Pour sa 28e édition, le PAD Paris confirme ce qui fait son génie propre : réunir sous les tentes des Tuileries l’histoire et le présent du design dans un dialogue où chaque pièce exige qu’on s’arrête, qu’on regarde, qu’on désire. Nous y avons sélectionné nos coups de cœur, ces galeries qui, chacune à sa manière, racontent quelque chose d’essentiel sur l’art de vivre et de collectionner.
Milan Design Week 2026 : Les coups de cœur, de l’intime à l’immersif
Chaque année, Milan se transforme. Pas seulement en capitale du meuble ou du design industriel, mais en quelque chose de plus insaisissable, une ville qui pense à voix haute, qui expose ses désirs, ses contradictions, sa grandeur. Pour cette 64e édition du Salone del Mobile, sous le thème « Be the Project », la cité lombardienne a une fois encore convoqué les maisons de luxe, les créateurs émergents, les architectes et les parfumeurs dans une chorégraphie collective d’une densité rare. Voici nos coups de cœur absolus, ceux qui ont arrêté le temps, bousculé les certitudes, ou simplement souligné une certaine définition du beau et un art d’habiter l’espace.
Interni Venosta — Interno Italiano
Le secret le mieux gardé de Milan s’ouvre, enfin.
Il faut imaginer la scène : une adresse secrète, un carnet d’invitation jalousement gardé, et derrière la porte, l’un des appartements les plus exceptionnels de Milan, conçu en 1936 par un jeune Osvaldo Borsani au sein du Palazzo Olivazzi sur Via Bigli, là où la famille d’Albert Einstein résida à partir de 1894. C’est dans cet écrin architectural, pensé comme un Gesamtkunstwerk où Borsani dessina jusqu’à la dernière poignée de placard, que Britt Moran et Emiliano Salci ont choisi de dévoiler la nouvelle collection de leur marque Interni Venosta. Un espace jamais ouvert au public, intact dans sa majesté rationaliste, que Dimorestudio a simplement habité avec cette grâce particulière qu’ont les grands créateurs de ne pas chercher à dominer ce qui les dépasse. Le mobilier inédit dialogue avec les moulures, les vitrages ondulés, les lumières encastrées d’époque. Une leçon de discrétion italienne, d’une élégance absolue.
Byredo × Jean-Guillaume Mathiaut — In Conversation With
Quand le parfum devient architecture de la mémoire.
Dans le Chiostro Cappuccio, un cloître du XVe siècle niché dans l’ancien monastère de Santa Maria Maddalena al Cerchio, Byredo a convié le designer français Jean-Guillaume Mathiaut pour l’une des installations les plus poétiques du Fuorisalone 2026. Le bois tombé, matière brute, chargée d’histoire, y devient structure et symbole, reliant l’architecture de la fragrance au poids physique du faire. L’exposition se déploie en quatre chapitres tirés de moments clés de la vie de Mathiaut : The Nature of Memories, The Forest Is A Refuge, The Sense of Becoming, The Days Yet Unseen. Une exploration commune de la résilience, traduite en odeur, en forme, en geste. Ben Gorham et Jean-Guillaume Mathiaut livrent ici bien plus qu’une installation de marque : une conversation sur ce qui reste quand tout passe.
Loro Piana — Studies, Chapter I : On the Plaid
Le plaid comme manifeste. L’excellence comme évidence.
Après le coup d’éclat cinématographique de 2025 avec Dimorestudio, Loro Piana a choisi cette année une autre voie, plus intime, plus radicale. Sous le titre Studies, Chapter I : On the Plaid, la maison a érigé cet accessoire du quotidien au rang d’objet d’étude exhaustive, au Cortile della Seta de son siège milanais. Vingt-quatre plaids y déroulent une cartographie de l’excellence textile : broderie, jacquard, matelassage, velours de cachemire. Le vertige vient des chiffres : le plaid Sherazade Notte, construit en velours de cachemire et orné de trois couches d’appliqués taillés à la main et de perles de verre, a nécessité 1 850 heures de travail. C’est le premier chapitre d’une série d’études annuelles que la maison consacrera, à chaque édition, à un objet emblématique de son univers. Une démarche aussi discrète que fondamentale.
Hermès — Collections for the Home
La matière parle. L’objet raconte.
