Guerlain remplace la formule de L’Heure Bleue, inchangée depuis 1912, par une composition inédite signée Delphine Jelk. Le nom et le flacon cœur inversé restent, mais l’original survit à part, sous l’étiquette L’Heure Bleue 1912.
Guerlain : « L’Heure des Possibles », l’heure bleue célèbrée
Jusqu’au 15 novembre 2026, la Maison Guerlain, au 68 avenue des Champs-Élysées, ouvre ses portes à « L’Heure des Possibles », une exposition d’art contemporain présentée à l’occasion d’Art Basel Paris. Trente-quatre artistes, de James Turrell à Annette Messager, y explorent les nuances de l’heure bleue, cet instant de bascule où le jour s’efface sans que la nuit ait encore pris place. Une invitation à suspendre le temps et à regarder autrement.

Guerlain L’Heure des Possibles : À une heure singulière, suspendue entre le jour qui s’efface et la nuit qui s’annonce. Un instant où les contours se troublent, où la lumière change de nature et où le regard semble s’ouvrir à d’autres perceptions. C’est à cette frontière que Guerlain consacre sa nouvelle exposition. Jusqu’au 15 novembre 2026, au 68 avenue des Champs-Élysées, la Maison présente « L’Heure des Possibles », un parcours d’art contemporain imaginé en résonance avec Art Basel Paris.

MARIA APPLETON
Opening Sky, 2026
Couches de tissu en maille cousues, avec patchwork et tissu lin-polyester détissé.
Courtesy Maria Appleton et Hatch Gallery
© Crédit photo – Maxime VM
Trente-quatre artistes, duos compris, y explorent les métamorphoses de la lumière et la poésie de cet entre-deux. Peinture, photographie, vidéo, sculpture et installation composent une traversée sensible, pensée comme une invitation à ralentir et à regarder autrement.

TODD HIDO
2076-9421, 2020
Tirage jet d’encre pigmentaire
Courtesy Galerie les filles du Calvaire
© Crédit photo – Maxime VM
Guerlain, L’Heure des Possibles : une heure entre deux mondes
Ce moment porte un nom intimement lié à l’histoire de la Maison : l’heure bleue. Cette lumière particulière, lorsque le bleu du ciel s’intensifie avant que la nuit ne s’installe, fait écho au parfum éponyme créé par Jacques Guerlain en 1912. Plus d’un siècle après sa naissance, cette heure continue ainsi de nourrir l’imaginaire de la Maison. Selon la page officielle de l’exposition, l’événement accompagne le lancement de la nouvelle eau de parfum L’Heure Bleue, réinterprétée en 2026.

MARIE BOVO
Massif de l’Estérel, Cap Roux, lune gibbeuse
croissante en Balance, 24 mars 2024
Tirage argentique chromogénique
Courtesy Marie Bovo et Mennour, Paris
© Marie Bovo, Adagp, Paris, 202
© Crédit photo – Maxime VM
Ann Caroline Prazan, directrice de la création Art et directrice Culture & Patrimoine, décrit un territoire de transition où les perceptions s’aiguisent, le temps semble se suspendre et le spectateur devient pleinement acteur de sa visite. L’exposition prend forme sous la co-curation d’Hervé Mikaeloff et de Benoit Baume, et la visite fut guidée par Manon Canto, cheffe de projet de l’exposition.

UGO RONDINONE
siebterjanuarzweitausendundvierundzwanzig, 2024
Acrylique sur toile
Courtesy Ugo Rondinone et Esther Schipper
© Crédit photo – Maxime VM
Trois souffles pour traverser l’instant
Le parcours s’articule en trois mouvements : contempler, s’éprouver, s’élancer. Déployé sur les trois niveaux de la Maison, il compose une traversée qui mène de la lumière vers l’intime, puis de l’intime vers le mouvement. Une progression presque cinématographique, qui donne à l’exposition son rythme et sa dramaturgie.

