Six nouvelles Luminor et une Submersible d’exception. A l’occasion du salon Watches & Wonders 2026, Panerai renoue avec l’esprit opérationnel de ses instruments historiques, de la finition Brunito au hafnium de pointe.
Watches & Wonders 2026 : Un siècle de génie horloger, les coups de coeur de l’édition 2026
Chaque printemps, Genève suspend le temps. Le temps réel, celui des agendas et des notifications, pour laisser place à l’autre : celui qu’on mesure en décennies de savoir-faire, en heures d’atelier, en battements de balancier. Watches & Wonders 2026 réunit cette année pas moins de 66 marques sous le même toit genevois, du 14 au 20 avril, avec onze nouveaux noms parmi les exposants.
Une édition placée sous le signe des anniversaires. Rolex fête cent ans de son boîtier Oyster. Tudor souffle également sa centième bougie. Et pour la toute première fois, Audemars Piguet rejoint la « Sainte Trinité », Rolex, Patek Philippe, Vacheron Constantin, sous le même toit genevois. Une image forte, chargée de sens, qui dit à elle seule l’importance symbolique de cette édition.
SOMMAIRE
- Rolex : L’art de célébrer
- Patek Philippe : Quand la complication devient narration
- Audemars Piguet : Le retour du fils prodigue
- Cartier : La forme comme innovation
- Tudor : 100 ans d’audace, une collection qui le prouve
- Trilobe : L’heure autrement, depuis Paris
- A. Lange & Söhne : L’éblouissant et l’indispensable
- H. Moser & Cie. : Le cool kid de la haute horlogerie
- Bulgari Octo Finissimo 37mm : L’ultra-finesse enfin universelle
- Panerai Luminor 31 Giorni : Un mois sur une seule remontage
- Piaget Polo 79 Two-Tone : L’or peut être contemporain
- Van Cleef & Arpels : La poésie des sphères célestes
- Hermès H08 Squelette : Déconstruire sans perdre l’âme
- Chanel : La J12 comme terrain de jeu
- Frédérique Constant : La grande horlogerie n’a pas de prix minimum
- Jaeger-LeCoultre : L’artisanat porté à son sommet
- Les nouveaux venus à surveiller
Rolex : L’art de célébrer
En 2026, Rolex célèbre les cent ans de l’Oyster : le boîtier hermétique qui, en 1926, a révolutionné l’horlogerie en rendant la montre-bracelet étanche. Pour marquer cet anniversaire, la manufacture adopte une stratégie cohérente avec son ADN : des raffinements, pas des révolutions, en première mondiale au salon Watches & Wonders 2026.
La pièce qui cristallise le mieux cet état d’esprit est la Daytona Réf. 126502, présentée comme l’une des deux « Exceptional Watches » de l’année. C’est la première Daytona en Rolesium de l’histoire, une association d’Oystersteel et de platine inédite sur ce modèle, avec un cadran en émail Grand Feu blanc et une lunette cérachrome anthracite à l’aspect métallique changeant selon la lumière. L’émail repose sur une base céramique, et non le métal traditionnel, ce qui a nécessité un process de production entièrement développé par Rolex pour cette pièce. Détail notable : les chiffres du tachymètre sont présentés horizontalement, en référence directe aux premières Daytona de 1963. Hors catalogue, produite en quantités infimes, elle est déjà une légende avant d’avoir existé sur le marché secondaire.


La seconde « Exceptional Watch » est la Day-Date 40, introduisant un tout nouvel alliage baptisé « Jubilee Gold » : un or 18 carats développé en interne, mêlant jaune tendre, gris chaud et rose doux. Pour l’accompagner, Rolex choisit un cadran en aventurine verte naturelle, ponctué de dix index baguette en diamant.


L’Oyster Perpetual 41 anniversaire est la pièce la plus éloquente de la collection : son cadran affiche « 100 years » à 6 heures en lieu et place du traditionnel « Swiss Made », et la couronne porte l’inscription « 100 », un hommage direct et déclaratif, rare pour une maison qui préfère habituellement la suggestion. La version 36 reçoit un cadran « Jubilee » multicolore où les lettres R-O-L-E-X se répartissent en dix teintes distinctes, chacune appliquée individuellement.