« The Material Speaks, The Object Tells A Story » : cette formule seule suffit à résumer l’ambition d’Hermès à La Pelota en 2026. La scénographie de Charlotte Macaux Perelman a tout effacé, pas de couleur envahissante, pas d’artifice, pour ne laisser que des socles blancs épars dans l’espace, et sur eux, les créations de la maison livrées à elles-mêmes. L’âme équestre, toujours. Des bols en palladium martelé à la main, fouettés de chevrin Chamkila et décorés de crins de cheval pour évoquer un sabot soigné ; une table en marbre de Carrare et Verde Alpi sculptée en forme de selle, striée du motif « Jumping » ; et ces couvertures en cachemire tissé main, à la nervure de jute mais au toucher de nuage, ornées de velours d’agneau et d’un « H » en réserve de teinture. Hermès ne démontre rien. Hermès existe, pleinement, souverainement.
Jaeger-LeCoultre — The Perpetual Timekeeper
Quand 1 000 ans se tiennent en une seule pièce.
Pour sa deuxième participation à la Milan Design Week, Jaeger-LeCoultre a transformé la Villa Mozart en temple du temps suspendu. The Perpetual Timekeeper rassemble 53 pièces d’archives et 32 horloges Atmos, dont les déclinaisons signées Marc Newson, fruit d’une collaboration de longue date avec le designer australien, ainsi que trois nouvelles créations. Parmi elles, la Memovox Travel Clock s’impose d’emblée : titanium, calibre 256 à remontage manuel, 12 jours de réserve de marche, complication alarme et sonnerie douce d’un bicolore orange et bleu. Limitée à 100 exemplaires annuels, livrée dans un étui en cuir dessiné par Newson, elle cristallise ce que la maison sait faire mieux que quiconque, réconcilier l’ingéniosité mécanique et la beauté formelle dans un objet fait pour traverser les générations.
cc-tapis & Fornasetti — (META)FISICA
Deux univers surréalistes se rencontrent, et le sol tremble.
Il fallait oser. cc-tapis, le studio de tapis le plus désirable du moment et Fornasetti, héritier d’un imaginaire surréaliste inépuisable, se sont associés pour une exposition aussi visuelle qu’intellectuelle dans le showroom de cc-tapis. Sous le titre (META)FISICA, une ligne de tapis puise dans les archives Fornasetti pour en extraire les motifs les plus obsédants visages féminins démultipliés, colonnes architecturales, ciels à l’italienne et les tisser dans la matière au sens propre. Les pièces sont présentées comme des tableaux, accrochées ou posées avec une distance muséale. Ce n’est pas du mobilier. C’est de l’art qu’on pourrait, si l’on s’y résout, fouler aux pieds.
Gucci Memoria
Demna réécrit l’histoire de Gucci en tapisseries. Et c’est magistral.
Depuis les cloîtres du XVIe siècle de San Simpliciano, le même cadre qu’en 2025, mais dans un tout autre registre, Demna a livré sa vision la plus personnelle et la plus ambitieuse de Gucci. Gucci Memoria se déploie en douze tapisseries monumentales, chacune illustrant un fragment des 105 ans d’histoire de la maison : Guccio Gucci groom au Savoy de Londres à la fin du XIXe siècle, la création du sac Bamboo en 1947, l’arrivée du Jackie en 1961, les ères Tom Ford, Frida Giannini, Alessandro Michele… Dans le cloître principal, un jardin planté de fleurs saisonnières évoque la collection Flora née d’une visite de la Primavera de Botticelli aux Offices. En périphérie, des distributeurs automatiques de boissons imaginés avec Gucci Giardino à Florence ajoutent une touche d’ironie pop. Archive vivante, récit collectif, manifeste d’un directeur créatif qui a décidé de comprendre avant de transformer : Gucci Memoria est l’une des installations de mode les plus puissantes vues à Milan depuis des années.
L’Appartamento by Artemest
Cinq studios. Cinq villes italiennes. Un appartement comme une odyssée.
Pour sa quatrième édition au Palazzo Donizetti, Artemest a confié chacune des pièces de son appartement emblématique à un studio de design international, avec pour mission de réinterpréter l’âme d’une grande ville italienne. Charlap Hyman & Herrero (Venise), March and White Design (Florence), Rockwell Group (Rome), Sasha Adler Design (Naples) et Urjowan Alsharif Interiors (Palerme) ont chacun construit un univers complet à partir des plus beaux artisans de la plateforme. Italian Grandeur comme fil rouge — non pas la grandeur muséale et figée, mais celle qui respire, qui se renouvelle, qui sait encore surprendre. Un appartement à habiter des yeux, du bout des doigts, et dans lequel on ne voudrait plus quitter chaque pièce.
Baccarat — Crystal Crypt
Philip K. Dick rencontre les maîtres verriers de la Meuse. Le choc est total.
