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À Paris, l’architecte Léonie Alma Mason transforme l’ancienne garçonnière de Napoléon III en écrin pour une collection d’art

Date : 16 mars 2026
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Derrière une façade discrète des rues parisiennes se cache parfois une histoire inattendue. Celle-ci appartient à un ancien hôtel particulier qui fut, dit-on, la garçonnière de Napoléon III, offerte autrefois à l’une de ses maîtresses. Un fragment d’histoire impériale dissimulé dans la ville, dont subsistent encore quelques traces : des volumes nobles, des moulures délicates, une lumière qui glisse le long d’une enfilade de fenêtres ouvertes sur un jardin silencieux.

Lorsque l’architecte Léonie Alma Mason découvre les lieux, elle y perçoit immédiatement un potentiel presque romanesque. Les décennies d’interventions successives avaient fragmenté l’espace, brouillant la logique initiale de l’appartement. Son premier geste sera donc un retour à l’essentiel : retrouver la respiration originelle du plan, redonner au lieu sa fluidité et sa perspective. Les pièces s’ouvrent à nouveau les unes aux autres, laissant circuler la lumière et les regards, tandis qu’une vaste cuisine contemporaine accueille désormais les visiteurs dans un esprit de convivialité assumée.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

Dans cette cuisine, la rigueur géométrique dialogue avec une liberté presque sculpturale. Inspirée par les constructions du constructivisme russe, l’architecte imagine une composition de volumes fragmentés : blocs de marbre blanc et noir, lignes de noyer sombre, surfaces qui se croisent et se répondent. L’espace semble déconstruit puis recomposé, comme un jeu d’équilibre où chaque élément trouve sa place dans une architecture devenue presque graphique.

Mais le véritable cœur du projet se révèle ailleurs : dans la présence d’une importante collection d’art. Ici, l’appartement ne se contente pas d’accueillir des œuvres, il s’organise autour d’elles. Chaque pièce devient un décor subtil où les objets, les tableaux et le mobilier dialoguent dans un équilibre délicat.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

Dans le salon, une toile de Georg Baselitz impose sa puissance picturale, tandis qu’une sculpture de Julio Villani repose sur une table basse minimaliste. Un peu plus loin, une pièce d’Arman ponctue l’espace comme un éclat de mémoire. L’ensemble compose une conversation silencieuse entre les œuvres et le mobilier, entre les époques et les styles.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

Cette approche atteint son point culminant dans la salle à manger, imaginée autour d’une œuvre monumentale de Yoan Capote. Trop vaste pour les murs existants, elle a inspiré une solution inattendue : la création d’un volume habillé de placage de bois naturel, dissimulant un home cinéma. Ce cube inséré dans l’espace crée un mur oblique suffisamment long pour accueillir les trois panneaux, tout en introduisant une mise en abyme architecturale — un cube dans le cube.

Au fil de la visite, Léonie Alma Mason revendique volontiers une posture d’ensemblière. Les œuvres deviennent les points d’ancrage autour desquels se dessinent les meubles, les matières et les circulations. Certaines pièces sont dessinées sur mesure, pensées à l’échelle exacte des tableaux qu’elles accompagnent. Ailleurs, les associations naissent plus spontanément, comme si l’espace lui-même dictait ses accords.

Car ce projet repose sur un principe simple : raconter des histoires visuelles. Dans le salon, le rouge vibrant d’une toile dialogue avec une sculpture suspendue ; ailleurs, une œuvre monumentale appelle une pièce plus discrète pour préserver l’équilibre. Chaque composition semble guidée par une sensibilité presque instinctive.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

Les références affleurent partout, parfois discrètes, parfois assumées. Une boîte vestiaire évoque l’univers de Jannis Kounellis. Des chambranles de marbre rappellent les atmosphères photographiées par Cy Twombly dans son palais romain. Les rideaux se parent de galons qui semblent sortis d’un péplum hollywoodien, tandis que des plinthes miroir ou des luminaires en verre introduisent de subtils effets de rythme.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

Ces détails forment une constellation de références, glanées au fil des voyages, des expositions et des souvenirs. Léonie Alma Mason les assemble avec une liberté joyeuse, laissant son regard tisser des correspondances inattendues entre art, architecture et design.

Au terme de la transformation, l’ancienne garçonnière impériale devient bien plus qu’un appartement. Elle se transforme en un paysage intérieur où l’art, la matière et la mémoire dialoguent avec une élégance presque ludique. Un lieu habité par les œuvres, par les idées et par le plaisir évident d’inventer des espaces où chaque détail raconte une histoire.

© Matthieu Salvaing / Réalisation Sarah de Beaumont et Noelann Bourgade

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