Christie’s dévoile un diamant de 8,41 carats, de couleur fancy vivid purple-pink, en tête de sa vacation « Hong Kong Magnificent Jewels Autumn Auction », prévue le 24 novembre. Une précision s’impose sur la formule du brief initial : la pierre n’est pas vendue à 12 millions de dollars, elle est estimée jusqu’à ce montant avant la vente, soit environ 95 millions de dollars de Hong Kong.
David Benedek & Jérémy Pradier-Jeauneau : Une tempête entre art, parfum et mémoire, rencontre
À l’Arc de Triomphe, l’art se traverse, s’écoute et se respire. Pour La Tempête, Jérémy Pradier-Jeauneau imagine un parcours où textiles, lumière, sculptures, sons et souvenirs transforment le monument en un véritable espace sensoriel. À ses côtés, David Benedek, fondateur de BDK Parfums, compose pour la première fois une identité olfactive pensée non pour être portée, mais pour habiter un lieu et en prolonger l’émotion. De cette rencontre naît un dialogue singulier autour de l’intime, de la mémoire et de la matière invisible : une création où le parfum devient présence, où le vide devient possibilité et où l’espace se transforme en expérience. Alors que BDK Parfums célèbre cette année ses dix ans, La Tempête semble aussi faire écho au propre chemin créatif de David Benedek : une succession d’émotions, d’intuitions et de matières qui, peu à peu, trouvent leur forme. Rencontre.
BDK Parfums Jérémy Pradier-Jeauneau : Vous partagez, chacun à votre manière, une figure maternelle discrète mais fondatrice. C’est de là qu’est née la rencontre. Comment se reconnaît-on dans la sensibilité de l’autre, avant même d’avoir créé quoi que ce soit ensemble ?
BDK Parfums x Jérémy Pradier-Jeauneau : Je vais répondre encore plus simplement, David est quelqu’un qui n’est pas en insécurité par le talent des autres et qui a immédiatement cherché à comprendre ce que je voulais dire à travers cette exposition. Il a eu l’intelligence émotionnelle d’accepter une part de chaos propre à la création en cours. Et immédiatement, j’ai eu envie de tout lui raconter pour qu’il puisse à son tour investir, inventer et s’approprier ce monument. Donc un peu d’écoute et temps, c’est ça, l’étincelle.
David : Je pense que c’est avant tout une question d’énergie. Je crois beaucoup aux énergies qui se créent entre les personnes. Et je me souviens que la première fois que Jérémy et moi nous sommes rencontrés physiquement, c’était au sein même de l’Arc de Triomphe. On m’avait parlé du projet, de son envie de créer une véritable tempête visuelle, mais aussi quelque chose de fort et de sensible à la fois. Et lorsque je l’ai rencontré, j’ai immédiatement perçu chez lui une grande douceur, une vraie sensibilité, ainsi qu’une précision dans le détail qui ne peut venir que d’une certaine forme de sensibilité. Je l’ai ressenti tout de suite, et cela m’a beaucoup touché.

Depuis dix ans, BDK Parfums construit une parfumerie du dialogue. Mais faire entrer le parfum dans une exposition, dans un parcours scénographique, c’était une première absolue. Qu’est-ce qui vous a donné le courage de ce saut-là ?
David : Ce n’est pas du tout quelque chose qui m’a paru compliqué. Je n’ai pas été découragé par la tâche, bien au contraire. J’ai été très excité, très enthousiaste à l’idée de pouvoir imaginer une identité olfactive pour cette exposition que Jérémy avait imaginée. Pour moi, c’est davantage un rêve qui se réalise qu’une entreprise lourde ou compliquée à mener.

Dès votre première visite à l’Arc de Triomphe, vous avez imaginé un sensorium complet, visuel, sonore, olfactif. Comment un lieu aussi chargé, aussi monumental, devient-il soudainement intime ?
Jérémy : Théoriquement, c’est ce que j’appelle l’agent du chaos. Je place un élément perturbateur, ici un souvenir d’enfance, pour modifier le contexte de perception de l’espace, jusqu’à ce qu’il devienne intime pour le spectateur. Concrètement, c’est d’abord travailler sur un espace par les pièces, les circulations et la lumière. C’est faire une architecture dans l’architecture. L’intime, c’est un espace moins grand, donc on joue avec les échelles pour créer ce sentiment de proximité.

Vous traversez le monument jusqu’à un jardin suspendu, guidé par le mythe de la Rose de Sainte Rita, une fleur surgie de l’impossible, en plein hiver. Pourquoi ce mythe-là, précisément, comme fil conducteur ?
Jérémy : Parce que je suis tombé amoureux de la chapelle sainte Rita à Pigalle. Cette chapelle, en face du moulin rouge, à côté des Sex Shop et des Peep Show, m’apporte du réconfort. J’aime y aller juste parce qu’elle offre un peu de calme dans ce quartier que j’aime beaucoup et que j’arpente. Juste avant aller boire un verre, retrouver des amis, j’y passe de manière impromptue. Et la rose de sainte Rita en opposition à l’univers de Pigalle, ses néons et ses trottoirs étroits, est un choc esthétique. Un point de départ pour le reste.

