Sous la nef du Grand Palais, un nouveau ciel Chanel s’est levé. Un cosmos de sphères lumineuses, suspendues comme des planètes de tulle et de lumière, annonçait le commencement d’une ère nouvelle : celle de Matthieu Blazy, désormais maître du firmament de la rue Cambon. Le premier défilé du créateur franco-belge pour la maison la plus mythique de la mode ne se contentait pas d’être attendu : il promettait une révolution douce, un souffle, une respiration dans la légende.
Chanel Haute-Couture 2026 : plumes, illusions et nouvelle élégance signé Matthieu Blazy
Sous la verrière du Grand Palais, alors que Paris grelottait encore dans l’hiver, Chanel a choisi de faire naître un printemps imaginaire. Un printemps délicat, presque irréel, où la couture s’épanouit comme un écosystème fragile, vibrant de couleurs et de matières. Pour sa nouvelle collection de Haute Couture, Matthieu Blazy signe une proposition à la fois romantique et expérimentale, une respiration nouvelle pour la Maison, où la légèreté devient langage et le savoir-faire, poésie en mouvement.

Le décor donnait le ton : un paysage onirique peuplé de champignons monumentaux, aux teintes rosées, rouges et lactescentes, posés sur un sol rose tendre, bordé de saules aux allures de rêve sucré. Un théâtre de nature réinventée, presque enfantin, où la couture se déploie loin de toute grandiloquence, mais jamais sans magie.

Quand le tailleur devient illusion
Au cœur de cette collection, le tailleur Chanel — pilier immuable de la Maison — se métamorphose. Matthieu Blazy en conserve l’architecture, mais en dissout la matière. Tweed et bouclette semblent s’évaporer, remplacés par des mousselines aériennes, tressées comme une vannerie invisible. Les silhouettes flottent, translucides, parfois à peine dessinées, comme si le vêtement hésitait entre apparition et disparition.

Puis la matière s’épaissit. Les broderies gagnent en densité, les perles capturent la lumière, et les plumes — signatures subtiles de cette saison — prennent possession des volumes. Découpées avec une précision quasi chirurgicale, elles imitent la laine, le tweed, parfois même le cuir, brouillant volontairement le regard. Le trompe-l’œil devient un exercice de virtuosité, un jeu savant entre ce que l’on croit voir et ce que l’on touche réellement.

Des femmes, des âges, des histoires
Sur le podium, la beauté ne se limite pas à une seule définition. Aux côtés de jeunes mannequins, des femmes plus mûres défilent avec assurance, portant ces créations légères, parfois transparentes, sans artifice ni dissimulation. Un choix fort, presque manifeste, qui rappelle que la couture n’est pas un costume figé mais une seconde peau, façonnée par celle qui la porte.

La collection dialogue ainsi avec le corps et le temps, offrant aux femmes un espace de projection intime. Les vêtements ne dominent jamais la silhouette : ils l’accompagnent, la révèlent, la laissent respirer. Même les pièces les plus spectaculaires conservent cette retenue, cette élégance silencieuse propre à Chanel.
La plume comme fil conducteur
Progressivement, la collection se peuple d’oiseaux imaginaires. Les ateliers Lemarié, plumassiers historiques de la Maison, sont convoqués dans une démonstration de maîtrise rare. Vestes, capes et robes semblent composées de milliers de plumes si finement assemblées qu’elles prennent l’apparence de textiles traditionnels. Ici, la plume n’est jamais décorative : elle structure, elle raconte, elle transforme.


Certaines silhouettes évoquent des divinités modernes, drapées dans des patchworks de textures et de reflets, entre mythologie et futur. D’autres jouent la carte de l’épure absolue, comme ce jean bleu pâle en mousseline de soie, illusion parfaite d’un vêtement quotidien réinventé par la couture.

La couture comme souffle vivant
Plus qu’un défilé, cette collection affirme une vision. Celle d’une Haute Couture débarrassée de toute rigidité, pensée pour le mouvement, la vie, l’émotion. Une couture qui ne cherche pas à impressionner, mais à toucher. À travers cette proposition, Matthieu Blazy rappelle que l’âme de Chanel réside dans cette capacité à conjuguer liberté et rigueur, invention et héritage.

Sous les applaudissements, le créateur salue avec discrétion. Le geste est mesuré, presque humble. Pourtant, le message est clair : la couture, chez Chanel, n’est ni nostalgique ni figée. Elle est vivante, légère, profondément contemporaine — prête à éclore encore et encore, comme un oiseau prenant son envol.