Difficile d’évoquer Rolex sans que le vert ne s’invite dans la discussion, et cette nouvelle Datejust 41 au cadran laqué « ombré » semble être la réponse naturelle à cette obsession chromatique. Habillée de son élégante robe en Rolesor gris, mélange d’acier Oystersteel et d’or blanc, la pièce réussit le pari d’introduire un nouveau code visuel tout en restant fidèle à son ADN. La véritable prouesse réside toutefois dans la profondeur de son cadran : pour la première fois depuis 2019, Rolex utilise exclusivement le laquage pour créer ce dégradé magnétique, obtenu en vaporisant avec précision de la laque noire en cercles concentriques sur une base de vert vibrant.

Enfin, le Yacht-Master II fait son grand retour après avoir été discontinué en 2024. Il revient avec un nouveau cadran plus équilibré et un nouveau calibre 4162, dont le compte à rebours programmable apparaît désormais directement sur le cadran sous forme de flange.





La vraie nouvelle, celle que peu retiendront, est ailleurs : Rolex renforce les critères de sa certification Superlative Chronometer, qui intègre désormais des exigences supplémentaires en matière de résistance au magnétisme, de fiabilité et de durabilité. Une décision de fond, décisive pour l’histoire de la marque.
Patek Philippe : Quand la complication devient narration
La création la plus poétique de Watches & Wonders 2026 reste aussi la plus singulière : la Réf. 5249R-001 est le premier automate de l’histoire contemporaine de Patek Philippe. Dans un boîtier « Officier » en or rose de 43 mm, la fable de La Fontaine Le Corbeau et le Renard prend vie mécaniquement. Le museau et la patte du renard indiquent l’heure, tandis que l’aiguille des minutes en titane plaqué or jaune, dont l’extrémité reproduit la forme d’un morceau de fromage, tourne sur le cadran. Bouleversant de poésie et de précision à la fois.




La collection Cubitus accueille sa première grande complication avec la Réf. 5840P-001 : en platine de 45 mm, ce calendrier perpétuel squelette affiche un cadran ajouré bleu dont les lames découpées au laser révèlent en transparence le calibre 28-28 Q SQU au design carré inédit. Les phases de lune y sont représentées pour la première fois dans un modèle courant par un mécanisme de grande lune d’un réalisme saisissant.





La Céleste Réf. 6105-OG mobilise cinq ans de développement et six nouvelles demandes de brevet. Elle est la première montre Patek à indiquer les heures de lever et de coucher du soleil à Genève, dans un boîtier de 47 mm sans cornes d’une élégance radicale.








Le Nautilus, pièce iconique de Patek Philippe, célèbre ses 50 ans avec une nouvelle venue aussi surprenante qu’intrigante : la Réf. 958G, première montre de poche Nautilus en or blanc, limitée à 100 pièces, transformable en pendulette de bureau. Pour les amateurs de complications quotidiennes, les nouvelles Réf. 4946G et Réf. 5396R célèbrent les 30 ans du calendrier annuel avec des cadrans aux tons bleu-gris et sable-beige, rehaussés d’un bracelet en cuir vachette façon denim, un détail inattendu, presque ludique.




Audemars Piguet : Le retour du fils prodigue
La nouvelle la plus symbolique de cette édition n’est pas une montre. C’est une décision. Pour la toute première fois, Audemars Piguet participe à Watches & Wonders 2026 à Genève. Et cela fut de taille, la manufacture a partagé une véritable aventure immersive. Émotions et force d’héritage.



Sous l’impulsion de sa CEO Ilaria Resta, Audemars Piguet ressuscite l’esprit de l’établissage du XVIIIe siècle avec l’Atelier des Établisseurs : autrefois dans la Vallée de Joux, chaque maître artisan façonnait une partie de l’œuvre avant qu’elle ne soit réunie en une pièce unique. Aujourd’hui, graveurs, émailleurs, lapidaires, joailliers et horlogers dialoguent à nouveau autour d’un même projet, et AP va jusqu’à créditer nommément chaque artisan ayant contribué à la création, qu’il soit maison ou indépendant. Trois pièces inaugurales incarnent cette philosophie.

