Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Bonbon : La confiserie au rang de nature morte signé Mathieu Trautmann et Hélène Manche

Sarah Heitzmann Coassociée – Directrice artistique & Rédactrice en chef

Avec Bonbon, paru aux éditions 37.2, le photographe Mathieu Trautmann et la set designer Hélène Manche transforment la confiserie en nature morte. Un livre-objet de 128 pages et quatre volets dépliants, aux cahiers non massicotés tenus par un élastique rose bonbon. Découverte.

Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche : Un ourson en gélatine, une dent en sucre, un coquillage acidulé. Quelques grammes de matière suffisent parfois à faire ressurgir tout un monde. Avec Bonbon, le photographe Mathieu Trautmann et la set designer Hélène Manche signent leur premier ouvrage à quatre mains, paru en novembre 2026 aux éditions 37.2. Ils y déplacent le regard vers un objet familier, presque trivial, pour en révéler toute la puissance plastique. Sous leur objectif, la confiserie quitte le registre de la gourmandise et devient sujet de contemplation. Une nature morte acidulée, entre mémoire sensible et composition visuelle. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Une collection de souvenirs venus du monde entier

Collectés aux quatre coins du monde, puis photographiés à Paris, les bonbons réunis dans l’ouvrage convoquent un imaginaire partagé : celui de l’enfance, du désir et du plaisir immédiat. Ils portent avec eux une mémoire presque universelle, faite de couleurs, de textures et de sensations. Mais Mathieu Trautmann et Hélène Manche ne cherchent pas à illustrer cette nostalgie, ils en proposent une véritable lecture visuelle et multisentorielle. Extraits de leur environnement, les objets sont isolés, observés, presque magnifiés. Dents, fruits, bouteilles, coquillages, oursons ou formes abstraites composent un inventaire singulier. Leurs contours, leurs transparences et leurs surfaces deviennent autant de motifs à explorer. Ce qui se mange habituellement en quelques secondes appelle ici un regard prolongé. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche : La confiserie comme nature morte

C’est dans ce déplacement que réside la singularité de Bonbon. Les codes de la nature morte sont convoqués, puis réinterprétés à travers un matériau inattendu. Les changements d’échelle et les jeux d’accumulation font apparaître des détails que l’usage quotidien ne laisse guère le temps de regarder : une texture, une courbe, une transparence, une couleur presque irréelle. La photographie précise de Mathieu Trautmann rencontre ici le sens de la composition d’Hélène Manche. Leurs deux pratiques se répondent pour transformer ces objets familiers en formes presque sculpturales. La confiserie devient matière, volume et couleur. Elle perd momentanément sa fonction première pour acquérir une présence nouvelle, à la fois graphique, insolite et séduisante, autrement. Bonbon joue ainsi sur une tension discrète : celle qui oppose la familiarité du sujet à l’étrangeté de sa représentation. On reconnaît immédiatement ces friandises, tout en les découvrant comme si on ne les avait jamais vues. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche : Le livre comme prolongement de l’image

Cette attention portée à la matière se prolonge jusque dans la fabrication de l’objet. Bonbon compte 128 pages et quatre volets dépliants, imprimés sur un papier brillant de 170 grammes. Ses cahiers, pliés et assemblés sans recoupe, conservent leurs bords non massicotés, dits « en barbe ». Un élastique rose bonbon vient maintenir l’ensemble. Le format participe lui aussi à l’expérience : 24 × 32 centimètres fermé, 48 centimètres de large une fois ouvert, et jusqu’à 94 centimètres lorsque les quatre volets sont entièrement déployés. Le livre ne se limite donc pas à accueillir les photographies ; il en accompagne le principe d’expansion et de composition. Jusque dans ses détails matériels, l’ouvrage prolonge son sujet. Son élastique rose, ses dimensions généreuses et ses pages dépliantes font écho à l’univers visuel de la confiserie, sans en reprendre simplement les codes décoratifs. Un objet à part entière. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Deux pratiques, un même goût pour la composition

Issu de la direction artistique, Mathieu Trautmann développe depuis plus de dix ans une photographie marquée par l’épure et l’attention portée aux formes. Inspiré par les textures et le monde naturel, il envisage la nature morte comme un espace de contemplation, où chaque élément trouve sa juste place. Son travail l’a notamment conduit à collaborer avec Chanel, Dior, Tom Ford, Maison Margiela, Issey Miyake et Armani. Diplômée de l’ESAA Duperré, Hélène Manche construit quant à elle son langage autour des matières, des couleurs et des textures. Après une pratique de la sculpture et plusieurs collaborations avec des bureaux de tendances, elle s’oriente vers le set design en 2017. Elle développe depuis des univers visuels pour des maisons telles que Chanel, Hermès, Guerlain et Diptyque. Avec Bonbon, leurs sensibilités se rencontrent autour d’un terrain commun : la capacité d’un objet, même ordinaire, à devenir le point de départ d’une composition. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

37.2, entre création et édition

Publié par 37.2, Bonbon s’inscrit dans le travail d’une structure fondée en 2016 par Nicolas Huet Greub. À la croisée de l’agence créative, de la production et de l’édition, 37.2 représente des photographes, réalisateurs, stylistes et set designers. La structure se présente également comme une galerie, avec la volonté d’accompagner et de soutenir le travail des artistes qu’elle représente. Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche

Bonbon Mathieu Trautmann Hélène Manche : le regard porté sur l’ordinaire

Avec Bonbon, Mathieu Trautmann et Hélène Manche proposent un changement d’échelle et de perspective. Là où la confiserie appartient au domaine de l’éphémère, du plaisir immédiat et de la consommation, ils lui accordent le temps et l’attention habituellement réservés aux objets de collection. Le bonbon devient une forme à observer, une matière à contempler, un fragment de mémoire à réinterpréter. Le projet rejoint ainsi une tradition de la photographie d’objet qui consiste à déplacer le regard sur ce que l’on croit déjà connaître. Son intérêt tient précisément à cette transformation : faire émerger une dimension esthétique dans un sujet quotidien, sans lui retirer sa part de spontanéité. À lire également : notre rencontre avec Inès Dieleman autour de Polaroids.     Sources : 37.2 Paris, Mathieu Trautmann, Hélène Manche.