C’est la renaissance la plus fracassante du Fuorisalone 2026. Absente de Milan depuis une décennie, Baccarat y revient avec Crystal Crypt, une installation conçue par la curatrice et artiste française Emmanuelle Luciani, inspirée de la nouvelle de science-fiction de Philip K. Dick The Crystal Crypt. L’espace, Via Marco Formentini, a été métamorphosé en cathédrale galactique : scénographie, film, son et mouvement se conjuguent pour faire du cristal une expérience totale plutôt qu’un simple médium décoratif. En son cœur trône Mille Fleurs, la réinterprétation par Bethan Laura Wood du légendaire lustre Zénith, originellement créé au milieu du XIXe siècle, une sorte de vaisseau spatial mi-vénitien, mi-industriel, où la couleur et la matière jouent à se perdre. Aussi en vedette, les nouvelles éditions du verre Harcourt 1841, créé pour Napoléon III et l’impératrice Eugénie. La maison n’a rien perdu de sa superbe.
Dior × Noé Duchaufour-Lawrance — Corolle
Bambou, cannage, lumière : la couture en objet.
Depuis 2019, la collaboration entre Dior Maison et le designer français Noé Duchaufour-Lawrance est l’une des plus suivies du Fuorisalone. Pour 2026, au Palazzo Landriani sur Via Borgonuovo (sur invitation), le duo dévoile une nouvelle série de lampes Corolle dont la forme évasée, semblable à un verre renversé, fait écho aux lignes de la célèbre jupe lancée par Christian Dior en 1947. Tissées à la main en bambou selon la technique du cannage iconique de la maison, elles fondent la sophistication de la couture française avec un artisanat organique d’une remarquable précision. Un objet qui semble toujours à la limite entre le vêtement et la sculpture, comme si Dior ne pouvait s’empêcher d’habiller aussi la lumière.
The Paper Log : Shell and Core — Issey Miyake × Ensamble Studio
Quand les déchets du plissage deviennent des meubles à l’état de minéral.
Il y a quelques années, Satoshi Kondo, directeur artistique de Miyake Design Studio, observa quelque chose dans les rouleaux de papier compressé qui partaient à la destruction après les séances de plissage : ces cylindres, chargés du transfert coloré des vêtements à haute température, affichaient une marbrure géologique fascinante. Il en fit des tabourets pour le défilé printemps-été 2025. Depuis, l’architecture de papier a grandi. En collaboration avec Ensamble Studio, l’installation The Paper Log : Shell and Core présentée Via Bagutta explore deux directions simultanées : Shell transforme les rouleaux en formes sculpturales figées, chaque pli cristallisé par des agents durcissants ; Core explore la fonctionnalité, déclinant le matériau en tabourets, chaises et tables prototypaux. La mode qui recycle ses propres résidus en mobilier d’art : rarement le cycle créatif aura été aussi littéralement bouclé.
Bottega Veneta × Kwangho Lee — Lightful
Le cuir tressé rencontre la lumière. C’est organique, hypnotique, inévitable.
Pour la troisième fois sous la direction créative de Louise Trotter, Bottega Veneta fait appel au sculpteur coréen Kwangho Lee et l’alchimie entre les deux univers n’a jamais été aussi évidente. Lightful, installé dans la boutique de la Via Sant’Andrea, déploie une structure suspendue de cordons de cuir tressés, les fameuses fettucce signature de la maison qui descend du plafond et s’enroule autour des éléments architecturaux du magasin comme des lianes au-dessus d’un lac. Dans leurs entrelacs, des sources lumineuses discrètes diffusent une lumière ambre douce. Chaque sculpture, en noir et vert sélectionnés par Trotter, prend une forme organique différente. Lee avait visité les ateliers de Montebello Vicentino pour développer le projet : ce pélerinage se lit dans chaque nœud, dans chaque tension entre la matière luxueuse et la main qui l’a modelée.
Range Rover — Traces
L’art de la personnalisation comme récit de voyage.
Range Rover est de retour à Milan avec une ambition qui dépasse de loin la simple activation de marque. Pour Traces, la marque britannique s’est associée à Robert Storey de Storey Studio, le designer spatial dont les collaborations précédentes comptent Loro Piana et Hermès, pour construire une expérience multi-sensorielle dédiée à Range Rover Bespoke, son service de personnalisation sur-mesure. L’installation débute par un film du cinéaste argentin Felipe Sanguinetti, se poursuit avec des illustrations de quatre artistes brodées à la main par l’équipe interne, et culmine sur le Pearl of Tay : une Range Rover Bespoke unique en son genre, inspirée des perles d’eau douce de la rivière Tay en Écosse. Quatorze objets soigneusement curatés par Hugo Macdonald habillent l’espace. Luxe, lenteur, profondeur artisanale : tout ce que la marque incarne, distillé en une seule pièce.
