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Tendances du luxe en 2026 : Entretien avec Alexander Chetchikov
À l’approche du World Luxury Day, Alexander Chetchikov partage sa vision du luxe en 2026, entre bien-être, artisanat et nouvelles technologies.
Que recherche-t-on aujourd’hui dans le luxe ? Une pièce singulière, une expérience mémorable, mais aussi du temps, de l’attention et une meilleure qualité de vie. À l’approche du World Luxury Day, le 8 octobre, ces aspirations nourrissent la réflexion des maisons.
Après notre article sur le savoir-faire de Philippe Zorzetto et la collaboration Globe-Trotter x Aston Martin, cet entretien élargit la perspective. Ces transformations traversent également l’hospitalité, comme l’illustre notre sélection des ouvertures hôtelières les plus attendues de 2026.
Alexander Chetchikov, président de la World Luxury Chamber of Commerce, partage son analyse dans cet entretien transmis à la rédaction, traduit de l’anglais.
Qu’est-ce qui distingue le luxe en 2026 de celui d’il y a quelques années ? Quels changements auront un impact durable ?
Alexander Chetchikov : De nombreux changements sont en cours. L’un des plus importants est le rajeunissement de la clientèle du luxe. Son cœur était autrefois principalement constitué de consommateurs de plus de 45 ans. Il se déplace désormais sensiblement vers les 35 ans et plus. Les millennials et la génération Z transforment déjà le marché, tandis que la génération Alpha apparaît progressivement comme sa future clientèle.
Cela oblige les marques à évoluer. Elles doivent devenir plus contemporaines, réagir plus rapidement aux changements culturels et adopter de nouveaux canaux de communication. Elles doivent aussi parler aux jeunes consommateurs dans un langage qu’ils comprennent.
Autre évolution importante : le développement d’un luxe plus accessible. Davantage de marques proposent des produits d’entrée de gamme : parfums, cosmétiques, accessoires et petits objets. Ils permettent aux jeunes clients de découvrir une maison. Les entreprises élargissent ainsi leur audience tout en cultivant leur future clientèle.
Le troisième changement fondamental est, bien sûr, l’intelligence artificielle. Elle transforme la manière de découvrir, sélectionner, comparer et acheter des produits et services de luxe. Ces trois évolutions auront un impact durable sur le secteur.
La longévité et le bien-être deviennent-ils de nouveaux marqueurs du luxe ?
Alexander Chetchikov : Les personnes disposant de moyens financiers suffisants souhaitent naturellement vivre le plus longtemps possible, en bonne santé, confortablement et de manière épanouissante. Cette aspiration a toujours existé. Cependant, jusqu’à récemment, la science ne pouvait pas proposer d’avancées véritablement significatives et accessibles dans ce domaine.
Aujourd’hui, la situation change. Les progrès de la recherche, du diagnostic, de la médecine préventive, des biotechnologies et des programmes personnalisés permettent d’allonger la vie et d’en améliorer la qualité. La longévité et le bien-être aident à préserver plus longtemps la santé, l’énergie et la vitalité, pour soi comme pour ses proches.
Je pense donc que ce secteur connaîtra une très forte croissance. Il offre d’immenses possibilités aux hôtels, cliniques, resorts, projets résidentiels, assureurs et entreprises technologiques. Le luxe se définira de plus en plus par l’accès aux meilleures solutions pour préserver la santé, le temps, la confidentialité et la qualité de vie, plutôt que par l’affichage d’un statut.
Pourquoi l’artisanat retrouve-t-il de l’importance alors que l’intelligence artificielle progresse ?
Alexander Chetchikov : À mon sens, l’explication est assez simple. Les nouvelles technologies sont entrées relativement récemment dans notre quotidien. L’artisanat, lui, accompagne l’humanité depuis des millénaires. Il appartient à notre mémoire culturelle et à l’expérience accumulée par les générations précédentes.