JAMES TURRELL
XXX E – OUT ELLIPSE, 2012
Reflective piece,
Courtesy James Turrell et Almine Rech
© Crédit photo – Maxime VM
La première séquence ouvre le regard sur l’horizon. Tout commence par la lumière, avec James Turrell et Ann Veronica Janssens, qui en explorent les variations et les propriétés sensibles. Les halos de Kaï-Chun Chang, travaillés par strates et par dégradés, semblent ensuite retenir des phénomènes à peine perceptibles. Avec Opening Sky, Maria Appleton imagine une fenêtre sur le ciel, construite de voiles et d’étoffes aux bleus superposés. Vincent Beaurin prolonge cette idée de seuil avec le triptyque Arcades, où le regard chemine de la bordure vers l’espace intérieur. Chez Ugo Rondinone, le soleil devient une forme colorée ; chez Jack Pierson, les paysages marins laissent l’horizon se dissoudre dans les dernières lueurs du jour.

VINCENT BEAURIN
Arcades, 2019
Triptyque
Huile sur toile, châssis bois
Courtesy Vincent Beaurin / Adagp, 2026, Paris.
© Crédit photo – Maxime VM
Le regard s’éloigne alors vers les confins. Les paysages polaires de Juliette Agnel, photographiés au pôle Nord, entrent en résonance avec la lune de Marie Bovo, suspendue au-dessus de l’Estérel. Caroline Corbasson prolonge cette contemplation dans des toiles à l’encre et au graphite, où la peinture semble rejoindre l’écriture. L’horizon n’est plus seulement un paysage : il devient une ligne de passage, une limite que l’on devine autant qu’on la franchit.

CAROLINE CORBASSON
Poem paintings, 2025
Diptyque
Encre et graphite sur toile
Courtesy Caroline Corbasson / Adagp, Paris, 2026
© Crédit photo – Maxime VM
Le deuxième mouvement déplace l’expérience vers l’intériorité. La photographie de Rineke Dijkstra et le miroir de Laure Prouvost invitent à interroger le corps, l’identité et la perception de sa propre présence. Alexandra Mocanu et le studio Retinaa convoquent, quant à eux, la mémoire des glaciers menacés de disparition. Rinko Kawauchi s’attache à la beauté fugace d’un instant, tandis que Melonie Foster Hennessy observe le cycle d’un même iris, de son apparition à son déclin. À l’aide d’une caméra thermique, SMITH révèle deux corps irradiants tournés vers le ciel. Chez Marguerite Bornhauser et Léa Dumayet, l’image quitte le plan du mur pour s’inscrire dans l’espace, devenue sculpture et tension.

MELONIE FOSTER HENNESSY
The Unconscious Remembers, 2026
Photographie en plusieurs couches,
impression sur miroir
© Melonie Foster Hennessy © Crédit photo – Maxime VM
Cette plongée vers le dedans se poursuit à travers des formes plus silencieuses. Robert Couturier replie son Philosophe en une boucle continue, tandis que Paul Valéry dessine un pêcheur entièrement absorbé par son geste. Une même solitude habitée traverse l’aquarelle de Mamma Andersson et le triptyque de Valentin Fougeray, où vacille la flamme d’une bougie. Zao Wou-Ki et Xie Lei déplacent cette intériorité vers le paysage et des scènes volontairement indéterminées, entre apparition et effacement. Avec Après, Christian Boltanski pousse enfin cette réflexion jusqu’à sa dimension la plus vertigineuse : quelques ampoules bleues suffisent à faire surgir une question essentielle, celle de ce qui demeure et de ce qui vient après.

ZAO WOU-KI
Sans titre, 1959
Encre sur papier
Courtesy Applicat-Prazan
© Crédit photo – Maxime VM
Le troisième mouvement réintroduit le temps, le corps et l’élan. Maarten Baas en propose une lecture singulière avec ses Children’s Clocks, qui réinventent la mesure des heures à travers le dessin. Yoann Bourgeois donne à cette séquence sa dimension la plus physique : son travail sur la chute et la suspension saisit cet instant fragile où l’équilibre vacille, entre abandon et maîtrise. Friedrich Kunath déplace cet élan vers la possibilité d’une chance encore à saisir. Dans The Generous Man on His Farm I, Barthélémy Toguo peuple l’espace de figures hybrides, à la frontière de l’humain et du végétal.