BDK Parfums Jérémy Pradier-Jeauneau : Vos œuvres transforment des salles en environnements sensibles : textiles, sculptures, sons, odeurs. À quel moment une salle cesse-t-elle d’être un espace et devient-elle une expérience ?
Jérémy : Une salle est toujours une expérience. On le voit avec les espaces liminaux, qui provoquent une inquiétante étrangeté. Ce qui est intéressant, c’est de modifier intentionnellement l’expérience d’une salle. J’adorerais travailler sur des vraies salles d’attentes par exemple et les transformer en expérience artistique.
David : Pour moi, il n’y a pas vraiment de frontière entre une salle et une expérience. Une salle vide peut déjà être une expérience en soi. La salle est avant tout un support : c’est elle qui va accueillir, contenir et donner un cadre à l’expérience et à l’exposition. À partir du moment où l’on met quelqu’un dans une salle, même lorsqu’elle est totalement vide, il se passe déjà quelque chose. Il y a une perception de l’espace, une manière de l’habiter, de le regarder, de le ressentir. C’est pour cela que je ne vois pas tellement de frontière entre l’espace et l’expérience. Pour moi, l’un fait partie de l’autre : la salle est le support, et l’expérience naît de la manière dont on la traverse et dont on la perçoit.

Vous invitez le vide comme espace de création, d’introspection et de renouveau. Dans un monde saturé de stimuli, qu’est-ce que le vide peut encore offrir que le plein ne peut pas ?
Jérémy : Le silence est toujours plein. Le vide aussi. Mais le vide est plein d’opportunité, d’espoir, et c’est ça qui est excitant. C’est l’imagination, le vide, et c’est assez effrayant. Pour moi, un socle sans statue, c’est déjà le début d’une histoire.
Dominique Ropion parle de la structure de cette création non pas comme une succession de notes, mais comme une évolution organique, chaque matière qui change progressivement d’état. Comment accueille-t-on une telle vision quand on est fondateur d’une maison de parfum ?
David : Pour être tout à fait juste et transparent, c’était mon idée, dès le départ, de créer des parfums comme des blocs de matière qui évoluent au fil de l’exposition. Lorsque j’ai fait part de cette idée à Dominique Ropion, il l’a trouvée tout à fait juste par rapport à ce que Jérémy avait envie de transmettre, à la fois en termes d’émotion et de verticalité. L’exposition se déroule dans l’Arc de Triomphe, et il y a quelque chose de très fort dans cette notion de verticalité tout comme cette base de vétiver qui évolue progressivement avec le temps, avec d’abord une facette ambrée, puis la rose. C’était vraiment une idée personnelle de penser le parfum comme des blocs de matière qui viennent s’imbriquer les uns dans les autres. Plutôt que de penser une succession de notes, je voulais que les matières évoluent, se transforment et construisent progressivement l’expérience olfactive au fil du parcours.

BDK Parfums Jérémy Pradier-Jeauneau : Le parfum ici ne se porte pas, il habite un lieu. Il accompagne une traversée. Est-ce que cette invisibilité-là, ce fait d’être présent sans être nommé, change quelque chose à ce qu’on lui demande d’être ?
Jérémy : Il y a un danger dans le parfum qui est assez merveilleux. Sa matérialité étant invisible, il n’y aucun moyen d’y échapper réellement. Qu’est-ce qu’on lui demande d’être au fond ? Le parfum incarne une présence, la nôtre, ou ici, celle d’une expérience artistique. C’est très fort ce que fait David d’ailleurs, incarner la présence de personnes qu’il ne connaît pas… C’est magnifique, non ? Pour ses clients, c’est à la fois eux et toujours un peu lui.
David : Le rôle du parfum ici est surtout différent. Il n’a pas de titre, mais il retranscrit une émotion par rapport à l’exposition de Jérémy. C’était vraiment le point de départ dans la conception de l’identité olfactive de l’exposition. Finalement, il accompagne un espace et transmet des émotions, mais il n’accompagne pas une personne comme le ferait un parfum destiné à être porté par un consommateur. Son rôle est donc différent. Lorsqu’un parfum a un nom et qu’il se porte sur la peau, il doit transmettre une personnalité, un imaginaire, quelque chose que l’on vient ensuite s’approprier. Ici, le parfum ne cherche pas à être approprié de la même manière. Il retranscrit plutôt l’émotion d’un lieu, d’un parcours, d’une exposition. Ici, le parfum est dans l’air, diffusé à travers une technologie, et son rôle est différent : il retranscrit l’émotion d’un lieu. Je pense qu’il a davantage un rôle d’expression artistique.