Les Établisseurs Galets s’inspirent des pierres polies du Lac de Joux. Le boîtier en or jaune 18 carats adopte une forme organique et asymétrique, le bracelet alternant maillons en œil de tigre et turquoise, chacun taillé à la main dans une forme singulière. Le cadran est lui-même en turquoise, animé par le calibre 3098 aux ponts grainés à la main, dont la forme épouse celle du boîtier. Chaque montre est assemblée, ajustée et emboîtée par un seul et même horloger. Cinq variations en combinaisons de pierres différentes seront disponibles en 2026.
L’Établisseurs Nomade joue quant à elle la carte de l’objet total. Pensée pour se porter en montre de poche, se poser sur un bureau ou se suspendre en pendentif, la pièce marie métal facetté, titane ou or, et pierres naturelles méticuleusement sélectionnées. Son calibre 7501 est squelettisé entièrement à la scie fine à la main, une technique préservée chez AP depuis les années 1930 et maîtrisée par une poignée d’horlogers au monde : les ponts deviennent des index, la transparence du mouvement tient lieu de cadran.
Le Peacock est, de loin, la pièce la plus spectaculaire. Fermée, elle évoque la carapace sculptée d’un scarabée en or blanc. Ouverte, d’un simple geste qui déclenche un automate développé par Giulio Papi, les ailes et la tête s’écartent pour révéler un paon miniature et un cadran en émail translucide d’une précision saisissante, avec un affichage traînant des heures à 12 heures. C’est de la haute horlogerie entendue comme art de la parure dans ce qu’elle a de plus accompli, et sans doute la pièce la plus inattendue qu’Audemars Piguet ait présentée depuis des années.
La pièce la plus remarquée est notamment la Neo Frame Jumping Hour : premier mouvement moderne d’AP à remontage automatique à heure sautante, son design rectangulaire revisite avec grâce l’héritage des montres à guichets nées au début des années 1920, une innovation dont Audemars Piguet fut justement le pionnier en 1921.
Cartier : La forme comme innovation
Cartier a joué à fond le jeu du salon Watches & Wonders de 2026 en y présentant de nombreux modèles revisites. On comprend que démonstration la plus convaincante qu’en horlogerie, l’esthétique est une forme d’ingénierie. La collection 2026 est l’une des plus vastes et ambitieuses que la maison ait présentées en mémoire récente : une Privé en triptyque platine, le retour du Roadster après plus de deux décennies d’absence, une nouvelle Tortue, un Santos-Dumont revu, une Baignoire magnifiée et la mystérieuse Myst, tout cela en une seule édition.
La Crash Squelette Privé 10e Opus mérite une attention particulière. Née en 1967, cette montre au boîtier asymétrique défie les conventions de l’horlogerie classique. La passer en version squelette représentait un défi d’ingénierie considérable : le mouvement devait non seulement fonctionner dans ce cadre irrégulier, mais aussi donner l’impression d’avoir été déformé par le boîtier. Cartier a développé pour l’occasion le calibre manufacture 1967 MC, dont les ponts sont façonnés en chiffres romains et finis à la main, chaque pièce nécessitant près de deux heures de travail décoratif. Limitée à 150 exemplaires numérotés, c’est le collectionneur absolu de cette édition.
Le Roadster revient après plus d’une décennie d’absence, proposé en deux tailles — 38,8 mm et 34,9 mm — en acier, or jaune ou bicolore, avec une résistance à l’eau portée à 100 mètres, ce qui en fait bien plus qu’un exercice nostalgique.



Un coup de cœur va à la Santos-Dumont dans sa version cadran en obsidienne dorée : une pierre volcanique mexicaine de 0,3 mm d’épaisseur seulement, dont les irisations sont causées par de minuscules bulles d’air emprisonnées dans la matière. Le nouveau bracelet multimaillons ultra-souple de 394 maillons, à la fluidité digne des premiers bracelets sur mesure des années 1920, complète une proposition d’une élégance rare.

La Myst de Cartier, quant à elle, repousse les limites de la haute joaillerie horlogère : en or jaune, ses cadrans minuscules sont sertis de 47 diamants taille neige, alternés de sections en laque noire appliquée à la main, au total 634 diamants sur le bracelet sans fermoir.

