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Rock House : Une architecture minérale au cœur du désert de Mojave

Date : 19 février 2026
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Sculptée dans un ancien champ de lave noire, cette maison familiale posée dans le désert de Mojave célèbre un luxe discret, façonné par la lumière, la matière et le silence. Une retraite contemporaine où l’architecture semble émerger de la roche elle-même.

© Photo: Thibault Debaene / AD Magazine

Dans le nord du désert de Mojave, face aux reliefs cuivrés de Red Cliffs et aux lignes lointaines des Pine Valley Mountains, une silhouette sombre se détache à peine du paysage volcanique. Baptisée Rock House, cette demeure familiale à la façade noire semble née du champ de lave sur lequel elle repose. Construite en 2014 puis ravagée par un incendie avant d’être acquise par ses actuels propriétaires, elle offrait une page blanche absolue, une liberté rare que le Design Studio JAC a su transformer en manifeste d’élégance minérale.

© Photo: Thibault Debaene / AD Magazine

Sous la direction de Jourdan Hammond, aux côtés d’Ashley Viola et Céline Hellin, le projet a été pensé comme un sanctuaire : un lieu pour ralentir, contempler et se reconnecter à la nature. Ici, chaque pièce dialogue avec l’extérieur. Une baie vitrée cadre un horizon comme un tableau vivant ; la texture d’un mur répond à la rugosité de la roche ; la lumière, changeante, sculpte les volumes au fil des heures. À l’aube, les tons se réchauffent ; à midi, ils deviennent graphiques et austères ; au crépuscule, ils s’embrasent d’orangés profonds. La palette intérieure accompagne ces métamorphoses, dominée par des neutres chaleureux, ponctués de rouille, d’olive et de noir.

Fidèle au modernisme du désert, l’architecture affirme ses toits plats, ses murs épais en stuc et ses lignes franches. À l’intérieur, les matériaux ont été choisis pour leur tactilité et leur pérennité. Les enduits à la chaux diffusent une lueur douce ; de larges planches de bois belge ancrent les sols dans une tonalité sombre qui fait écho au basalte environnant. Dans le salon, une cheminée en acier laminé à froid s’élève du sol au plafond, en résonance avec un escalier façonné dans le même matériau par un artisan local.

© Photo: Thibault Debaene / AD Magazine

Les îlots en pierre, les comptoirs polis et les menuiseries sculpturales semblent moins construits qu’extraits du sol, comme des formations géologiques façonnées par le temps. Les chambres, enveloppées de microciment, évoquent des grottes contemporaines propices au silence et à la méditation. Ici, le luxe se murmure : l’artisanat remplace l’ornement, et la nature devient l’œuvre maîtresse.

Le mobilier sur mesure imaginé par l’agence prolonge cette harmonie. Canapé aux proportions généreuses, tables basses en bois brûlé dessinées par Céline Hellin, tabourets monolithiques dans la cuisine, lits intégrant tables de chevet et bureaux en bois sculpté : chaque pièce s’inscrit dans une gamme de gris chauds en dialogue avec le paysage. Ces créations côtoient des icônes modernistes et contemporaines choisies avec précision : chaises vintage de Tobia Scarpa dans le coin petit-déjeuner, fauteuils Utrecht en charbon de bois de Gerrit Rietveld pour Cassina près de la cheminée, table à manger en microciment en forme de roche signée Armand & Francine, associée à un lustre d’Apparatus Studio.

Le désert n’a jamais cessé d’être la matrice du projet. À chaque visite, l’équipe photographiait cactus, plantes arides et formations rocheuses afin d’élaborer une palette directement inspirée du site. Des pierres ont été prélevées pour trouver la nuance exacte du stuc extérieur, afin que la maison semble véritablement émerger du champ de lave. Même les touches finales rendent hommage à cet environnement : branches et herbes séchées, patiemment collectées lors de randonnées parfois acrobatiques, ou trésors glanés parmi les rebuts d’une équipe de paysagistes, clin d’œil délicat à l’idée que les déchets des uns deviennent les joyaux des autres.

© Photo: Thibault Debaene / AD Magazine

Malgré cette attention extrême aux détails, l’ensemble donne une impression d’évidence. Dès le premier voyage, la vision s’est imposée avec une clarté instinctive. Esquissé dans l’avion du retour, le concept n’a pratiquement pas évolué. Plus qu’une invention, Rock House ressemble à une révélation, comme si elle avait toujours été là, tapie dans la lave noire, attendant simplement d’être révélée.

© Photo: Thibault Debaene / AD Magazine

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