Jil Sander — The Reference Library
60 livres. 60 esprits. Une bibliothèque comme portrait collectif.
Simone Bellotti, directeur créatif de Jil Sander, a fait ses débuts à la Milan Design Week avec une proposition aussi sobre qu’audacieuse : Reference Library, une exposition conçue en collaboration avec le magazine Apartamento, réunissant 60 ouvrages choisis par 60 personnalités venues d’horizons radicalement différents, l’écrivaine Lykke Li, la cinéaste Sofia Coppola, des architectes, des makers, des penseurs. Chaque livre est présenté sur un lutrin illuminé comme une œuvre d’art, et les visiteurs, équipés de gants blancs, sont invités à s’en saisir, à le feuilleter, à habiter cette bibliothèque éphémère. À l’heure où les maisons de mode rivalisent d’installations spectaculaires, Jil Sander a choisi l’idée. Et gagné haut la main.
Miu Miu Literary Club — Politics of Desire
Annie Ernaux et Ama Ata Aidoo s’invitent à la Design Week. Et tout change.
Quatrième édition du Miu Miu Literary Club, et la plus frontale. Sous l’intitulé Politics of Desire, le salon culturel initié par Miuccia Prada s’est installé au Circolo Filologico Milanese pour trois jours de conversations, performances et lectures explorant le désir, le consentement et l’autonomie féminine à travers les œuvres de la lauréate du Nobel Annie Ernaux et de l’écrivaine, universitaire et ancienne ministre de l’Éducation ghanéenne Ama Ata Aidoo. Programme de conférences, lectures publiques, et pour la première fois une bibliothèque de consultation en libre accès pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la réflexion. Dans une semaine dominée par les objets et les installations, Miu Miu rappelle que le design peut aussi être immatériel, une salle, une idée, une conversation.
Zaha Hadid Architects × Audi — Origin
Un portail vers l’avenir, posé dans la cour du Portrait Hotel.
Dans la cour de l’ancien Séminaire épiscopal, aujourd’hui Portrait Hotel, Corso Venezia, Zaha Hadid Architects a déposé quelque chose d’inattendu : un portail en fibre de verre teinte titane, suspendu au-dessus d’un bassin réfléchissant, conçu pour Audi et sa nouvelle philosophie de design. Origin ne ressemble à aucune voiture. Il ressemble à ce qu’on ressent au volant, la clarté, la technicité, l’intelligence, l’émotion. Sa peau mate absorbe et restitue les tonalités de l’architecture historique environnante. Ses géométries évoluent avec la lumière du jour. Et son propos est délibérément anti-spectacle dans une semaine de surenchère sensorielle : il invite à s’arrêter, à ralentir, à se reconnecter à soi-même. Audi y a également présenté sa monoplace R26 de Formule 1 et la RS 5, son premier modèle hybride rechargeable haute performance. La mécanique comme prolongement de l’architecture. Un dialogue réussi.
David Lynch — A Thinking Room
Hommage. Parce que certaines œuvres méritent de rester.
David Lynch nous a quittés en janvier 2025. Mais son A Thinking Room, présenté au Salone del Mobile 2024, continue de hanter l’imaginaire collectif de tous ceux qui l’ont traversé. Une chambre de méditation profonde, construite sur les codes visuels lynchiens, rideaux rouges, sol à damier, lumière rasante, silence comme matière. Un espace pour penser, vraiment, dans le vrombissement du monde du design. Lynch avait dit de ce projet qu’il voulait offrir aux visiteurs ce que les musées lui avaient toujours donné : la possibilité d’être seul avec quelque chose de grand. Sa présence dans notre palmarès n’est pas nostalgique. Elle est nécessaire.
Buccellati — Aquae Mirabiles
Le motif caviar de Buccellati devient un univers à part entière.
Piazza Tomasi di Lampedusa a accueilli l’une des installations les plus poétiquement orchestrées du Fuorisalone 2026. Aquae Mirabiles, imaginée par Buccellati, met en scène la collection d’orfèvrerie Caviar — dont le motif microsphère, obsessionnel et somptueux, couvre plateaux, assiettes, seaux à glace, flûtes et cuillères. Curatée par Federica Sala, scénographiée par Balich Wonder Studio et nourrie visuellement par l’univers de l’artiste anglais Luke Edward Hall, l’installation tisse ensemble grandeur épique et sensibilité poétique. De nouveaux objets y font leur entrée : un set de couverts, deux coupelles à caviar, un plat à pain. L’histoire s’écrit en direct, d’Andrea Buccellati jusqu’à Gianmaria — une lignée de mains expertes dont chaque microsphère gravée à la main est la signature.