Tudor : 100 ans d’audace, une collection qui le prouve
Tudor fête ses cent ans à Watches & Wonders 2026 avec une collection qui évoque deux choses : la maison sait d’où elle vient, et elle sait exactement où elle va. La pièce événement, c’est la Monarch, premier modèle entièrement nouveau de la marque depuis des années.
Le boîtier acier de 39 mm est facetté, anguleux, avec des arêtes vives qui rompent franchement avec la rondeur familière des Black Bay. Le cadran couleur et effet papyrus adopte un « California dial » : chiffres romains au-dessus, arabes en dessous, petite seconde à 6 heures. Retournez la montre : le fond saphir révèle le calibre manufacture MT5662-2U, certifié COSC et METAS, avec une finition jusqu’ici inédite chez Tudor, perlage, Côtes de Genève et incrustation or 18 carats sur le rotor. À 5 400 euros, c’est la montre que les amateurs de Tudor attendaient sans vraiment oser le demander. Du côté de la Black Bay, la 58 s’affine, gagne la certification Master Chronometer et un calibre manufacture révisé. La Ceramic pousse son concept total-black jusqu’au bracelet entièrement en céramique, une première dans la gamme. Et la 54 s’habille du bleu Tudor le plus affirmé à ce jour, cadran et lunette assortis dans un satiné sunburst qui rappelle les plongeuses civiles des années 1950. Un centenaire qui ne se fête pas, qui se démontre.






Trilobe : L’heure autrement, depuis Paris
Trilobe ne cherche pas à proposer une montre originale. Elle cherche à installer un territoire. Fondée en 2018, la jeune manufacture parisienne défend depuis ses débuts une idée simple et radicale : lire le temps sans aiguilles, par trois anneaux rotatifs qui indiquent respectivement les heures, les minutes et les secondes, lus par des repères fixes. Un principe qui aurait pu rester théorique, il ne l’est pas.
À Watches & Wonders 2026, Trilobe enrichit sa collection Trente-Deux sans en changer l’âme. La ligne s’étoffe de deux nouveaux cadrans, argent et vert, aux côtés des bleus et gris déjà connus. Le vert, notamment accentue son côté minéral, sa profondeur, sa présence froide et presque hypnotique. Une version en or rose 18 carats sur bracelet caoutchouc fait également son entrée, pour un positionnement plus luxueux assumé.

La pièce phare de l’édition est la Trente-Deux Secret Edition. Son cadran fond bleu nuit accueille une carte du ciel entièrement personnalisable : la constellation est choisie par le futur propriétaire en fonction d’une date, d’une heure et d’un lieu précis. Chaque montre devient ainsi l’empreinte d’un instant unique. Romantique et précis à la fois, ce que l’horlogerie sait faire de mieux. L’ensemble est animé par le calibre manufacture X-Nihilo, développé et assemblé à Paris, avec une architecture visuelle qui évoque les mouvements de montres de poche historiques tout en restant résolument contemporaine.

Dans une horlogerie saturée de citations et de montres qui se ressemblent à force de vouloir rassurer tout le monde, Trilobe compte. C’est peut-être la marque la plus originale du salon, un bijou français qui réinvente la lecture du temps avec une poésie sans équivalent.
A. Lange & Söhne : L’éblouissant et l’indispensable
La manufacture saxonne A. Lange & Söhne joue, comme toujours, sur deux registres simultanément. D’un côté, la Lange 1 Tourbillon Perpetual Calendar « Lumen » : un boîtier platine de 41,9 mm, 50 exemplaires, un calibre L225.1 à 685 composants combinant tourbillon, secondes stop et calendrier perpétuel, et un cadran saphir semi-transparent qui confère une lueur verte mystérieuse dans l’obscurité. C’est éblouissant.


De l’autre, la Saxonia Annual Calendar : élégante, quotidienne, son affichage équilibré jour/mois/date/lune en fait la porte d’entrée idéale dans l’univers ALS pour quiconque cherche à posséder une grande montre allemande sans ostentation. La montre que l’on porte, pas que l’on admire.
H. Moser & Cie. : Le cool kid de la haute horlogerie

H. Moser fait ce que peu osent : prendre l’horlogerie très au sérieux tout en refusant de se prendre au sérieux. Le Streamliner « Pump », né d’une collaboration avec Reebok, remplace la couronne traditionnelle par un poussoir en aluminium anodisé orange. Chaque pression remonte le mouvement d’environ une heure de réserve, indiquée directement sur le cadran. Le boîtier en fibre de quartz forgée fait que chaque exemplaire est unique. Limité à 250 pièces, affiché à 39 900 dollars, il est le coup de cœur décalé de cette édition.
Pour un public plus large, le Streamliner Mini en 34 et 28 mm ouvre les portes de l’univers Moser à de nouveaux poignets. À l’opposé total du spectre, l’Endeavour Perpetual Calendar Concept Tantalum laisse parler la matière seule : un calendrier perpétuel monolithique en tantale brut pour les collectionneurs qui n’ont plus rien à prouver.