C’est pourquoi nous accordons autant de valeur aux objets faits main. Une pièce créée par un artisan porte son temps, son talent, son caractère et son histoire personnelle. Les petites imperfections n’en diminuent souvent pas la valeur. Au contraire, elles la rendent unique.
Plus la technologie, l’automatisation et l’intelligence artificielle occuperont notre quotidien, plus le savoir-faire humain prendra de la valeur. Nous apprécierons davantage les objets fabriqués à la main. Ils possèdent des qualités qu’aucun algorithme ne peut pleinement reproduire : l’individualité, l’émotion et le lien avec leur créateur.
Pourquoi les collaborations entre mode, hôtellerie, immobilier ou automobile deviennent-elles si importantes ?
Alexander Chetchikov : Les consommateurs du luxe ne s’intéressent pas à une seule catégorie. Leurs centres d’intérêt couvrent presque tous les aspects de la vie : alimentation, sport, voyages, voitures, immobilier, art et expériences uniques.
Les marques unissent donc leurs forces pour répondre à davantage de besoins d’un même client. Elles étendent leur esthétique, leur réputation et leurs standards de service à de nouveaux domaines. Progressivement, elles dépassent la vente de produits individuels pour créer des univers complets autour d’un art de vivre.
Nous le voyons déjà avec les projets immobiliers Bentley et Aston Martin, les Armani Hotels ou le Prada Caffè. Les consommateurs peuvent retrouver leurs marques préférées dans les lieux où ils vivent, voyagent et se détendent.
Les possibilités les plus intéressantes se trouvent, selon moi, à la rencontre de l’immobilier, de l’hospitalité, du bien-être, de la mobilité et de la technologie. Ces collaborations peuvent créer des expériences qu’une seule marque ou un seul secteur ne pourrait proposer.

Quels marchés prendront davantage de place dans la géographie mondiale du luxe ?
Alexander Chetchikov : Partout où progressent la population, l’économie, l’entrepreneuriat et le nombre de personnes aisées, un nouveau marché du luxe émerge. Les pays en développement deviennent donc progressivement de nouveaux centres de consommation.
Les États-Unis, l’Europe et le Japon resteront essentiels pour les marques. Toutefois, leurs consommateurs disposent déjà d’un immense choix. Ils connaissent bien les marques internationales et sont, dans une large mesure, saturés d’offres traditionnelles.
Dans de nombreux marchés en développement, la situation est différente. Une nouvelle clientèle aisée émerge. Pour elle, le luxe permet d’exprimer une réussite, de découvrir des standards internationaux de qualité et de construire un art de vivre distinctif.
À l’avenir, je m’attends à voir une attention croissante portée à l’Inde, au Mexique, au Brésil et à certains pays africains.
Quelle tendance révèle le mieux l’avenir du luxe ? Laquelle le secteur surestime-t-il parfois ?
Alexander Chetchikov : Le luxe n’existe pas indépendamment du reste du monde. Il continuera d’évoluer avec les changements socioculturels, géopolitiques, technologiques et environnementaux. Aujourd’hui, leur direction précise est particulièrement difficile à prévoir.
La tendance la plus importante est, selon moi, l’évolution du sens même du luxe. Les consommateurs recherchent davantage qu’un produit coûteux. Ils veulent de la qualité de vie, de la santé, du temps, une liberté de choix, une attention personnelle et des expériences porteuses de sens.
En parallèle, le marché surestime parfois certaines tendances technologiques de court terme. Il suppose qu’une seule technologie peut transformer complètement les comportements humains.
Le World Luxury Day doit servir de miroir au secteur et refléter ses transformations. Nous continuerons d’évoluer avec la communauté mondiale du luxe, de poser les questions les plus pertinentes et de réfléchir à ce que le luxe signifie aujourd’hui, ainsi qu’à ce qu’il devrait devenir.
Retrouvez cette initiative sur le site officiel du World Luxury Day.