BDK Parfums Jérémy Pradier-Jeauneau : Vous partagez tous les deux cette capacité à transformer l’intime en expérience collective. C’est un geste risqué : celui de rendre public ce qui appartient au for intérieur. Où se situe la ligne, entre ce qu’on offre et ce qu’on protège ?
Jérémy : Il n’y en a pas ! On prend des coups, on est chahuté, aussi célébré et stimulé, mais tout se fait sans limite. Je me suis rendu compte que même lorsque je travaillais sur une installation de manière théorique, je me faisais forcément rattrapé par l’inconscient. La création est remplie de lapsus. En revanche, je suis de plus en plus gardé sur ma vie privée… Mais il ya une distinction entre l’intime et les faits. Je ne raconte plus mes vacances sur les réseaux sociaux par exemple, mais il restera forcément une trace de ces moments de bonheur qui rejailliront tôt ou tard dans une œuvre. Donc je pose une limite artificielle (important tout de même), tout en comprenant que cela m’échappera d’une autre manière.
David : Je pense que c’est propre à chacun, à la générosité de chacun et à la pudeur de chacun. C’est aussi une question d’authenticité, parce qu’on peut transmettre des choses que l’on ne pense pas vraiment, comme on peut transmettre des choses que l’on a vécues ou que l’on pense profondément. Tout dépend donc de l’intention. Si je dois faire le parallèle avec le parfum, il existe plusieurs familles olfactives et plusieurs ingrédients qui permettent d’intensifier un sillage et de marquer sa présence. Certains parfums sont davantage dans l’offre, dans une forme de générosité : ils prennent de l’espace, affirment leur présence et viennent chercher l’autre. Je pense par exemple aux parfums gourmands, qui peuvent avoir quelque chose de très enveloppant et de très expressif. À l’inverse, sur des parfums plus proches de la peau, plus musqués, le sillage est beaucoup plus discret, plus pudique. Il ne cherche pas forcément à se faire remarquer. Il reste proche du corps, l’embrasse, et crée une expérience souvent plus intime. C’est une autre manière d’être présent, plus intérieure, plus personnelle.

BDK Parfums a dix ans cette année. Qu’est-ce que La Tempête dit sur ce que vous êtes devenus ?
David : Je pense que ce qui est intéressant, par rapport à ce que Jérémy a voulu transmettre, c’est qu’il y a une forme de mélancolie et de tendresse dans les scènes qui suivent la tempête, jusqu’à cette rose de Sainte-Rita. Et je pense que cette exposition autour de La Tempête, c’est finalement un peu une représentation des émotions de la vie : la joie, le chagrin, l’excitation, les moments où toutes les idées ne sont pas encore très claires et où tout se mélange, avant de finalement arriver à une vision. Je trouve que cette idée de tempête reflète assez bien la tempête créative que je vis depuis dix ans avec BDK Parfums. Il y a eu beaucoup d’idées, d’émotions, de moments où tout se mélange, et finalement une vision qui se construit. Donc oui, je pense que cette exposition reflète assez bien ce que nous sommes devenus. Et c’est une belle tempête, une tempête un peu enchantée pour BDK Parfums, en tout cas.

BDK Parfums Jérémy Pradier-Jeauneau : Si La Tempête était une odeur que vous ne pourrez jamais recréer, pas une composition, mais une sensation fugace, une mémoire olfactive, laquelle serait-ce ?
Jérémy : J’ai lâché prise et laissé à David le soin d’incarner cela. Pour moi, l’odeur de la tempête, c’est celle qu’il a créée. C’est mon exigence et mon bonheur, laisser un autre artiste remplir un espace. Donc c’est David qui a désormais la réponse à cette question et ça me remplit de joie !
David : Pour moi, La Tempête a deux positions, deux visages qui sont finalement très opposés. La première, ce serait la tempête des sentiments amoureux, quand on rencontre quelqu’un et que tout se mélange : le chagrin, le bonheur, l’excitation, l’envie de découvrir l’autre et de passer des moments avec cette personne. C’est une vraie tempête émotionnelle. Et puis il y a l’autre position, qui serait celle du deuil : quand tout se brise, tout se casse, tout se détruit, et qu’il faut alors trouver comment renaître d’une situation parfois catastrophique. Et finalement, l’odeur peut être interprétée de mille façons différentes. Ce serait donc difficile de choisir une odeur précise pour traduire ces deux tempêtes, parce qu’elles peuvent prendre des formes très différentes selon ce que chacun ressent et ce qu’il a vécu.





