C’était le clou du spectacle, le mot de la fin, la dernière révérence. Samedi soir, avant dernier jour de la semaine de la mode homme, Dries Van Noten, après 38 ans passés de nouvelles collections et défilés, a présenté son dernier défilé, le fin d’une ère, les aurevoir d’un maestro.
À Venise, Dries Van Noten inaugure une fondation, nouveau temple célébrant l’âme de l’artisanat
Au printemps 2026, un nouveau chapitre de la création contemporaine s’écrira sur les rives du Grand Canal. Le créateur belge Dries Van Noten et son compagnon de route Patrick Vangheluwe y inaugureront la Fondazione Dries Van Noten, un lieu pensé comme un refuge pour l’artisanat et la créativité humaine. Installée dans l’opulent Palazzo Pisani Moretta, la fondation promet de devenir l’une des nouvelles destinations culturelles majeures de la lagune.

À Venise, tout semble déjà dialoguer avec le temps. La lumière se reflète sur l’eau, glisse sur les façades anciennes, traverse les salons ornés de fresques. C’est dans cette ville façonnée par les échanges et les savoir-faire que Dries Van Noten a choisi d’imaginer ce projet. « Venise est un lieu où les histoires se croisent et où l’artisanat transforme l’éphémère en quelque chose d’éternel », confie le créateur. Une évidence presque naturelle pour celui dont l’œuvre a toujours été guidée par la fascination pour la matière, les textiles et les gestes rares.

Après près de quarante ans consacrés à la mode, Dries Van Noten entrevoit aujourd’hui un nouveau territoire d’expression. La fondation naît d’un désir simple : redonner au geste humain une place centrale dans le récit de la création.

« Pour moi, l’artisanat ne se limite pas à la matière. C’est un geste qui vient de l’âme, c’est ce qui exprime ce que nous avons en nous »

Explique-t-il. Dans cet esprit, la Fondazione se veut une maison ouverte, un espace où les disciplines se rencontrent et se contaminent : art, design, architecture, mode, musique ou gastronomie y dialogueront librement.
Loin de l’idée d’un musée figé, le projet prend la forme d’un organisme vivant. Expositions, résidences d’artistes, collaborations inattendues, rencontres publiques ou programmes pédagogiques rythmeront la vie du lieu. Artisans confirmés et talents émergents y seront invités à partager leurs pratiques, leurs expériences et leurs visions. « Nous voulons créer un endroit vibrant, où les artistes peuvent montrer leur travail, où les étudiants peuvent expérimenter, et où les visiteurs découvrent le geste de créer comme un acte culturel », poursuit-il.
Le décor, lui, semble presque irréel. Le Palazzo Pisani Moretta, l’un des joyaux architecturaux de la ville, déploie ses salons en enfilade, ses stucs délicats et ses fresques baignées d’une lumière mouvante. Entre le pont du Rialto et l’université Ca’ Foscari, ce palais chargé d’histoire deviendra le cœur battant de la fondation. « C’est pour moi une sorte de temple du savoir-faire », confie Dries Van Noten. « La beauté historique du lieu crée un dialogue extraordinaire avec ce qui reste à inventer. »

Pendant que le palais fera l’objet d’une restauration menée par l’architecte Alberto Torsello, la fondation étendra également son activité dans un second espace : Studio San Polo, imaginé par l’architecte Giulia Foscari. Plus épuré, presque industriel, ce lieu accueillera ateliers, expérimentations et performances, offrant un contrepoint contemporain à la splendeur historique du palais.

Au-delà de son architecture et de son programme, la Fondazione Dries Van Noten porte une ambition plus large : défendre la créativité humaine dans un monde dominé par la vitesse et la technologie. « Les machines peuvent faire beaucoup de choses, mais elles ne remplaceront jamais l’intuition, la passion et l’âme que l’on met dans un geste », affirme le créateur.

Dans cette ville suspendue entre brume et lumière, la fondation apparaît ainsi comme une promesse. Celle d’un lieu où le passé nourrit l’avenir, où les mains dialoguent avec les idées, et où la beauté se construit lentement, au rythme patient du geste humain.