Bulgari Octo Finissimo 37mm : L’ultra-finesse enfin universelle
Pendant une décennie, Bulgari a construit sa légitimité sur les records d’ultra-minceur. En 2026, la maison ne court plus après un nouveau chiffre : elle élargit son audience. L’Octo Finissimo 37mm est animé par un nouveau calibre manufacture BVF 100 à micro-rotor de seulement 2,35 mm de hauteur, offrant 72 heures de réserve de marche. Disponible en titane sablé, titane satiné poli à la main et or jaune 18 carats, l’ensemble pèse 65 grammes, une légèreté presque irréelle.

La maison insiste sur un point : ce 37 mm n’est pas un modèle féminin, mais une ligne parallèle destinée à une clientèle différente, sans diluer les codes de la collection. Tarif : à partir de 17 700 euros en titane sablé. Une quatrième version en titane sablé accueille le calibre BVL 362 avec minute-répétiteur, tandis que l’Octo Finissimo Ultra Tourbillon Platine, présenté comme le tourbillon platine le plus fin de l’histoire de l’horlogerie, conclut la collection avec une pièce d’exception absolue.

Panerai Luminor 31 Giorni : Un mois sur une seule remontage
Panerai revient aux origines avec la rigueur d’un ingénieur naval. La collection 2026 s’appuie entièrement sur l’architecture du boîtier historique Réf. 6152/1 des années 1960, traduite pour la première fois en 44 mm. La Luminor 8 Giorni en acier Brunito, un acier qui noircit avec le temps à l’image des aciers navals d’époque, est belle d’une beauté utilitaire assumée à 11 000 euros.
Mais la pièce technique de l’année est sans conteste la Luminor 31 Giorni : 31 jours de réserve de marche. Sept ans de développement, quatre barillets en série, 3,3 mètres de ressort, et un limiteur de couple brevet pending qui sélectionne automatiquement la fenêtre optimale. Un mois entier sur une seule remontage. Panerai a répondu à la question que personne ne posait avec une réponse absolument fascinante.
Piaget Polo 79 Two-Tone : L’or peut être contemporain
Le Polo 79 Two-Tone est la troisième pièce d’une renaissance entamée en 2024 pour les 150 ans de la maison, distinguée depuis par l’Aiguille d’Or au GPHG. Cette version bicolore or jaune et or blanc s’inspire directement d’une configuration rarissime de 1979 : des godrons en or jaune qui ponctuent le boîtier en or blanc brossé, un équilibre de métaux qui coule du boîtier au bracelet avec une fluidité parfaite. Le must-have discret de cette édition.


Van Cleef & Arpels : La poésie des sphères célestes
Van Cleef & Arpels n’horlogise pas, il raconte. La Midnight Jour Nuit Phase de Lune est un tableau céleste en mouvement, d’une lisibilité poétique désarmante malgré une complexité réelle. Le diptyque Lady Rencontre Céleste & Lady Retrouvailles Célestes, inspiré du mythe chinois de Qixi, raconte en deux montres la même légende, avec sculptures miniatures en or, émaux multiples et peinture miniature. Le Ludo Secret, bracelet en maille dorée des années 1930 dissimulant son cadran sous des volets ornés de saphirs, est une pièce de joaillerie secrète autant que de haute horlogerie.




Hermès H08 Squelette 2026 : Déconstruire sans perdre l’âme
Le H08 Squelette est l’exercice le plus difficile en horlogerie : déconstruire une montre sans en perdre l’identité. Hermès réussit l’opération avec un nouveau mouvement en titane pour la légèreté, une lunette en céramique sunburst aux chanfreins polis miroir, et un choix de chiffres et aiguilles en bleu électrique ou gris anthracite. La version squelette révèle un caractère que la version plein cadran contenait, c’est une réussite esthétique rare.

Chanel : La J12 comme terrain de jeu
Chanel continue son exploration à Watches & Wonders 2026 avec un mot d’ordre assumé : jouer. Arnaud Chastaingt, directeur du studio de création horloger, s’inspire des codes graphiques du jeu, échecs, cartes à jouer, jeu vidéo, pour construire une collection baptisée « Coco Game » où Gabrielle Chanel devient tour à tour aiguille des secondes, reine d’échecs et sculpture de sautoir joaillier. Espiègle sur la forme, sérieux sur le fond.


