.

© Photos – Giulio Ghirardi

Les références : Ward Bennett, Maria Pergay, Tom Ford et Pasolini

Le projet de studioutte ne prétend pas à l’intemporalité sans ancêtres. Les années 1980 sont ouvertement convoquées comme référence, mais via un registre précis : la rigueur industrielle de Ward Bennett, les créations romantiques en acier de Maria Pergay, la sophistication raréfiée de Tom Ford pour l’ambiance générale. La chambre, elle, est pensée comme un hommage à Théorème de Pasolini, cet espace ambivalent et chargé où l’alcôve basse et le dessus-de-lit en crin de cheval semblent appartenir à aucune époque et à aucun lieu précis, suspendus dans une temporalité qui est peut-être la définition la plus juste du luxe.

© Photos – Giulio Ghirardi

Les silhouettes de meubles complètent le dispositif : lampes Helga pour Poliform, fauteuils Biga présentés à la dernière Milan Design Week, tapis Hypercode de Roberto Sironi pour cc-tapis et une chaise Seconda de Mario Botta. Des sculptures en pierre rare et des peintures anciennes ancrent l’ensemble sans jamais le figer. Un appartement de 70 mètres carrés qui en dit plus sur ce que peut être un intérieur contemporain que bien des espaces dix fois plus grands.

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