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Jérémy Chaillou signe un appartement Place des Vosges à Paris, manifeste de design contemporain

Date : 31 janvier 2026
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À quelques pas de la place des Vosges, dans le silence feutré d’une cour ancienne, un appartement du Marais réapprend à respirer. Niché au troisième étage d’un immeuble médiéval en pan de bois, il porte en lui les strates du temps, celles que l’architecte et directeur artistique Jérémy Chaillou a choisi de ne jamais effacer, mais d’orchestrer. Ici, l’histoire n’est pas un décor figé : elle devient matière première, point d’ancrage d’une écriture contemporaine assumée.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

L’espace raconte d’abord une singularité architecturale : deux immeubles autrefois distincts, réunis au fil des siècles, laissant apparaître une marche presque imperceptible. Un seuil discret, devenu manifeste. Chaillou en fait l’axe fondateur du projet, une ligne de force qui traverse la cuisine, la salle à manger et le salon jusqu’à la cheminée. Soulignée par le miroir, cette rupture douce organise la circulation et démultiplie les perspectives. Les reflets dialoguent avec la pierre calcaire mise à nu, prolongée au sol par des cabochons de pierre du Nivernais, tandis que les poutres anciennes, voilées et irrégulières, imposent leur cadence lente, comme un rappel silencieux du passage des siècles.

La matière comme langage

Dans cet écrin chargé d’histoire, Chaille compose un vocabulaire dense, presque narratif. Chaque matériau affirme sa présence, sans jamais écraser l’autre. Le miroir, omniprésent mais jamais décoratif, ouvre l’espace, trouble les repères, installe un jeu d’illusions maîtrisé. Il encadre les seuils, se glisse au-dessus des crédences, dialogue avec l’inox poli, créant une tension constante entre froideur contemporaine et chaleur minérale.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

La cuisine illustre parfaitement cet équilibre : le marbre Avocatus, aux veines profondes, rencontre l’inox brossé et le miroir dans un anachronisme volontaire. Rien n’est lisse, tout est assumé. Le sol, identique mais déployé sur deux niveaux, renforce cette lecture architecturale fragmentée, presque scénographique.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

L’acajou teinté et verni s’impose alors comme le fil rouge du projet. Utilisé pour les meubles, les boiseries et les éléments sur mesure, il apporte une sensualité inattendue. Sa profondeur chromatique, changeante selon la lumière, évoque le luxe des Riva italiens, introduisant un imaginaire voyageur au cœur du Marais historique. Un contraste de plus, savamment dosé.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

Une mise en scène intime

Le salon devient un théâtre de matières et de couleurs. Le rouge sombre de l’acajou répond aux peaux précieuses du canapé, aux cuirs patinés, au vert profond de la cheminée. Les objets, choisis avec précision, ponctuent l’espace sans jamais l’encombrer. Ici, rien n’est décoratif par hasard : chaque pièce semble raconter une histoire, prolonger le récit.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

Dans la chambre, le projet se fait plus intime, presque cinématographique. Entièrement habillée de bois, elle évoque à la fois le boudoir et la cabine de bateau. Le lit, conçu sur mesure, intègre rangements et surfaces laquées, laissant apparaître le fil vivant du bois sous un vernis ultra brillant. Un îlot central, inspiré des codes du retail, ordonne les gestes du quotidien : montre, portefeuille, accessoires deviennent objets à exposer, presque rituels.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

La lumière y est douce, indirecte, volontairement contenue. Chaille privilégie les appliques aux plafonniers, laissant les ombres dessiner les volumes. Les tonalités, kaki, or, rouge profond s’accordent dans un camaïeu sophistiqué, jamais figé.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

L’élégance de la dissonance

La salle de bains prolonge cette écriture contrastée. Les murs à la chaux absorbent la lumière tandis que le marbre Emperador, veiné de bruns, de rouges et de jaunes, fait écho aux teintes de la chambre. Les lignes contemporaines se frottent à des détails d’inspiration victorienne : robinetterie, appliques, clins d’œil discrets à un autre temps. Une manière de troubler la lecture, d’éviter l’évidence.

C’est là toute la force du travail de Jérémy Chaillou : instaurer un langage lisible, presque instinctif, puis y glisser des dissonances pour maintenir l’attention, susciter l’émotion. L’élégance naît de cet équilibre fragile entre maîtrise et audace.

Plus qu’un projet d’architecture intérieure, cet appartement est une rencontre : entre un lieu chargé d’histoire et une vision contemporaine, entre un créateur et son commanditaire. Car ici, le propriétaire n’est jamais un simple spectateur. Il est partie prenante du récit, porteur d’une sensibilité, d’une idée du beau. Une complicité rare, qui dépasse les murs et inscrit le projet dans une dimension presque amicale. L’élégance, finalement, ne se mesure pas seulement à la beauté des espaces. Elle se lit dans la manière dont ils sont habités, pensés, partagés. Derrière la place des Vosges, elle prend la forme d’un dialogue subtil entre passé et présent et ne demande qu’à être vécu.

© AD France / Photos Mathilde Hiley / Stylisme Maxime Chaiblaine

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