Louis Vuitton — Objets Nomades : Pierre Legrain Hommage
Art Déco, nomadisme et jeu : Louis Vuitton réinvente le salon.
Au Palazzo Serbelloni, Louis Vuitton a transformé la résidence néoclassique en une séquence d’intérieurs mouvants pour sa collection Objets Nomades 2026, placée sous le signe de Pierre Legrain. Ce collaborateur méconnu de la maison dans les années 1920, illustrateur et designer de mobilier, est ici réhabilité avec splendeur : sa façon de traiter la structure et la tactilité, son rapport aux reliures de livres, irrigue la nouvelle collection de meubles, objets de table et pièces textiles. En parallèle, les curiosités ludiques signées Estúdio Campana (un babyfoot monogrammé, un flipper inspiré du défilé A/H 2025 de Pharrell Williams) apportent une légèreté irrésistible. Une malle Vaisselier spéciale, révélant un service de porcelaine et de verrerie fines, complète le tableau. Louis Vuitton continue de brouiller la frontière entre l’art de vivre et l’art tout court.


Rodney Eggleston × Aésop — The Factory of Light
10 000 bouteilles d’ambre. Un cloître. La lumière comme unique matière.
Dans le cloître de Santa Maria del Carmine, Aésop a proposé l’une des expériences les plus contemplatives du Fuorisalone. The Factory of Light, conçue avec le designer australien Rodney Eggleston, explore la lumière par la soustraction plutôt que par la saturation, une contre-proposition radicale dans une ville brûlée de surexposition. Des matériaux de récupération, des échafaudages, des bâches en trompe-l’œil : l’installation compose un Milan imaginaire, mis à nu. Au cœur du parcours, la sacristie : une surface ondulante façonnée à partir de 10 000 bouteilles ambrées crée un paysage quasi hypnotique. C’est là que débute l’Aposē, le trio de lampes fait main signé par la marque, présenté pour la première fois au public. Un dialogue entre le contemporain et le séculaire, entre l’industrie et l’artisanat, entre le visible et ce que la lumière révèle en nous.

Alcova 2026 — Focus : Henge, Marlot Baus, Llewellyn Chupin, Studio Lugo, Room-File, So Koizumi, Mariza Galani, Slalom × VAI, sugarwave
L’anti-Salone.
Dans ses deux nouvelles adresses, l’Ospedale Militare di Baggio, vaste complexe industriel construit entre 1928 et 1931, et la Villa Pestarini, chef-d’œuvre rationalist de Franco Albini ouvert au public pour la toute première fois — Alcova a réuni 131 exposants qui incarnent le meilleur de ce que le design indépendant sait faire. Notre focus sur quelques noms qui méritent votre attention :
Henge transforme chaque soir un hangar industriel du Baggio en club dédié au design, VOCLA, dans une scénographie de Ugo Cacciatori, où l’architecture amplifie le son et le son réinvente l’espace. Marlot Baus, studio basé à La Llagosta, conçoit et fabrique chaque pièce à la mesure dans son atelier, un rapport à l’objet d’une intégrité rare. Llewellyn Chupin, entre New York et Paris, présente des objets scénographiques en aluminium patiné à la main, soie et perles, des sculptures qui refusent d’être seulement du mobilier. Studio Lugo dévoile Resonance, une collection en métal laminé d’une précision formelle remarquable. Room-File continue son exploration des frontières entre objet d’usage et objet d’art. So Koizumi Design apporte la sensibilité japonaise à la matière, luminaire, proportion, silence. Mariza Galani propose des pièces d’une douceur architecturale qui fascine. Slalom × VAI (Vintage Audio Institute) installe des synthétiseurs italiens historiques dans une composition sonore réactive, là où le design rencontre la musique expérimentale. Et sugarwave, dont la présence à Alcova confirme que les voix les plus intéressantes de demain se trouvent ici.












































































