SMITH
SANS TITRE, (Dami, FULMEN),
2023-2024
Tirage sur aluminium brossé
MAARTEN BAAS
Children’s Clock #42, 2022
Boîtier en acier inoxydable fait main, argile,
équipements numériques, finition brillant
Children’s Clock #44, 2022
Boîtier en acier inoxydable fait main, argile,
équipements numériques, finition brillant
Courtesy Carpenters Workshop Gallery / Adagp,
Paris, 2026
© Crédit photo – Maxime VM

FRIEDRICH KUNATH
Our Chance, 2015-2016
Acrylique sur toile
Collection Marc Ambrus
& Emmanuel Tarpin, Paris
© Crédit photo – Maxime VM
L’atmosphère se charge ensuite d’une tension nouvelle. Adeline Care observe l’instant qui précède l’orage sur les côtes marseillaises, tandis que Todd Hido saisit l’apparition d’un halo lumineux dans la brume. Les images de Pooya Abbasian, où des inconnus sont photographiés de dos, prolongent cette part d’inconnu qui traverse l’ensemble du parcours. Annette Messager en donne finalement une forme presque manifeste avec Utopia, mot pris dans un filet noir, entre aspiration et entrave.

ANNETTE MESSAGER
Utopia, 2024
Fil métallique, filets, fausse fourrure
Courtesy Annette Messager et Marian
Goodman Gallery
© Crédit photo – Maxime VM
D’une œuvre à l’autre, le visiteur ne traverse pas seulement trois niveaux de la Maison : il passe d’un état de perception à un autre. De l’horizon à l’introspection, puis de l’immobilité à l’élan, l’exposition dessine une expérience où la lumière devient tour à tour paysage, miroir et promesse.

MARGUERITE BORNHAUSER & LÉA DUMAYET
sans titre 4, de la série Do ghosts have shadows ?
Impression sur plexiglass, corde, poids en fonte
Courtesy Marguerite Bornhauser et Léa Dumayet

CHRISTIAN BOLTANSKI
Après, 2010
72 douilles en laiton, 72 ampoules LED bleues, câble électrique, prise secteur
Courtesy Fonds de dotation Christian Boltanski et Marian Goodman Gallery
© Crédit photo – Maxime VM
Guerlain, L’Heure des Possibles : la lumière comme matière
Au-delà de son rôle de fil conducteur, la lumière devient ici un véritable matériau de création. Elle se réfléchit, se décompose, se colore et se transforme au gré du déplacement du visiteur. Plusieurs artistes en explorent les propriétés physiques et perceptives, faisant de l’espace lui-même une expérience sensible.

Avec XXX E – OUT ELLIPSE (2012), James Turrell propose une œuvre murale réfléchissante dont les contours semblent évoluer selon la position du regardeur. La perception n’est plus fixe : elle se construit dans le mouvement, à mesure que le visiteur découvre de nouvelles variations de lumière. Dans Ostende (2025), Ann Veronica Janssens superpose quant à elle deux verres, dont l’un provient d’une production réalisée lors de la restauration d’un immeuble bruxellois. Les surfaces font apparaître des reflets ambrés, changeants selon l’angle et la lumière.

ANN VERONICA JANSSENS
Ostende, 2025
Verre
Courtesy Ann Veronica Janssens et Esther Schipper, Berlin/Paris/Seoul
© Ann Veronica Janssens / VG Bild-Kunst, Bonn 2026 / Adagp, Paris, 2026
© Crédit photo – Maxime VM
Cette recherche se prolonge dans les halos de Kaï-Chun Chang, travaillés par strates et par dégradés, ou dans Opening Sky de Maria Appleton, où des étoffes aux bleus superposés composent une ouverture symbolique sur le ciel. Chez Vincent Beaurin, le triptyque Arcades joue sur la profondeur et le passage, invitant le regard à circuler de la bordure vers l’intérieur.

KAÏ-CHUN CHANG
Acrylique sur toile
140 x 110cm
© Courtesy Kaï-Chun Chang et Galerie Romero Paprocki
Ces œuvres donnent à voir une lumière qui ne se contente jamais d’éclairer : elle façonne les formes, modifie notre perception de l’espace et révèle ce qui, sans elle, demeurerait imperceptible. C’est peut-être là l’une des propositions les plus sensibles de l’exposition : faire de la lumière non plus un sujet à contempler, mais une matière à éprouver.

