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Christie’s : Quand La Danaïde signée Brancusi rencontre le film et Nicole Kidman, un record à 107,6 millions

Date : 19 mai 2026
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L’histoire de l’art n’anticipe pas toutes les rencontres. Nicole Kidman et Constantin Brancusi : voilà une paire que personne n’avait vue venir. Et pourtant, c’est précisément ce dialogue improbable entre une actrice oscarisée et un bronze de 1913 que Christie’s a choisi pour lancer la campagne de sa vente la plus ambitieuse de la saison de printemps. Le 18 mai 2026 à New York, la Danaïde de Brancusi a été adjugée 107,6 millions de dollars, nouveau record mondial pour le sculpteur roumain, et deuxième sculpture la plus chère jamais vendue aux enchères, derrière un Giacometti de 1947 adjugé 141,3 millions à Christie’s en 2015. Le pari était audacieux. Le résultat, historique. Et le film de Nicole Kidman, finalement, était beaucoup plus qu’une campagne de communication.

18 mai 2026, Christie’s New York. La Danaïde (1913) de Constantin Brancusi, bronze à patine noire et feuille d’or issue de la collection du défunt magnat des médias S.I. Newhouse, a été adjugée 93 millions de dollars au marteau, soit 107,6 millions de dollars frais inclus, établissant un nouveau record mondial pour le sculpteur, dont la cote progressait de 51 % en une seule soirée. C’est la deuxième sculpture la plus chère jamais vendue aux enchères dans l’histoire, derrière un Alberto Giacometti de 1947 adjugé 141,3 millions de dollars à Christie’s en 2015. Et ce n’était que le début d’une nuit historique : quelques minutes plus tard, le Pollock Number 7A (1948) partait pour 181,2 millions de dollars, nouveau record absolu pour l’artiste.

La Danaïde : l’acte de naissance de la sculpture moderne

L’histoire de Danaïde remonte à l’Antiquité, de la mythologie grecque à Ovide, en passant par Auguste Rodin, dont Brancusi avait été l’assistant avant de s’en affranchir. Ce bronze à patine noire et feuille d’or daté de 1913 est un portrait de Margit Pogany, la muse hongroise de l’artiste, le premier exemplaire de la série Danaïde, lié à son portrait récurrent de la même modèle. Brancusi en a créé six versions : quatre sont aujourd’hui dans des collections institutionnelles — le Centre Pompidou à Paris, le Philadelphia Museum of Art, la Tate à Londres et le Kunst Museum Winterthur en Suisse. Celle vendue ce soir est le seul exemplaire doré encore en mains privées.

Sa provenance est d’une pureté rare : achetée en 1914 par Eugene et Agnes Meyer lors de la première exposition personnelle de Brancusi chez Alfred Stieglitz à New York, elle est passée à leur fille avant d’être acquise par S.I. Newhouse en 2002 pour 18,2 millions de dollars, somme qui constituait alors un record mondial pour une sculpture vendue aux enchères. Vingt-quatre ans plus tard, Christie’s a dépassé son estimation de 100 millions de dollars, et la Danaïde entre dans le club très restreint des sculptures à neuf chiffres.

La soirée : six enchères, une standing ovation muette

La vente a commencé à 82 millions de dollars, déjà au-dessus du précédent record de Brancusi fixé à 71,2 millions en 2018. La Danaïde n’a reçu qu’une demi-douzaine d’offres avant de s’adjuger à un acheteur représenté par Maria Los, vice-présidente et directrice du conseil aux clients pour les Amériques chez Christie’s. Un discret tonnerre d’applaudissements a salué la chute du marteau. Contraste saisissant avec ce qui allait suivre : le Pollock a lui déclenché une bataille de dix minutes et plus de soixante enchères, le commissaire-priseur Adrien Meyer égrenant les millions à voix basse, en crans d’un million de dollars.

La vente Newhouse dans son ensemble a totalisé 630,8 millions de dollars, portant le total cumulé des ventes de la collection depuis 2017 au-delà du milliard de dollars. Parmi les autres lots remarquables, la Tête de femme de Picasso a atteint 14,4 millions de dollars, largement au-dessus de son estimation haute de 8 millions. Le Portrait de Madame K. de Joan Miró a totalisé 53,5 millions sur une estimation de 25 à 35 millions.

Nicole Kidman, bien plus qu’une campagne de communication

Christie’s avait clairement beaucoup misé sur cette vente en engageant Nicole Kidman pour un film publicitaire de deux minutes produit par Studio 11F, dans lequel elle entre au siège new-yorkais de Christie’s pour une visite privée de l’œuvre. C’est Alex Meyer, responsable des ventes, qui a eu l’intuition : « Je l’ai regardée et j’ai dit : c’est Nicole ! Nous devons l’avoir, parce qu’elle est le Brancusi. » Le concept, inspiré d’un film de Man Ray dans lequel Lee Miller dévoile la sculpture Madame X de Brancusi, place Kidman dans une salle drapée de rideaux blancs face à la Danaïde, avant qu’elle ne commence à danser autour d’elle sur Golden Years de David Bowie. Le film a été diffusé sur le site de Christie’s, YouTube et Instagram le 14 mai.

Le résultat final, 107,6 millions de dollars, record historique, deuxième sculpture la plus chère du monde, lui donne raison.

© Chritie’s

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