La J12 reste au centre de tout, et en 2026 elle s’étire dans deux directions opposées. La maison introduit deux nouveaux formats : un 28 mm à mouvement quartz pour les poignets les plus fins, et un 42 mm animé par le calibre manufacture 12.1 développé avec Kenissi, certifié COSC, 70 heures de réserve de marche. Entre les deux, la J12 Bleu, lancée en 2025 comme édition limitée après cinq ans de recherche sur la céramique bleue, intègre cette année la collection permanente en 33 et 38 mm : une consécration. La J12 Superleggera en 42 mm pousse l’esthétique monochrome dans ses derniers retranchements, céramique noire matte et acier traité noir, avec une date indiquée par une flèche rouge à 4 heures qui tranche comme un détail couture. Au sommet de la pyramide, la J12 X-Ray squelettée avec le calibre 3.1 à ponts saphir, et la J12 Diamonds Tourbillon sertie de 701 diamants pour 39 carats au total, limitée à 12 pièces. En 2026, Chanel ne présente pas simplement des montres : elle redéfinit ce qu’une montre peut être, quelque part entre l’horlogerie et le design narratif. La J12 n’est plus une montre de mode. C’en est une, tout court.




Frédérique Constant : La grande horlogerie n’a pas de prix minimum
Il faut d’abord rappeler ce que représente Frédérique Constant dans ce salon. Fondée en 1988, la manufacture genevoise a développé à ce jour 35 calibres manufacture, soit presque un par an depuis sa création, un rythme que beaucoup de maisons plus prestigieuses ne peuvent pas revendiquer.

La pièce centrale est la nouvelle génération de la Classic Worldtimer Manufacture. Elle se réinvente avec un boîtier affiné à 40 mm et le nouveau calibre FC-719, dont la réserve de marche passe à 72 heures. Le cadran a été repensé : la sous-cadran de date qui chevauchait le disque des villes disparaît, libérant enfin une lecture fluide des 24 fuseaux horaires. Point d’orgue : une édition limitée à 88 pièces ornée de 70 diamants en lunette, sur cadran bleu ciel, à 7 995 euros. Les deux versions non limitées sont affichées à 4 995 euros. La Classics Manchette complète la collection avec deux nouvelles expressions glamour, cadrans turquoise et motif Clou de Paris, résolument tournées vers un public féminin exigeant.

Ce que Frédérique Constant démontre année après année, c’est qu’une vraie complication manufacture n’a pas besoin d’atteindre cinq chiffres pour exister. Dans le contexte actuel du marché, c’est un argument qui ne se discute pas, il se porte au poignet.

Jaeger-LeCoultre : L’artisanat porté à son sommet
La Master Hybris Inventiva Gyrotourbillon à Stratosphère marque le lancement d’une nouvelle série explorant des mécanismes qualifiés d’« apparemment impossibles ». Son nouveau tourbillon breveté à triple axe couvre 98 % des positions possibles. Dans un boîtier platine, le mouvement en or blanc est sublimé par des finitions guillochées et laquées, des ponts anglés à la main et un anneau en émail bleu translucide.
Jaeger-LeCoultre clôt également à cette édition un projet artistique de huit ans : les quatre dernières Reverso Tribute Enamel Hokusai Waterfalls complètent la série des Cascades débutée en 2021. Chaque revers nécessite 80 heures de travail et 14 couches d’émail cuites à 800°C. Limitées à 10 exemplaires chacune, elles sont davantage des miniatures à accrocher qu’à porter, et c’est précisément ce qui les rend inoubliables.
Les nouveaux venus à surveiller à Watches & Wonders 2026
L’édition 2026 accueille également de nombreux indépendants qui gravitent autour du salon principal, dans les suites des palaces genevois ou au sein des nouvelles manifestations en plein cœur de la ville. Quatre noms à retenir parmi les arrivants : L’Épée 1839, seul fabricant suisse spécialisé exclusivement dans les horloges de table haut de gamme, dont la présence est une surprise réjouissante ; March LA.B, la marque française au minimalisme contemporain rafraîchissant ; Bianchet, la franco-suisse la plus audacieuse de la nouvelle garde ; et le grand retour de Corum, maison aux créations iconoclastes qui retrouve enfin une plateforme à la hauteur de son ambition.
Watches & Wonders 2026 restera comme l’édition des réconciliations et des centenaires : une édition qui a su, avec une rare élégance, regarder cent ans en arrière pour mieux définir ce que l’horlogerie sera dans les cent prochains.

























