ALEXANDRA MOCANU & RETINAA
Ice Memory Thread, 2026
Broderie à la main
Impression sérigraphique
Coton et polyester, Châssis en métal
Courtesy Alexandra Mocanu et Retinaa
© Crédit photo – Maxime VM
Guerlain, L’Heure des Possibles : une traversée olfactive
L’expérience ne s’arrête pas au regard. Fidèle à son territoire d’expression, Guerlain fait également entrer le parfum dans la scénographie. Un parcours olfactif accompagne ainsi la visite, avec des compositions imaginées par Delphine Jelk, parfumeuse de la Maison, en dialogue avec plusieurs œuvres.

LAURE PROUVOST
Metal Yoga Man-Bridge, 2019
Métal, miroir
Courtesy Laure Prouvost et Galerie, Nathalie Obadia, Paris /Bruxelles / Adagp, Paris, 2026
© Crédit photo – Maxime VM
Cette dimension sensorielle prolonge le propos de l’exposition : faire de l’heure bleue non seulement un paysage à contempler, mais un instant à éprouver. Le parfum devient alors une autre manière d’habiter l’espace et d’en percevoir les nuances.

Guerlain et l’art : vingt ans de dialogue
« L’Heure des Possibles » s’inscrit dans une relation que la Maison entretient de longue date avec la création contemporaine. Fondée en 1828, Guerlain revendique un dialogue historique avec les artistes. Depuis 2006, dix-neuf expositions d’art contemporain ont ainsi été présentées à la Maison Guerlain, d’abord en parallèle de la FIAC, puis d’Art Basel Paris.

JULIETTE AGNEL
Porte II, 2018
Tirage fine art sur papier ultrasmooth mat Hahnemühle
Courtesy Galerie Clémentine de la Féronnière
© Crédit photo – Maxime VM
Cet engagement se prolonge également à travers le soutien à la création. En 2023, Guerlain et Lee Ufan Arles ont créé le Prix Art & Environnement. Pooya Abbasian, lauréat en 2025 selon la Maison, figure parmi les artistes présentés dans l’exposition, aux côtés de Caroline Corbasson, elle aussi distinguée par ce prix. Gabrielle Saint-Genis, directrice générale de Guerlain, en résume l’ambition : « Aujourd’hui encore, nous pensons qu’ils ont un rôle majeur pour dessiner le monde de demain. »

JACK PIERSON
Escape from the Dead Hands of Time, 2016,
Tirage pigmentaire,
Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac
© Crédit photo – Maxime VM
Guerlain L’Heure des Possibles : L’heure bleue, un territoire de création
Avec « L’Heure des Possibles », Guerlain fait d’un motif profondément ancré dans son histoire le point de départ d’une rencontre avec la création contemporaine. L’heure bleue relie ici trois temporalités : celle d’un parfum imaginé en 1912, celle de sa réinterprétation en 2026 et celle d’une exposition qui rassemble des artistes autour d’une même fascination pour la lumière et ses métamorphoses.

BARTHÉLÉMY TOGUO
The Generous Man on His Farm I, 2017
Encre sur papier marouflé sur toile
Courtesy Galerie Lelong et Bandjoun Station
© Crédit photo – Maxime VM
Le rapprochement entre patrimoine olfactif et programmation artistique peut aussi se lire comme une manière, pour la Maison, de faire vivre son héritage au présent. Une interprétation éditoriale, que Guerlain ne formule pas explicitement comme une stratégie, mais que le parcours invite à envisager.

RINEKE DIJKSTRA
Odessa, Ukraine, 6 août 1993
Tirage jet d’encre sur papier
Courtesy de l’artiste et Marian Goodman Gallery
© Crédit photo – Maxime VM
Pour le parfum qui inspire l’exposition, découvrez notre article sur L’Heure Bleue de Guerlain en 2026. Enfin, l’exposition est présentée sur le site officiel de Guerlain.

YOANN BOURGEOIS
© Crédit photo – Maxime VM
Maison Guerlain
68, avenue des Champs-Élysées, Paris 8e
Exposition « L’Heure des Possibles » jusqu’au 15 novembre 2026
Entrée libre, réservation recommandée.
Sources : Guerlain, Art Basel Paris.


