Dans un paysage du luxe encore traversé par les soubresauts de l’inflation, les hésitations asiatiques et la fin d’une ère d’euphorie quantitative, certains groupes avancent avec plus de justesse que d’autres. Richemont est de ceux-là. À contre-courant d’un marché devenu plus sélectif, le groupe genevois signe une partition maîtrisée, où la croissance ne se joue plus dans le volume mais dans la valeur. Sur le trimestre clos fin décembre, la Maison affiche une solidité qui force le respect. Les chiffres, sans ostentation, racontent une histoire plus subtile : celle d’un luxe qui sait où il va, et surtout, pourquoi.
Kering : Entre repli financier et renaissance stratégique en 2025
L’année 2025 s’achève pour Kering comme une traversée en eaux agitées. Le groupe de luxe, longtemps porté par l’audace créative et la puissance de ses marques, a vu ses équilibres vaciller, contraint d’affronter une réalité économique plus sévère. Le chiffre d’affaires s’établit à 14,7 milliards d’euros, en net repli, tandis que le bénéfice se contracte presque jusqu’à l’effacement. Une photographie sans fard, mais non dénuée de nuances. Car derrière la rigueur des chiffres se dessinent déjà les lignes d’un possible rebond.
Gucci, centre de gravité et point de tension
Au cœur de cette année tourmentée, Gucci demeure à la fois le pilier et la fragilité du groupe. La Maison florentine, longtemps locomotive de la croissance, a enregistré un recul marqué de ses ventes, pesant mécaniquement sur l’ensemble de la performance de Kering. Une baisse à deux chiffres qui interroge autant qu’elle appelle à la patience : celle d’un repositionnement créatif encore en gestation.

À l’inverse, certaines Maisons avancent à pas plus assurés. Bottega Veneta confirme une trajectoire positive, fidèle à son esthétique maîtrisée et à son discours de désir feutré. Yves Saint Laurent, tout en connaissant un léger ralentissement, conserve une assise solide, preuve de la résilience d’un luxe affirmé et reconnaissable. Les autres labels du portefeuille, de Balenciaga à Alexander McQueen, traversent une période plus délicate, entre transition artistique et attente du marché.

Si le bilan annuel demeure contrasté, le dernier trimestre 2025 a toutefois offert un signal plus encourageant. Le ralentissement s’y est nettement atténué, porté par une reprise progressive en Amérique du Nord et au Moyen-Orient. Une respiration bienvenue, presque symbolique, qui suggère que le creux pourrait être derrière, ou du moins en train de se stabiliser.
Pour Luca de Meo, nommé à la direction générale à l’automne, ces résultats ne racontent pas encore la véritable histoire du groupe. Ils constituent davantage un point de départ qu’un verdict.

Rebâtir avant de relancer
Depuis son arrivée, le dirigeant a engagé un travail de fond, privilégiant la solidité financière et la clarté stratégique. Cessions ciblées, arbitrages immobiliers, recentrage des activités : Kering s’est délesté pour mieux se préparer. Parallèlement, un vaste mouvement de réorganisation créative est en cours, redessinant l’ADN de plusieurs Maisons. Les prochaines saisons seront déterminantes. Les collections issues des nouvelles directions artistiques de Gucci à Balenciaga, en passant par Bottega Veneta seront scrutées comme autant de signaux envoyés au marché. Dans l’univers du luxe, l’élan créatif précède toujours la performance économique.
Le 16 avril prochain, Kering dévoilera une nouvelle trajectoire, pensée pour réaffirmer la désirabilité de ses marques et restaurer une croissance durable. Discipline financière, efficacité opérationnelle et stratégies de marque affûtées : les mots sont posés, l’ambition est claire. Dans ce moment charnière, Kering n’écrit pas une fin, mais un entre-deux. Celui où un grand groupe accepte le temps long, la remise en question et la transformation silencieuse. Dans le luxe, la renaissance ne se proclame pas, elle se prépare, patiemment, couture après couture.


